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Explosion du plafond des comptes de campagne de Sarkozy : qui risque quoi ?

Mardi 17 juin alors que Mediapart révélait que le montant des fausses factures établies dans le cadre de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 s'élèverait à 17 millions d'euros, Jérôme Lavrilleux a passé la journée en garde à vue, puis a été libéré dans la soirée.

La facture pourrait être salée

Publié le

Jean-François Copé

  • Sur le plan politique

Jean Garrigues : La situation de Jean-François Copé est différente car il a été mis au ban par sa propre famille politique, c'est une discrimination politique assez importante. Il est attaqué par les fillonistes de manière frontale. Il a perdu sa responsabilité politique majeure, qui était de diriger l'UMP. Le préjudice d'image est encore plus fort que celui qui peut toucher Nicolas Sarkozy. L'affaire Bygmalion dans le cas de Jean-François Copé est venue se superposer à l'affaire de l'élection de la présidence de l'UMP, contestée par de nombreux membres et militants du parti.

Comme toujours dans ce type d'affaire, le coût est moins un coût judiciaire qu'un coût politique. Il n'est pas sûr que la justice puisse l'incriminer. Il pourra essayer de se retrancher derrière les responsables des comptes.

L'ensemble de sa personnalité a été discrédité, il a perdu sa popularité. Ce qui le différencie de Nicolas Sarkozy est qu'il a parlé. Et la défense de Copé, qui était celle de se positionner en chevalier en croisade contre le surfinancement de la vie politique, pouvait paraître habile au départ. Mais très vite, on s'est aperçu qu'il ne s'agissait que d'une posture et qu'elle dissimulait de réels liens de clientélisme. On peut ici dresser un parallèle avec l'affaire Cahuzac. La sanction politique et morale de l'ancien ministre délégué au Budget aurait été moins violente s'il n'avait pas commencé par démentir de manière aussi éclatante. Son positionnement public n'a fait que renforcer le coût politique. Sachant que cette affaire Bygmalion intervient après l'élection à la présidence de l'UMP qui avait déjà beaucoup affaibli Jean-François Copé. Il souffre désormais d'une image de fraudeur alors que Nicolas Sarkozy a conservé une forte popularité.

Pascal Jan : Pour savoir ce que Jean-François Copé risque, il faut dans un premier temps savoir s'il y a eu enrichissement personnel. Dans ce cas, les poursuites judiciaires pourraient aller jusqu'à la déclaration d'inéligibilité. Néanmoins, c'est excessivement rare et le juge est toujours réticent à se substituer à l'électeur. En revanche, c'est l'UMP en tant que personne morale qui est impliquée.

L'UMP

  • Politiquement

Jean Garrigues : Je crois que cela a déjà coûté très cher à l'UMP. Le paradoxe est que les élections municipales lui ont été favorables alors que nous baignions déjà dans ce contexte d'affaires. Aux élections européennes en revanche, l'UMP s'est fait dépasser par le rassemblement Bleu Marine. C'est un tournant historique. L'élection à la présidence de l'UMP en 2012, l'affaire Bygmalion ont entrainé un certain désarroi des militants et discrédité l'UMP en tant qu'organisation politique. L'organisation elle-même n'inspire plus confiance. Par ailleurs, on voit se dessiner une rupture entre les gaullistes, incarnés par Alain Juppé et dans une certaine mesure François Fillon, et de l'autre côté une autre idée de la politique incarnée par Nicolas Sarkozy. L'hypothèse d'une scission n'est pas certaine mais elle n'est pas à exclure. D'autant que des problèmes vont surgir à terme. Au moins entre ces deux droites. Car en 2012, la motion de la Droite forte l'a emporté auprès des militants et elle est la formulation du choix politique de Nicolas Sarkozy. Ce qui signifie que la majorité des militants est non seulement favorable à l'énergie de Sarkozy mais aussi à ses idées. On retrouve à côté de cette énergie une droite plus classique, incarnée par Alain Juppé, François Fillon, Jean-Pierre  Raffarin, qui se cristallise sur le triumvirat. Cette minorité militante de la droite classique est en revanche dans l'opinion plus rassembleuse, plus riche de perspectives présidentielles que ce que propose Nicolas Sarkozy.

 
Commentaires

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  • Par cpamoi - 18/06/2014 - 19:01 - Signaler un abus Une classe politique sans éthique ?

    Avez-vous déjà vu un homme politique de premier plan aller en prison ? Non. L’avez-vous vu se faire réélire malgré des condamnations ? Oui. Nous avons les politiciens que nous méritons. Ils nous serrent la ceinture mais desserrent la leur. Ils augmentent les impôts en accusant tout citoyen fugueur de trahison, mais eux n’ont guère intérêt à franchir la frontière : la caisse d’or dans laquelle ils puisent est en France ! Et ce sont nos impôts qui l’abondent ! Vous ne pouvez pas aimer l’argent et vous consacrer au bien public. Si vous adorez vous vautrer dans le luxe, voire le stupre, d’autres carrières s’offrent à vous. Mais laissez vos concitoyens tranquilles.

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Jean Garrigues

Jean Garrigues est historien, spécialiste d'histoire politique.

Il est professeur d'histoire contemporaine à l' Université d'Orléans et à Sciences Po Paris.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages comme Histoire du Parlement de 1789 à nos jours (Armand Colin, 2007), La France de la Ve République 1958-2008  (Armand Colin, 2008) et Les hommes providentiels : histoire d’une fascination française (Seuil, 2012). Son dernier livre, Le monde selon Clemenceau est paru en 2014 aux éditions Tallandier. 

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Pascal Jan

Professeur de droit public à Sciences Po Bordeaux, spécialiste en droit constitutionnel et finances publiques, vice-président du Cercle des constitutionnalistes.

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