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Facebook et Google seront-ils has-been dans 5 ans ?

A l'image du destin de MySpace qui était l'une des premières réussites du web avant de perdre son attractivité à vitesse grand V, quelques experts annoncent la fin des géants de l'Internet Google et Facebook, qui n'arriveraient pas à moderniser leurs modèles économiques.

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On dit souvent que sur Internet, tout va plus vite. Est-ce aussi le cas pour le besoin d’innover et de s’adapter ?

Sur Internet, vous avez deux paramètres : la technologie d’une part, et les usages de la technologie d’autre part.

Ce sont deux choses différentes qui peuvent être au diapason, ou ne pas l’être. La technologie peut être très en avance par rapport aux usages. C’est le cas pour la géolocalisation : on peut faire beaucoup plus de choses que l’on en fait en réalité. Mais les gens ne sont pas habitués, par exemple dans leurs magasins, à faire appel aux fonctions de géolocalisation.

Dans d’autres domaines, la technologie est à la traine. Les gens en voudraient plus. Par exemple, la voix sur IP (la diffusion du flux de la voix sur les réseaux Internet, ndlr) pourrait marcher beaucoup mieux si la technologie était un peu plus performante.

Même chose pour le téléchargement en ligne, de vidéos, de films et de séries. La plupart des gens vont sur le site DP Stream pour faire du streaming. Il n’y a pas en face une technologie et une offre qui permettraient de distribuer et de monétiser les vidéos sur Internet. Alors chacun fait son offre de vidéo à la demande et de vidéos de rattrapage.

De toute façon, quand vous êtes une entreprise de l’Internet, vous êtes voué à être dépassé, soit par les usages, soit par la technologie. Vous êtes dans une bataille constante contre le marché et contre  vos concurrents pour rester dans le coup en termes de technologie et d’usages. Mais cette bataille, vous êtes à peu près sûr de la perdre tôt ou tard. Parce que plus vous grossissez, plus vous avez de salariés, de couts, de frais, plus vous êtes rigide, plus vous avez de management intermédiaire, plus le changement devient difficile.

Une nouvelle technologie arrive sur le marché, et tout d’un coup il faut tout déconstruire, et tout reconstruire. Cette adaptation est facile quand vous êtes 10, c’est un casse-tête chinois quand vous êtes 1000. La seule façon que les entreprises de l’internet ont de résister à l’épreuve du temps, c’est de déplacer leur avantage compétitif vers une autre forme de positionnement auprès de leur client. C’est ce qu’ont réussi Apple et Amazone.

Google, c’est leur stratégie. Ils ont développé une technologie d’algorithme de recherche. Mais ils ne parient pas sur cet algorithme pour leur avenir en tant que business. Ils parient plutôt sur les contenus qu’ils arriveront à stocker, et sur leur capacité à s’étendre à de nouveaux produits. Facebook aussi invente de nouveaux usages. « Shuffle status » qui permet de porter votre statut Facebook sur l’ensemble du web, et donne la possibilité à n’importe qui de « liker » ce statut.

Mais il n’est pas toujours évident d’innover. Quand vous grandissez, la bureaucratie s’accroit, mais aussi l’arrogance : vous commencez à empiler les millions, votre statut social s’élève, vous commencez à penser que vous savez tout mieux que tout le monde. Peu de gens échappent à ce phénomène assez humain.

Par exemple, je ne trouve pas que ce soit un très bon signal que Mark Zuckerberg  fasse ses présentations à ses investisseurs en jean et baskets. C’est peut-être le signe qu’il perd le contact avec une certaine forme d’humilité. Je ne vais pas extrapoler, mais Facebook est une boite qui ne tient à pas grand-chose.

 

Pour en savoir plus, Atlantico a également interrogé Nicolas Colin, fondateur de la société technologique CauseBuilder, spécialisée dans le social marketing et maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris

Atlantico : Les entreprises telles Lycos ou MySpace peuvent-elles survivre à un changement de génération ?

Nicolas Colin : Les utilisateurs d'Internet sont comme des enfants : ils s'enthousiasment très vite, mais ont tôt fait de se lasser et de s'échapper ailleurs. Il sont si sollicités qu'il est difficile de capter leur attention. Ils utilisent Internet dans leur intimité, une sphère dans laquelle ils tiennent à conserver – et c'est normal – une maîtrise absolue de ce qui se passe. Des entreprises comme Lycos ou Myspace sont probablement vouées à disparaître car, pour des raisons diverses, elles n'évoluent pas assez vite ni assez fort pour continuer à captiver leurs utilisateurs. Tandis que Facebook surprend et passionne par la mise en ligne fréquente de nouvelles fonctionnalités, par l'évolution continue de son interface, par l'intensité des interactions entre ses utilisateurs, ces entreprises plus anciennes sont comme figées, monotones et vite périmées.
 
