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Faut-il faire confiance à tous ceux qui nous dirigent ?

« Démocratie providentielle », « démocratie extrême », les notions forgées par Dominique Schnapper, une des grandes voix de la pensée politique française, sont passées dans le langage courant. Elle revient dans ce livre sur les thèmes qui sont aujourd’hui au cœur du débat public : le malaise des populations immigrées, le chômage, la place de l’islam, le rapport à la République et à la nation. Extrait du livre "De la démocratie en France" de Dominique Schnapper, aux éditions Odile Jacob.

Bonnes feuilles

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Faut-il faire confiance à tous ceux qui nous dirigent ?

Dans la société démocratique, scientifique et technique, où la division du travail et la complexité de l’organisation sociale n’ont cessé de croître, chacun est plus que jamais objectivement tributaire de l’activité et des connaissances des autres. La dépendance qui nous unit aux plus proches comme aux plus lointains n’a cessé d’augmenter depuis que Simmel, il y a plus d’un siècle, observait que l’existence de l’homme moderne tenait à cent liaisons faute desquelles il ne pourrait pas plus continuer à exister que le « membre d’un corps organique qui serait isolé du circuit de la sève ».

Jamais l’enchevêtrement des liens entre les individus créés par l’universalité des connaissances scientifiques et par l’argent, instrument des échanges économiques, n’a été aussi intense et n’a mis en relation autant de personnes par-delà toutes les frontières. Chacun est de fait condamné à faire confiance à la compétence des autres, des autres de plus en plus nombreux et de plus en plus lointains. Et l’on peut dire qu’en ce sens jamais la confiance objective n’a autant été au fondement de l’ordre social, national et international.

Mais la dépendance sans cesse accrue qui nous unit aux autres est objective et abstraite. La confiance subjective ne suit pas la confiance objective dans les instruments de la vie politique et économique. Les individus démocratiques qui entendent exercer leur pleine autonomie intellectuelle et juger de tout par eux-mêmes sont devenus essentiellement méfiants à l’égard des autres et des institutions. En qui, en quoi avoir confiance ? La confiance subjective ne se décrète pas. Reste une interrogation plus générale. La société démocratique laisse à chacun le soin de donner un sens à son existence. Longtemps la transcendance politique – la République, la patrie, la France, le Parti, celui qui avait droit à une majuscule – a complété ou remplacé la transcendance religieuse pour construire un monde commun à tous les citoyens quelles que fussent leurs croyances et leurs origines ; elle donnait un principe de confiance aux relations les plus individuelles. En France, aujourd’hui, l’affaiblissement conjugué de l’Église et de la République, qui s’était construite à l’image de l’Église et contre elle, a affaibli le sens du collectif et l’acceptation de ses contraintes. Comment la société démocratique, qui se veut autoconstituée, qui n’admet pas de transcendance collective qui puisse donner un sens aux pratiques collectives, comment une société qui ne veut connaître que des phénomènes humains, simplement et exclusivement humains, peut-elle nourrir une morale collective ? Une société peut-elle exister si elle ne partage pas un certain nombre de valeurs communes qui donnent un sens aux échanges entre ses membres ?

Il faut s’interroger sans pour autant céder au pessimisme. Les démocraties doivent vivre, comme chacun de nous essaie de le faire, en gérant, comme nous le pouvons, nos tensions et nos contradictions. C’est la condition humaine. La vie sans tensions, c’est la mort. Les phrases qui suivent n’appartiennent pas au discours sociologique, lequel est de l’ordre de la confidence. Les relations directes entre les personnes qui demeurent au cœur de la vie humaine dans des sociétés sans transcendance ne sauraient être oubliées. La confiance totale qui peut s’établir entre les amis et les amants est la seule relation qui donne du sens à notre existence. Seule la confiance totale et réciproque qui les unit permet de traverser les épreuves de la vie et l’usure du temps, même au-delà de l’absence et par-delà la mort. Prenons le risque que cette confiance soit éventuellement trahie, mais faisons totalement confiance à l’autre, celui qui est là, devant nous, irremplaçable. C’est la seule expérience qui mérite d’être vécue.

 
Commentaires

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  • Par gilbert perrin - 14/01/2018 - 08:41 - Signaler un abus certainemet pas ??? et de moins en moins ...

    En ce qui me concerne, j'ai de moins en moins (avec l'age sans doute et davantage de sagesse et d'expérience, je ne sais pas donner une CONFIANCE AVEUGLE... je juge auparavant .....

  • Par lasenorita - 14/01/2018 - 10:58 - Signaler un abus Les temps ont bien changé!

    Autrefois.. les gens qui'' faisaient de la politique'' étaient des personnes qui avaient déjà exercé un métier, ils se dirigeaient vers ''la politique'' par vocation....Actuellement nos politiciens sortent pour la plupart de l'ENA, école où on leur apprend à faire de beaux discours, à serrer des mains, ils ignorent l'HISTOIRE de la France et la géographie: Macron n'a jamais appris l'Histoire de France et de ses colonies et il croit que la Guyane est une île.. notre ministre du budget ignore à quoi correspond un hectare et il avoue qu'il était ''nul en Maths''.. nos énarques ne savent faire qu'une chose: augmenter les impôts et les taxes des Français pour compenser les dépenses faramineuses qu'ils font: ils distribuent l'argent des Français généreusement.. Hollande a augmenté mes impôts de 40%..et Macron ne les a pas baissés, bien au contraire Macron diminue ma retraite..et ces politicards sont INCAPABLES d'assurer la ''sécurité'' des ''vrais'' Français!..

  • Par Anouman - 14/01/2018 - 15:32 - Signaler un abus Confiance

    La confiance ça se mérite.

  • Par gilbert perrin - 17/01/2018 - 16:44 - Signaler un abus alors !!! si laco,nfiance se mérite que chacun s'exprime s: NDDL

    le seul que j'aie entendu, demandant des comptes financiers sur le dossier de Notre Dame des Landes : c'est LAURANT WAUQUIEZ, il réclame, approuvons le, le coup des études successives, réunions, commissions, sondages, référendums, déplacements et frais généraux etcc..;ettc, mandat après mandat ! les contribuables ont envi de connaître, le coup GLOBAL de ce gachis !!! J'ajoute qu'il ne serait pas inintéressant de connaitre la DEPENSE globale autour de CALAIS.... et, toutes les dépenses de ce type ??? Monsieur WAUQUIEZ créer une commission interne aux LR pour suivre ces dossiers ... c'est un pas ver le contrôle de l'état par les contribuables ...

  • Par gilbert perrin - 18/01/2018 - 09:46 - Signaler un abus écoeurant !!!!

    que vous soyez tous indifférents à ces dépenses inconsidérées de nos politicards... que vous croyez dur comme fer... TOUS VOUS ENFLENT...l'EPR de FLAMANVILLE etc...etc.... et ils osent appeler cela de la GESTION.....

  • Par gilbert perrin - 19/01/2018 - 16:27 - Signaler un abus le COMBLE de cette gouvernance ...

    ENVOYER les CRS contre les gardiens de prisons qui se plaignent de leurs conditions de travail : DE PLUS EN PLUS attaqué par les DJIHADISTES !!!! et laissés en LIBERTE par nos EDILES... VIVE la FRANCE ?????

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Dominique Schnapper

Fille de Raymond Aron, Dominique Schnapper est directrice d'étude à l'EHESS, membre honoraire du Conseil constitutionnel, auteur de nombreux ouvrages sur la citoyenneté et la démocratie, dont notemment Diasporas et nations (avec Chantal Bordes-Benayoun) et Travailler et aimer.

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