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Exploitation des travailleurs du textile au Bangladesh : producteurs, distributeurs, consommateurs, à qui la faute ?

Un consortium de 70 marques occidentales (H&M, Camaïeu, Zara...) vient de s'engager lundi à garantir de meilleures conditions de travail pour l'industrie textile du Bangladesh au lendemain du drame de Rana Plaza. L'occasion de faire un tour d'horizon des différents acteurs d'un business loin d'être exemplaire.

Mise à plat

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Exploitation des travailleurs du textile au Bangladesh : producteurs, distributeurs, consommateurs, à qui la faute ?

L'effondrement d'un atelier textile avait causé la mort de 1127 Bangladais. Crédit Reuters

Quelques mois après l'effondrement d'un atelier textile qui a causé la mort de 1127 Bangladais, plusieurs marques vestimentaires tentent un coup de com' pour faire peau neuve auprès des consommateurs. Si l'opération peut sembler dérisoire au regard des difficiles réalités locales, il est important de rappeler que les grandes marques ne sont pas les seules responsables, loin de là.

Le banc des accusés

 

Guillaume Duval : L’histoire est ici assez simple : le Bangladesh est depuis longtemps un pays très pauvre, mais il avait jusque-là "l’avantage" de ne pas être inclus dans les quotas textiles qu’imposaient depuis plusieurs années les pays développés.

Des pays comme la Corée et le Japon ont alors décidé dans les années 1970 de contourner les quotas qui régissaient leurs propres industries pour s’exporter dans d’autres pays ateliers. On a vu ainsi émerger au Bangladesh plusieurs sociétés textiles, en particulier coréennes, ce qui a fait littéralement décoller un secteur qui ne comptait pratiquement aucun emploi au début des années 1980, contre 4 millions à l’heure actuelle. Le développement de cette activité s’est ensuite poursuivie pour des raisons inhérentes à la société bangladaise, notamment le développement de la démographie, de l’urbanisation et du travail féminin non domestique. On peut aussi évoquer la répression des mouvements syndicaux qui ont été étouffés ou intimidés par les différents gérants locaux, ce qui pose par extension le problème de la responsabilité des multinationales impliquées au Bangladesh, ces dernières n’ayant pas toujours été des plus exigeantes sur le plan éthique. De plus, le jeu de mises en compétition des différents pays qu’ont instauré ces entreprises a logiquement crée une pression salariale qui n’a pas aidé à améliorer les conditions de vie locales.

Michel Wieviorka : Difficile d’isoler un seul et unique responsable. Nous sommes ici dans une affaire impliquant plusieurs acteurs dont le degré de "culpabilité" varie. Ainsi les propriétaires du fameux immeuble de Rana Plaza sont logiquement les premiers qui nous viennent à l’esprit, mais il faut aussi se rappeler que les critères de construction existants au Bangladesh sont loin d’être extrêmement sévères. Voici pour les responsabilités directes et évidentes, bien que cela ne suffise pas à tout expliquer. C’est ici davantage un système qui est en cause plutôt que ses divers agents. Si l’on devait donner une comparaison, cette complexité s’apparente à la complexité de l’industrie alimentaire que les Français ont découverte lors du fameux scandale de la viande de cheval. Pour revenir au Bangladesh, on compte parmi les responsables "indirects" les autorités publiques pas toujours très regardantes et les diverses parties de la chaîne industrielle : entreprises de distribution, de production… Autre problème, ce sont les absences davantage que les actions de certains. Ainsi le monde syndical est très peu présent dans cette affaire (là-bas comme en Occident d’ailleurs) mais le silence des États autres que le Bangladesh n’est pas non plus à ignorer, surtout lorsque l’on sait que ces derniers se targuent de leurs exigences démocratiques. Enfin, l’on pourrait remarquer que les associations de consommateurs ne sont pas non plus extrêmement audibles sur ce type de sujet, bien qu’il ne soit pas forcément judicieux de les incriminer, cela débouchant à terme sur des boycotts de marques qui ne risquent pas vraiment d’avoir un impact lourd sur la situation.

 
Commentaires

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  • Par totor101 - 09/07/2013 - 11:05 - Signaler un abus PROBLEME

    LA GRANDE distribution qui a fait crever les PME (pas assez importantes pour fournir une centrale d'achats) et pourtant c'est la que se trouvait le savoir-faire et la créativité efficace .......

  • Par golvan - 09/07/2013 - 12:12 - Signaler un abus En résumé tout ça n'est de la

    En résumé tout ça n'est de la faute de personne. On peut toutefois suggérer que les crétins qui ont démantelé l'industrie textile dans les pays occidentaux au prétexte de vendre de la "haute technologie" sont tout de même un responsables non ? Suggérer que les fonctionnaires européens (ou les multinationales américaines et autres) qui vivent blottis dans les abris n'hésitent pas à exposer des populations entières aux bienfaits de la mondialisation tout en se tenant prudemment à l'écart. Constater que lorsque les salaires monteront au Bangladesh, les donneurs d'ordres partiront sous d'autres cieux, ridiculisant les thèses de Pascal Lamy et de tous les idiots qui cherchent à justifier le chômage européen au nom des bienfaits rendus aux pauvres populations des pays émergents. En réalité des responsables on en trouve assez facilement pour peu qu'on les cherche.

  • Par titine - 09/07/2013 - 22:40 - Signaler un abus La "faute" ?

    A tous et à chacun. A la grande distribution. Aux consommateurs qui en veulent toujours plus pour presque rien. Aux politiques irresponsables . Au fric à tout va avant tout.

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Michel Wieviorka,Guillaume Duval et Michel Fouquin

Michel Wieviorka est directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociale (EHESS). Il a notamment publié Pour la prochaine gauche aux Editions Robert Laffont et Evil chez Polity.

Guillaume Duval est rédacteur en chef du mensuel Alternatives économiques. Ingénieur de formation, il a travaillé pendant plusieurs années dans l'industrie allemande. Il est l'auteur Made in Germany, le modèle allemand au-delà des mythes aux éditions du Seuil.

Michel Fouquin est conseiller au Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales (CEPII) et professeur d'économie du développement à la faculté de sciences sociales et économiques (FASSE).

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