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Le fact checking constitue-t-il forcément une avancée démocratique ?

Le fact checking, qui consiste à vérifier les informations données, parfois en temps réel, connaît un boom sur Internet, en télévision et en radio. Mentir sur les chiffres deviendrait donc difficile pour les hommes politiques... En effet, cette invention que l'on doit à la presse américaine pourrait bien révolutionner les débats. Mais le fact checking constitue-t-il forcément une avancée démocratique ?

Enfin les vrais chiffres ?!

Publié le

Atlantico : Le fact checking constitue-t-il forcément une avancée démocratique ?

Jean-Marie Charon : Pour que le fact checking soit une avancée pour l’information et la démocratie il faut qu’il constitue un pas de côté vis-à-vis d’une actualité dont le rythme s’accélère sans cesse. L’équipe de fact checking qui suit l’actualité choisit dans celle-ci les sujets qui méritent d’être validés, vérifiés, enrichis. C’est dire que le fact checking est pratiqué par des journalistes expérimentés, qui sont susceptibles d’être alertés par une thèse, une affirmation, des chiffres, qui posent problème. Ils sont aussi des journalistes qui connaissent les ressources en matière de données, de connaissance et de documentation. Des journalistes qui savent mobiliser ces ressources permettant la vérification.

Enfin des journalistes qui sauront expliquer en quoi une affirmation a pu être biaisée, sortie de son contexte ou complètement fausse, avec le souci de fournir au public les liens qui lui permettent de vérifier et comprendre à son tour. Si le fact checking s’enferme dans l’immédiateté ou la seule question des chiffres, il s’engage dans une impasse, s’exposant à superposer des approximations sur des approximations, sans permettre d’exprimer le potentiel de pédagogie qu’il recèle pour le public. C’est le programme que s’était fixé Politifact aux Etats-Unis, et c’est la démarche employée par des applications comme « désintox » (Libération) ou les « décodeurs » (Le Monde).

Comment utiliser de façon optimale cette méthode ?

A mon sens, la démarche la plus intéressante en matière de fact checking est celle qui ne se donne pas a priori de délais dans le traitement du sujet. L’avantage est double : d’abord il offre la garantie que le travail de vérification sera poussé à son terme, surtout si le sujet est complexe. Ensuite il s’agit d’une opportunité de revenir sur un fait, un évènement, une déclaration alors que précisément l’une des grandes faiblesses d’une information aussi abondante, délivrée à un rythme soutenu, c’est de ne jamais permettre de revenir sur l'annonce pour la remettre en perspective, en comprendre la portée. De ce point de vue le « véritomètre » qui n’est qu’un gadget marketing inventé par Politifact risque d’appauvrir le potentiel du fact checking en le soumettant aux exigences du rythme de la télévision. L’enjeu du fact checking, n’est pas une prouesse journalistique. Il ne s’agit pas d’instaurer le journaliste en position de savant suprême face à des acteurs politiques, économiques, etc. Ignorants ou truqueurs. Dans une période où le journaliste, comme le politique, se heurte à la défiance, il apporte alors des éléments de compréhension, des instruments d’analyse, des méthodes permettant de prendre du recul, au profit du citoyen, et de l’honnête homme.

L'opinion s'intéresse-t-elle vraiment à la véracité des chiffres ?

L’opinion ou le public, n’est pas un, surtout dans des sociétés aussi complexes dont le niveau de connaissances et de compétences s’élève sans cesse. L’un des principaux reproches fait aux journalistes de la part des destinataires de l’information c’est précisément le manque de fiabilité, de la petite approximation au gros contresens, en passant par l’incapacité à rectifier les discours orientés des acteurs de l’actualité. Il faut aussi distinguer les temps dans les réactions du public, qui peut être séduit, voire subjugué par la performance d’un acteur politique (discours, interview, etc.) alors que dans un second temps apparaîtra dans l’expérience vécue, tout l’écart à la réalité. Et c’est alors au journaliste que sera reproché de ne pas l’avoir perçu, dénoncé. Et c’est en quoi le fact checking apparaît comme une réponse adaptée, y compris dans cette temporalité décalée.

