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L’extinction de masse accélère-t-elle l’évolution ?

Une récente étude remet en cause ce que l'on sait de l'extinction de masse. D'après les chercheurs de l'Université d'Austin (Texas), il ne s'agit pas seulement d'une terrible perte pour la biodiversité, mais également d'un simple principe de sélection naturelle : ceux qui survivent et persistent sont ceux qui soutiennent le plus l'évolution.

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L’extinction de masse accélère-t-elle l’évolution ?

L'extinction de certaines espèces favoriserait la transformation des autres. Crédit Reuters

Atlantico : Une étude menée par des chercheurs de l'Université d'Austin au Texas fait état d'un constat pour le moins surprenant : l'extinction de masse ne serait pas uniquement un phénomène destructeur, il serait également capable d'accélérer le processus d'évolution. Comment les chercheurs sont-ils arrivés à de telles conclusions et comment peut-on les expliquer ?

Jean-Gabriel Ganascia : Les chercheurs qui sont arrivés à cette conclusion ont procédé à des expérimentations sur ordinateurs. Pour cela, ils ont placé des robots virtuels susceptibles de se reproduire et de faire évoluer leur patrimoine génétique dans un univers lui aussi virtuel. D’après ce qu’ils annoncent, les simulations auraient prouvé qu’en faisant subir, à différentes sous-populations, des destructions aléatoires massives d’environ 90% des individus, celles-ci évoluent plus rapidement. De prime abord, de tels résultats apparaissent un peu surprenants, car contre-intuitifs, et donc intéressants.

L’explication tient éventuellement à la taille de la population. En effet, si celle-ci diminue, il se pourrait que les évolutions aléatoires aient plus d’impact potentiel sur leur descendance. Une autre explication pourrait tenir à la coévolution des espèces : si un prédateur disparaît, les espèces qu’il chasse se multiplient. On en connaît d’ailleurs de nombreuses formes dans la nature. C’est par exemple le cas avec les espèces insulaires qui présentent parfois des formes de nanisme, comme les éléphants de l’île de Crète, de taille bien inférieure à leurs cousins des continents, parfois des formes de gigantisme où les tailles sont au contraire bien supérieures, comme ces rats géants de Tenerife qui se développent considérablement en l’absence de prédateurs. On attribue ces évolutions à des coévolutions entre espèces.

Dans le cadre de l'expérience, les chercheurs ont exercé sur des robots. Dans quelle mesure est-ce que les conclusions de l'étude peuvent (ou non) se trouver altérées, une fois appliquée à des êtres vivants, humains ou animaux ?

Plusieurs points demanderaient à être précisés pour que l’on soit en mesure d’affirmer que ces résultats peuvent s’appliquer à des êtres vivants, animaux ou hommes. En particulier, il faudrait savoir si les espèces de robots en question vivent en symbiose avec d’autres. Dans la nature, une espèce n’apparaît jamais isolément. La destruction aléatoire d’une grande partie de ses membres peut l’affaiblir et la rendre plus vulnérable face aux autres ou au contraire lui ouvrir des bassins de ressources en abondance, en diminuant la concurrence d’accès. Il faudrait donc essayer de comprendre les conditions exactes de cette expérimentation.

Au plan épistémologique, une expérimentation virtuelle sur quelques robots ne constitue pas, en tant que telle, une preuve scientifique. Elle fournit juste quelques indices qui  doivent être discutés pour que l’on en comprenne la portée exacte. Il convient alors d’inverser les choses et de se demander dans quelle mesure des phénomènes naturels trouvent une explication lorsqu’on les reproduit grâce à une simulation. En l’occurrence, il y aurait eu dans l’histoire de la nature sur Terre, cinq grandes phases, l’ordovicien, le dévonien, le permien, le triasique et le crétacé, dont les achèvements auraient tous correspondu à des extinctions de masse. Est-ce que les transitions entre ces phases et les phases suivantes sont vraiment dues à des « extinctions de masse » aléatoires qui firent que 90% des individus choisis au hasard auraient été tués ? Ou, ne serait-ce pas plutôt les conditions climatiques qui aurait fait disparaître une grande parti de la population, au profit de ceux que la nature avait mieux préparé aux nouvelles conditions ? Dans la seconde hypothèse, l’extinction de masse serait une conséquence, en quelque sorte, et non le moteur de l’évolution...

 
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Jean-Gabriel Ganascia

Jean-Gabriel Ganascia est professeur à l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) où il enseigne principalement l'informatique, l'intelligence artificielle et les sciences cognitives. Il poursuit des recherches au sein du  LIP6, dans le thème APA du pôle IA où il anime l'équipe ACASA .
 

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