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Facebook : quand se déconnecter du site permet de trouver sa vocation

En coupant les ponts avec Facebook, et donc en passant moins de temps sur son ordinateur, le fils de la journaliste Susan Maushart a renoué avec ses anciennes passions et a même trouvé sa vocation. Extrait de "PAUSE" (1/2).

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Facebook : quand se déconnecter du site permet de trouver sa vocation

Se désinscrire de Facebook permet de dégager du temps pour jouer d'un instrument, lire ou encore voir ses vrais amis. Crédit DR

Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux comme Facebook, MySpace et Twitter, seuls les psychopathes, les losers et les mères (si cette troisième catégorie n’est pas redondante par rapport à la seconde) peuvent se satisfaire de n’avoir que quelques amis proches. Pour tout le reste du monde, semble-t-il, l’amitié (ou, plus précisément, la collecte d’amis sur Internet) est le nouveau Versace, une forme de consommation ostentatoire taillée sur mesure pour un monde ébranlé par la crise économique.

[…]

Au moment où notre famille s’est débranchée d’Internet, chaque utilisateur de Facebook avait en moyenne cent vingt « amis » sur le réseau (d’après Cameron Marlow, le sociologue maison de la compagnie).

[…]

Quand il coupa les ponts avec MSN, Facebook et sa pile de vidéos japonaises, Bill fut éjecté hors de la maison plus vite qu’une balle de fusil à lunette tirée dans un de ces jeux qu’il aimait tant.

Je craignais qu’il n’aille droit vers la Bête, retranchée chez son copain Vinny à trois rues de chez nous. Et c’est ce qu’il fit au début. Au bout d’une ou deux semaines, cependant, son anxiété de séparation se dissipa. Il se mit à passer plus de temps à la plage et à la piscine. Il reprit contact avec des copains qu’il n’avait plus vus depuis l’école primaire. Matt, notamment, qui était devenu bon trompettiste, et Tom, frère aîné de Pat-le-grand-copain-de-jeu-en-réseau, qui s’était récemment mis au piano jazz. Matt et Tom travaillaient tous les deux la musique avec le même prof, un saxophoniste qui s’appelait Paul Andrews, me raconta Bill. Ainsi se ranima son intérêt pour le saxophone. Il me demanda peu après si je voulais bien qu’il reprenne des cours de sax.

Je fis mine de vouloir y réfléchir – inutile de tout gâcher en montrant trop vite à quel point j’étais contente –, puis j’acceptai qu’il fasse un « essai » avec le prof. J’arrivai à la fin de la leçon, juste à temps pour entendre Andrews lui demander :

« Qu’est-ce que tu veux devenir, plus tard ?

— J’aimerais bien être musicien », répondit mon garçon sans hésitation.

Nom de Dieu ! m’écriai-je en mon for intérieur.

 « Hum... fit Andrews, hochant la tête. Eh bien... entraîne-toi beaucoup, reste concentré, écoute, apprends... et tu pourras faire ça. »

Pendant deux ans, Bill avait à peine touché son instrument. À partir de ce jour-là, il le quitta à peine.

Au cours des mois qui suivirent cette première leçon révélatrice, je vis mon fils se transformer, comme un Pokémon humain, de fana de jeux en ligne revêche et insolent en musicien revêche et insolent. (lol.) Aujourd’hui encore, il affirme que ce n’est pas l’Expérience qui l’a changé, mais ses amis et son prof de musique. « Ah, je vois, dis-je.

— Le truc de la coupure avec l’ordinateur, ça n’a été qu’un déclencheur, ajoute-t-il, déjà un peu moins sûr de lui.

— Ah, un déclencheur. » (Bam ! Bam ! je pense en moi-même. Je t’ai eu, petit malin !)

Sussy finit elle aussi par changer de groupe d’amis. Et de son côté, elle ne se fit aucune illusion sur le rôle de l’Expérience dans cette transformation. Sa prof principale perçut également le changement : « Les capacités d’organisation et le comportement en classe de Sussy se sont nettement améliorés, m’écrivit-elle en avril 2009. Elle a bien pris le coup de travailler soit à l’école, soit chez une amie quand elle a besoin d’un ordinateur pour faire un devoir. Enfin, son uniforme est toujours impeccable. » (Un grand nettoyage de sa chambre nous avait permis de retrouver non pas un, ni deux, mais trois badges nominatifs « perdus » qu’elle se mit à porter les uns au-dessus des autres sur la poche de son blazer, comme des médailles de guerre.) « Sussy semble plus heureuse qu’auparavant et, en tant qu’élève, elle devient plus indépendante et se responsabilise davantage », conclut sa prof principale.

La perte de Facebook (sans parler de la perte de MSN et de MySpace) lui permit, de manière générale, d’apprendre à mieux et à davantage se concentrer sur son travail.

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Extrait de "PAUSE", Editions Nil (février 2013)

 

 
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Susan Maushart

Susan Maushart est docteure de l'université de New York en sociologie des médias. Journaliste, elle vit désormais à Long Island, dans l'État de New York, après avoir longtemps demeuré en Australie.

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