 
Commentaires

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  • Par dolp - 22/02/2013 - 08:44 - Signaler un abus Belle image d'illustration

    une lan party..on se demande le rapport avec le "fact checking", et l'article en général

  • Par Atlante13 - 22/02/2013 - 09:29 - Signaler un abus La vérité

    Qu'elle dérange ou qu'elle arrange, est la seule constante irréfutable. Si on clame son attachement à la démocratie, et le droit de tout contester au nom de la liberté d'expression, encore faut-il être capable d'en supporter les conséquences. Contre les bateleurs, les menteurs professionnels de la politique, les populistes et les sectaires engagés, il n'y a qu'une seule défense : l'information brute et la vérité en toute chose. Mais la vérité étant connue, chacun en fera son analyse, mais ne pourra pas mentir.

  • Par laurentso - 22/02/2013 - 09:43 - Signaler un abus Le "fact cheking" peut être bien quand un politicien

    se trompe sur telle ou telle donnée objective. On se souvient du débat Royal-Sarkozy où l'un et l'autre s'étaient trompés sur le nucléaire. Mais après tout qu'importe ? L'un et l'autre étaient de tout façon en mesure d'avancer des arguments. Sur bon nombres de sujets, les chiffres ou les données sont de toute façon sujettes à interprétation alors... Gare au revers de la médaille qui serait un populisme journalistique poussé à l'extrême, à la manière de la "question piège" de Bourdin, par exemple.

  • Par SteakKnife - 22/02/2013 - 11:32 - Signaler un abus Quel idée révolutionnaire!

    En gros, la personne interrogée ici dit que ce qui serait bien, c'est que les journalistes fassent leur boulot, et prennent le temps de se renseigner avant d'écrire un article. Bonne idée, pourquoi n'y avait-on pas pensé avant. De toutes façons, on ne peut pas attendre d'un homme politique qu'il connaissent des milliards de statistiques. Ce qu'on attend c'est qu'il ait une vision d'ensemble et des idées. Et en ce moment, on peut pas dire qu'on soit vraiment servi avec notre classe politique.

  • Par Atlante13 - 22/02/2013 - 11:35 - Signaler un abus @laurentso

    Peut-être, mais des arguments basés sur l'ignorance ou la méconnaissance sont de facto sujets à caution. Ou alors on prévient l'auditoire que tous les arguments sont strictement subjectifs, et n'engagent que les gogos qui les reçoivent.

  • Par mich2pains - 22/02/2013 - 12:27 - Signaler un abus Le " FUCK checking ....Ta Mère "

    comme ils disent dans les banlieues ! Tout du moins , ç'est ainsi que les " Jeunes-de-Banlieue" l'écriraient , eux qui n'ont pas plus d'instruction que les journalistes actuels .

  • Par miltrist - 22/02/2013 - 12:35 - Signaler un abus Chaque récepteur d'un message est un "fact checkeur" !

    Chacun négocie le sens du message qu'il reçoit. Et quand on s'indigne d'une erreur non contredite par le journaliste, on évacue trop rapidement la capacité individuelle de chacun à ne pas être dupe. Quand on s'indigne devant une énormité, on pense plus ou moins consciemment que d'autres que soi peuvent se faire abuser. Or chacun, selon les thématiques, est à la fois plus intelligent que la masse et moins intelligent que son voisin. A l'évidence, les gens dupés sont surtout ceux qui le veulent bien, en général ,les partisans de la parole qui s'exprime. Et vu le nombre d'élus réélus après condamnation juridique ou morale, on peut s'interroger sur l'efficacité réélle du fact checking". Aux USA, les sites spécialisés n'ont pas fait bouger une voix. Cela dit, c''est quand même la base du journalisme que d'être en position de contredire. Si le fact checking permet de retrouver un peu de crédit, ou d'estime de soi...

  • Par jerem - 22/02/2013 - 23:19 - Signaler un abus le fact checking pour les journalistes

    il serait d'autant plus perspicace si les journalistes au quotidien s'en servait pour lire les resultats avant de resservir toujours les meme idioties comme 25% des jeunes au chomage ..... sans comprendre et dire 25% des jeunes actifs (soit 9% de la tranche d'age et pas davantage).

  • Par Decebal - 23/02/2013 - 00:39 - Signaler un abus Bon sang

    vous faites chiez avec ces anglicisme, par pitié essayer si vous le pouvez de parler Français ou alors ouvrez un dictionnaire ou lieu de copier sur vos confrères.

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Jean-Marie Charon

Jean-Marie Charon est sociologue, spécialiste des médias et chercheur au CNRS. Il a notamment co-dirigé avec Arnaud Mercier l'ouvrage collectif Armes de communication massives : Informations de guerre en Irak 1991-2003  chez CNRS Éditions

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