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Face à l'emprise et la manipulation, comment contrecarrer un pervers narcissique ?

Ne pas hésiter à dire non, humilier son adversaire... ce sont les quelques conseils que donne Jean-Charles Bouchoux pour échapper aux griffes des pervers dans "Les pervers narcissiques" (2/2).

Sous pression

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Oser détester

Nombre des victimes de pervers sont, tel Narcisse, à la recherche de leur image, dans une quête d’amour incessante, pas tant dans leur cœur que dans le regard de l’autre. Le pervers les entraîne vers la dépression ou la violence. La dépression est un retournement contre soi de la violence qu’engendrent paradoxe et dévalorisation.

La victime cherchant à être bonne, souvent, n’osera pas exprimer sa détestation car « ce n’est pas beau », ce n’est pas conforme à une bonne image. Alors, à l’instar du pervers, elle procédera à un déni et, incapable de projeter autre chose que de beaux sentiments, elle retournera sa haine contre elle-même, devenant son propre bourreau pour protéger l’autre ainsi que sa propre image.

Il n’est pas rare de voir des victimes encore dépressives des années après leur séparation ou leur licenciement. La colère fait partie du processus de deuil. La victime, en ne s’autorisant pas à détester, ne peut pas procéder à un deuil salutaire. Déculpabiliser la victime de ses sentiments négatifs, lui faire comprendre qu’il peut être normal de détester, peut lui permettre d’expulser une part de ses affects en osant reconnaître et exprimer ses sentiments vécus comme négatifs.

Combattre le pervers

Paul-Claude Racamier dit du pervers : « Tuez-le, il s’en fout. Humiliez-le, il en crève [1] ! » Si vous vous emportez face à un pervers narcissique, surtout en public, il y a fort à parier qu’il profitera du contexte qu’il a mis en place et qu’il retournera votre agressivité contre vous : « Enfin, tu te révèles… Nous te savions méchant, mais pas à ce point… » Mais si vous le blessez, l’humiliez ou si vous révélez sa faille narcissique en démontrant que c’est lui qui est mauvais, Paul-Claude Racamier explique qu’il pourrait entrer en suicide, c’est-à-dire, retourner sa rage contre lui-même et s’autodétruire.

Le pervers narcissique a une grande faille narcissique, c’est son image qu’il protège… C’est donc quelqu’un d’extrêmement fragile, derrière une apparence de toute-puissance. Cette voie n’est donc pas la panacée. L’idéal est encore de couper court à toute relation avec lui. C’est le plus beau cadeau que l’on puisse se faire à soi-même, parce que se protéger soi-même est la première chose à faire dans la vie… C’est aussi le plus beau cadeau que vous puissiez lui faire parce qu’il sera obligé soit de se trouver une nouvelle victime, soit de se remettre en question. Cela pose par ailleurs la question de nos propres aspects pervers. Il est normal, quand on a subi trop d’attaques dénarcissisantes, de vouloir expulser sa rancune vers l’autre, de lui rappeler ses torts et sa responsabilité. Mais n’oublions pas que le pervers est un être humain particulièrement fragile.

[1] Racamier P.-C., Le génie des origines, Payot, 1992

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Extrait de "Les pervers narcissiques", 2e edition, Eyrolles (30 juin 2011)

 
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Jean-Charles Bouchoux

Jean-Charles Bouchoux est psychanalyste et formateur en institut dans la région d'Arles et Montpellier

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