Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 16 Août 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Facs en colère : mai 68-mai 2018, attention au retour de l’histoire ?

Les étudiants contestataires de 2018, globalement, ne veulent pas entendre parler de "l’ancien mai", qui leur semble très loin, "dépassé". Et pourtant...

Retour vers le passé

Publié le
Facs en colère : mai 68-mai 2018, attention au retour de l’histoire ?

 Crédit CHRISTOPHE SIMON / AFP

Il flotte sur l’université française comme un parfum de mai 68, ce « Mai 68 » dont je viens de retracer l’histoire inédite (« Mai 68 » n’a jamais existé ! LGO éditions). Bien entendu, comme leurs camarades de 1986 refusant le projet de loi Devaquet, les étudiants contestataires de 2018, globalement, ne veulent pas entendre parler de « l’ancien mai », qui leur semble très loin, « dépassé » - sauf pour les engagés politiques de la mouvance libertaire-anarchiste qui ont la capacité d’inscrire un mouvement dans une trame historique. Les actuels étudiants en révolte ont le sentiment sans doute qu’en reconnaissant une filiation avec leurs aînés de 68, ils perdraient de leur originalité, de leur singularité, de la noblesse de leur action.

Ce « négationnisme » finit par devenir insupportable. Il n’est pas demandé aux étudiants de 2018 de se prosterner devant leurs devanciers, d’être dans quelque admiration que ce soit, mais juste de reconnaître une continuité dans le combat contestataire. Alors il faut bien que quelqu’un leur dise : « Le fait est là, que ça vous plaise ou non, vous les étudiants-bloqueurs d’aujourd’hui, vous les « nuitdeboutistes » de naguère, vous « faîtes du mai 68 » sans le savoir comme M. Jourdain de la prose, à votre insu. Mais, dîtes-moi, en quoi est-ce déshonorant d’être des « héritiers » politiques ? »

Les parentés et analogies sont nombreuses entre les deux mouvements. Il y a d’abord la réaction du Pouvoir. Selon son habitude, il se veut rassurant, tente de convaincre l’opinion publique que ce n’est pas si grave : deux ou trois facultés entièrement bloquées, une dizaine partiellement, sur un total de 70 universités et de 406 sites, c’est une minorité qui est en rébellion, donc pas de quoi s’alarmer. De même, estimant que parmi les étudiants se glissent des agitateurs professionnels, des « professionnels du désordre » pour reprendre l’expression du président Macron, il minimise encore un peu plus le problème. Peu de contestataires engagés, et parmi eux peu d’étudiants véritables, donc vraiment pas de quoi s’alarmer. Selon son habitude, le Pouvoir invoque aussi l’ordre républicain et sa détermination à le défendre. La réussite de la double évacuation, ce mois-ci, de la Sorbonne et de Tolbiac, atteste de cette détermination. A noter que le succès de l’opération policière ne présage évidemment en rien de la suite du mouvement.

En réalité, malgré son recours à la force publique et sa volonté de dédramatiser une situation conflictuelle, tout Pouvoir est dans le mensonge. Un mouvement de jeunes, qu’il soit d’étudiants ou pas, est toujours pour lui une source d’inquiétude. Des gouvernements (Pompidou en juillet 1968), des ministres (Devaquet en mars1986), des projets (sélection pour l’accès à l’université en 1986 ; création du Contrat d’insertion professionnelle (CIP) en 1994, du Contrat première embauche (CPE) en 2006), sont tombés ou ont été abandonnés à la suite d’une forte mobilisation de jeunes. Tout Pouvoir redoute l’engrenage, l’escalade, la violence faites aux jeunes (qui sont parfois les siens) ; tout Pouvoir redoute les dérapages et, par voie de conséquence, une sanction des électeurs car, on le sait, derrière les jeunes, il y a des familles, et, derrière les familles, des électeurs. Alors prudence !

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par accurate - 24/04/2018 - 22:38 - Signaler un abus Des "jeunes" ?

    1- Ce n'est pas leur âge qui permet de les qualifier de jeunes. 2- Ils ne représentent que ceux qui se trouvent à occuper les locaux, c'est à dire une infime minorité et pas les "jeunes". Ils ne représentent rien. Rien, comme le disait de Gaulle (qui avait le vocabulaire de mes grands parents) que de la chienlit, ramassis de nullards, faineasses, sangsues, profiteurs, qui ne désirent qu'une chose promener leur vacuité au crochet de ceux qui travaillent....car ne l'oublions pas l'Etat à qui l'on réclame tout, y compris de ne rien foutre en fac, n'existe pas, c'est le contribuable qui paye, or ce dernier est celui qui par le fruit de son travail génère l'impôt qui n'a pas pour vocation de payer ces bons à rien. Celà sans compter leur comportement de vrais petits nazis n'ayant rien à envier ni aux SA ni aux SS, toujours prêts à essayer de terroriser ceux qui ne sont pas d'accord avec eux. On les connaît, on les a pratiqués, il ne s'agit que de la lie de la société.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Michel Fize

Michel Fize est un sociologue, ancien chercheur au CNRS, écrivain, ancien conseiller régional d'Ile de France, ardent défenseur de la cause animale.

Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, dont  Le Peuple adolescent (2ème éd. Mots composés, 2011),  Le Cabinet (Arléa, 2001), Le Livre noir de la jeunesse (Presses de la Renaissance, 2007), L'Individualisme démocratique (L'Oeuvre, 2010), Le Bac inutile (L'Oeuvre, 2012, L'adolescence pour les nuls (First, 2010), Antimanuel d'adolescence (Marabout, 2014), et de Jeunesse à l'abandon (Mimésis, 2016). Son dernier livre, Mai 68 n'a jamais existé ! sort début mai à LGO éditions.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€