 

En reprenant les exemples d'Amazon et Google, est-il possible pour une entreprise de rattraper les failles initiales d'un modèle économique ?

Bien sûr. Jeff Bezos, PDG d'Amazon, s'est aperçu très tôt d'une faille gigantesque de son modèle économique : la diminution de ses marges. Lorsque vous faites de la vente de détail en ligne, l'intensité de la concurrence vous oblige à baisser les prix, à rogner vos marges. Pour préserver sa rentabilité, un *e*-commerçant est condamné à croître sans cesse ou à disparaître. Un article fameux de 1999, écrit par le grand éditorialiste du New York Times Thomas Friedman, identifiait bien cette faille du modèle économique d'Amazon et prédisait sa disparition prochaine. Mais Amazon n'a pas disparu, parce que Bezos a pressenti le danger et a transformé radicalement son modèle économique : en quelques années, il a imposé à ses équipes la transformation de toute son infrastructure informatique en une architecture orientée services, puis a mis ces services à la disposition du marché. Avec Amazon Web Services, Amazon a généré une nouvelle source de revenus à partir d'une infrastructure existante, et s'est même payée le luxe de continuer à y pratiquer des faibles marges.
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Facebook a montré sa lenteur de réaction quant à la prise de conscience de l'importance du surf sur les portables... Est-il trop tard ?

Cette lenteur de réaction est la conséquence de contraintes technologiques. Un portable est dotée d'une interface beaucoup plus petite qu'un ordinateur. La qualité de la connexion est bien inférieure : elle est plus lente, souvent coupée en cours de navigation. C'est pourquoi, sur un téléphone portable, il est beaucoup plus agréable d'utiliser une *app* au périmètre fonctionnel restreint qu'une application aussi riche et dense que
celle que propose Facebook. Le succès des *App Stores *n'a pas d'autre explication : sur un téléphone, une application ne peut utiliser qu'un nombre limité de ressources et doit rendre un service bien circonscrit et optimisé. Sur le Web, c'est différent : une expérience peut s'appuyer sur des centaines de services différents, dont elle mélange les ressources d'une infinité de manières, avec une porosité très grande entre applications. C'est d'ailleurs une limite des applications mobiles : remarquablement conçues et réalisées, mais cloisonnées et aux ressources limitées. HTML5 permet d'adapter le Web aux terminaux mobiles et de recréer cette profondeur qui fait la richesse de la navigation sur Internet. Mais les connexions restent de mauvaise qualité, la navigation est lente et met à l'épreuve la patience des utilisateurs.
 
 

Facebook qui achète Instagram prouve-t-il qu'ils ont conscience de cette prise de retard... Cela suffira-t-il ? 

 Il y a probablement de ça. Facebook est une application inventée pour une utilisation depuis un ordinateur. Elle est riche, large, extrêmement personnalisée, en temps réel, elle se ramifie profondément dans Internet. Il n'y a pas de Facebook sans les liens partagés qui nous emmènent vers d'innombrables ressources ailleurs sur le Web. Cette expérience unique est difficile à transposer sur mobile : lorsque vous cliquez sur un lien dans Facebook, votre iPhone ouvre Safari et tente péniblement de charger une page qui, bien souvent, n'a pas été optimisée pour s'afficher sur un si petit écran. Facebook excède donc purement et simplement les capacités fonctionnelles et techniques des téléphones portables. Pour cette raison, les dirigeants de Facebook ont peut-être conclu qu'ils devaient découper l'expérience Facebook en une collection de mini-applications indépendantes, au périmètre fonctionnel beaucoup plus restreint. L'une de ces applications, c'est le partage de photographies. Et la meilleure application sur ce marché, c'est Instagram.
 
Nicolas Cilin publiera le mercredi 16 mai prochain, L'Âge de la multitude – Entreprendre et gouverner après la révolution numérique, co-écrit avec Henri Verdier 
 
Commentaires

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  • Par jean-paul - 12/05/2012 - 21:30 - Signaler un abus what?! f@ck you!

    has-been? The french language is "has-been" apparently, the way stupid french people use it nowadays. Vous savez bien qu'il existe le mot français 'passé' que même les anglophones ont adopté! Pourquoi il y a dans ce pays toujours cet envie D'EFFACER la langue francaise en faveur de la langue english?!!! Seriously, I wasted my time learning this worthless sh@t language called 'french', french people dont even want to speak it anymore, english is obviously a million time BETTER!

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