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Face au deuil, pourquoi il est primordial de laisser exprimer sa souffrance

Conçu comme une progression en 9 étapes, ce parcours se nourrit de l'expérience d'accompagnement de l'auteur auprès de centaines de personnes endeuillées. Structuré comme une démarche de coaching, il s'appuie sur des exercices pratiques, autant de jalons qui accompagnent le lecteur vers la libération émotionnelle. Extrait de "Faire son deuil", de Line Asselin aux Editions Eyrolles (1/2).

Bonnes feuilles

Publié le
Face au deuil, pourquoi il est primordial de laisser exprimer sa souffrance

Les bouleversements consécutifs au deuil

Le fait que la mort soit occultée dans notre société occidentale a pour conséquence que nous entrons désarmés dans le monde du deuil. Nous perdons à la fois nos repères extérieurs et nos repères intérieurs. Du jour au lendemain, notre monde se voit complètement chamboulé.

Josiane

Ma vie s’est arrêtée un jour de février. Ma fille, happée par un chauffard, nous a quittés. Elle était notre seule enfant. Lorsque les policiers sont venus m’annoncer son décès, j’ai cru que c’était un rêve. Dès lors, je me suis mise à souffrir à un degré inimaginable. Ma respiration s’est arrêtée. Mon cœur pulsait dans ma tête. J’ai vécu dans un état de paralysie intérieure pendant plus de trois mois. Je ne me reconnaissais pas. J’avais peur de devenir folle et de ne plus jamais sortir de cet état de déconnexion totale.

Francine

Pour ma part, c’est mon monde extérieur qui a complètement basculé. Mon mari et moi n’étions pas si proches que ça. Certes, j’ai eu de la peine à son décès. Mais ce qui m’a anéantie a été d’apprendre par mes amies qu’il m’avait trompée tout au long des vingt dernières années. J’ai éprouvé tour à tour des sentiments de colère voire même de haine. J’avais honte de revoir mes proches. Constamment, je me demandais ce qu’ils disaient et pensaient de moi. Je me suis longtemps questionnée et me questionne encore afin de savoir pourquoi je n’ai rien vu, pourquoi il ne m’a rien dit. Je n’arrive pas à lui pardonner et cela me laisse dans un état de souffrance permanent.

Les bouleversements intérieurs et extérieurs consécutifs au deuil sont de tout ordre. Voici ceux que l’on rencontre le plus fréquemment :

• Bouleversements physiques : souffle court, vertiges, palpitations, bouffées de chaleur, troubles du sommeil, perte d’appétit, lourdeurs musculaires, difficulté de concentration, etc.

• Bouleversements psychologiques  : tristesse, désespoir, dépression, doute, colère, culpabilité, frustrations, peurs diverses telles que sortir seul, perdre le contrôle en public, etc.

• Bouleversements psychosociaux : impression de ne plus savoir où l’on est, pertes de mémoire passagères, sentiment que le monde normal est irréel, sentiment d’avoir été abandonné, sentiment d’injustice, solitude, sentiments paradoxaux, peur d’être seul pour affronter la douleur, de craquer ou de perdre la raison, réflexe d’isolement ou de s’occuper pour ne rien ressentir.

Le droit d’exprimer sa souffrance

« Arrête de pleurer. Ça ne va rien changer à la réalité. Oublie tout ça et va de l’avant », disait Alain à son épouse dont le fils s’était suicidé à l’âge de 32 ans. « Tu ne peux rien faire de plus. C’était son choix. » Oser exprimer sa souffrance et se confronter aux commentaires des gens qui nous entourent est un défi. Doit-on s’ouvrir sur les émotions, les peurs, les doutes, les appréhensions que génère la perte de l’être cher ? Si oui, avec qui et quand le faire ? Ne vaut-il pas mieux tout ravaler et faire comme si de rien n’était pour ne pas déranger, pour ne pas s’entendre dire que l’on aurait dû se taire ?

 
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Line Asselin

Line Asselin est infirmière de formation, diplômée d'un double master en sonté et en accompagnement de fin de vie. 

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