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Facebook lance un service pour les jeunes enfants : voilà pourquoi cela peut rassurer les parents… et pourquoi cela devrait aussi profondément les inquiéter

Facebook lance une nouvelle plateforme dédiée aux enfants et sobrement nommée "Facebook Kids". L'entreprise offre là des gages de sécurité aux parents mais derrière les bons sentiments se cachent une réalité beaucoup plus cartésienne.

Dictature du like

Publié le - Mis à jour le 9 Décembre 2017
Facebook lance un service pour les jeunes enfants : voilà pourquoi cela peut rassurer les parents… et pourquoi cela devrait aussi profondément les inquiéter

Atlantico : Facebook lance un nouveau service Facebook kids pour les enfants. Cette offre, beaucoup plus sécurisée que Facebook  offre des garantis de sécurité aux parents. Mais au-delà des risques évidents est-ce que ce service ne pose pas des questions quant à la dépendance des écrans, la dictature du like (et la quete de validation par les pairs) ou encore l'effet FOMO?

Michael Stora : Il faut bien comprendre que les grands enfants n'ont pas attendu la création de Facebook kids pour s'inscrire. Des enfants de 8 ans 9 ans 10 ans s'inscrivaient déjà sur Facebook lors de sa création et devenaient amis avec leur parents. 

Au fond je ne parlerais pas d'addiction aux réseaux sociaux pour les enfants.

Fondamentalement ils passent la plupart du temps à l'école, après ils sont soit devant la télé ou les jeux vidéos ce qui montre au passage que l'addiction aux écrans est  antérieure à Facebook et aux réseaux sociaux. 

L'addiction aux écrans, la dictature du like et l'effet FOMO sont trois concepts pathologiques que l'on rencontre surtout chez les adultes et les jeunes adultes. Les adolescents eux utilisent les réseaux sociaux comme une caisse de résonnance de l'image de soi qui se construit dans le regard des autres. Chaque like libérant un peu de dopamine et agissant psychologiquement comme une validation par ses pairs. On a pu voir que certains enfants sont déjà dans cette forme de dictature du like puisque certains vont sur musicaly ou créent des chaînes Youtube avec le consentement de leurs parents.

En créant Facebook Kids, Facebook espère créer une fidélité, peut-être par une forme de dépendance et renouveler son panel de "clients".

Il y a un phénomène d'adultification des enfants. On observe en pédopsychiatrie un phénomène étrange d'enfants de neuf ou dix ans qui se comportent déjà comme des petits adultes. Pour les enfants, avoir un profil sur Facebook c'est faire la même chose que les parents.

L'addiction virtuelle est spécifique. C'est une addiction à l'Autre. On peut se dire que si un enfant est élevé dans un environnement dans lequel les parents sont déjà accrocs aux écrans et aux réseaux sociaux on peut se dire que cela aura un impact sur l'enfant qui développera à son tour une tendance addictive pour faire comme papa ou maman.

 

La question se pose : est-il bien judicieux de laisser les enfants avoir accès aux réseaux sociaux ? Est-ce que ce n'est pas utopique pour les parents de penser qu'ils ont le contrôle

 

Oui c'est utopique. Les enfants dès l'âge de 10 ans parce qu'ils sont dans un environnement où les écrans sont omniprésents vont parfois sur les réseaux sociaux. Après il faut comprendre que de 7 ans à l'âge de 10 12 ans, normalement si l'enfant va bien, il est dans ce qu'on appelle une période de latence dans laquelle il investit énormément le savoir. C'est une période où il est assez sérieux et les contenus choquants le feront fuir. Serge Tisseron lui dit qu'il ne faut pas de réseaux sociaux avant 12 ans mais les enfants maintenant sont habitués aux écrans, ils y sont sensibilisés dans les classes. Les enfants ont accès aux réseaux sociaux c'est un fait et essayer de les en priver non seulement ne marchera pas mais fera plus de mal que de bien. 

 

 
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Michael Stora

Michael Stora est psychologue-psychanalyste, président de l’OMNSH (Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines)

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