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Faut-il s’inquiéter des roulements de tambour protectionnistes américains ?

Indépendamment du style diplomatique quelque peu théâtral du nouveau président américain, il est important de rappeler un certain nombre d’éléments expliquant le coup d’éclat qui semble avoir remis en cause l’accord final du G7.

When Donald comes marching home

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Le scénario prévisible des conséquences dramatiques d’une taxe sur l’acier et l’aluminium généralisée est cependant, pour l’heure du moins, peu probable. En effet, le décret présidentiel du 9 mars dernier est assorti d’une clause précisant que les différents pays exportateurs peuvent négocier séparément des accords dérogatoires, bien entendu en échange de baisses tarifaires frappant d’autres produits américains à l’importation. En conséquence, les Etats-Unis ont décidé, pour l’instant et dans la perspective de marchandages bilatéraux, d’exempter ses principaux exportateurs de ces taxes prohibitives : le Canada, le Brésil,  la Corée du Sud, l’Australie et l’Europe sont épargnées par  ces taxes à l’importation.

La Chine l’est aussi, même si elle n’est qu’un exportateur mineur (seulement 2% de sa production d’acier est exportée aux Etats-Unis). Avec la Chine, c’est plutôt la renégociation d’une longue liste de produits taxés ainsi que les problèmes de vol de propriété intellectuelle qui font l’objet d’une négociation difficile, dont les Etats-Unis ne sont nullement sûrs de sortir vainqueurs.

On l’aura compris, la menace d’une taxe importante sur les importations d’acier et d’aluminium est d’abord conçue comme une monnaie d’échange dans le difficile bras de fer qui oppose les Etats-Unis,  au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et à l’occasion de négociations d’accords de libre-échange, et depuis des années, déjà sous la présidence Obama, à l’Europe et à la Chine mais aussi, au sein de l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA), au Canada et au Mexique. En cause par exemple au sein de cet accord de libre-échange trilatéral qui avait instauré en 1994, le plus grand marché libre du monde, les délocalisations d’entreprises américaines ou allemandes sur le sol mexicain, les fameuses « maquiladoras » qui fabriquent ensuite à bas coût sur le sol mexicain des produits réexportés vers les Etats-Unis. Une pratique également suivie par les entreprises allemandes qui ont délocalisé dans les années 1990 une partie de leur production dans les pays d’Europe de l’Est. Une pratique vilipendée à l’époque comme « économie de bazar » mais qui s’est avérée globalement profitable à terme, à la fois pour le développement des pays d’Europe de l’Est, et pour l’industrie allemande en Allemagne.

L’Europe et la Chine  semblent finalement s’émouvoir moins spécifiquement de la taxe acier aluminium, que d’un mode de négociation tonitruant qui donne soudain une visibilité aux habituelles transactions feutrées au sein de l’OMC et dont les Américains se plaignent depuis des années qu’elles ne progressent plus de manière satisfaisante. L’Europe n’est pas le pauvre continent sans défense parfois présenté par quelques thuriféraires français d’un surplus de volontarisme protectionniste. Pour preuve les multiples mesures protectionnistes régulièrement prises par l’Europe sous des formes plus discrètes ou indirectes : quota frappant des importations ciblées (taxe d’importation de 10% sur les voitures américaines contre 2,5% sur les voitures européennes importées aux Etats-Unis), mesures phytosanitaires protégeant l’Europe d’importations agricoles américaines et africaines, subventions ciblées, par exemple à l’agriculture dans le cadre d’une politique agricole assurant un niveau d’intervention étatique largement supérieur à celui de la politique agricole américaine.

 
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Patricia Commun

Patricia Commun est professeure d'études germaniques à l’université de Cergy-Pontoise où elle participe aux recherches du laboratoire Agora.

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