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L’exploit qui avait failli tourner au drame… intersidéral : la véritable histoire du premier homme à avoir fait une sortie dans l’espace

Le 18 mars 1965, le cosmonaute Alexei Leonov a été la première personne à faire une sortie dans l’espace. Mais sa combinaison ayant gonflé dans le vide spatial, il a eu toutes les peines du monde à retourner dans l’écoutille.

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L’exploit qui avait failli tourner au drame… intersidéral : la véritable histoire du premier homme à avoir fait une sortie dans l’espace

Alexei Leonov, le premier "piéton de l'espace".

Son nom ne vous dit peut-être rien, mais Alexeï Arkhipovitch Leonov fut le premier homme à réaliser une sortie extravéhiculaire dans l'espace, dans le cadre de la mission Voskhod 2. Il est depuis surnommé le"premier piéton de l'espace".

Le 18 mars 1965, environ une heure et demi après que le vaisseau a été placé en orbite, il s’extrait du sas. Il est ébloui par le Soleil. Signale qu'il parvient néanmoins à discerner les montagnes du Caucase que le vaisseau survole.

Pavel Beliaïev, le commandant de la mission, reste dans la capsule.

Il enlève le capuchon de l'optique de la caméra fixée à l'extérieur sur le sas qui filme l'événement.

Sa réaction à ce moment est un véritable éloge du silence, et un hymne à la Terre, rapporté par Le Point :

« C’est surtout le silence qui me frappa le plus. C’était un silence impressionnant, comme je n’en ai jamais rencontré sur Terre, si lourd et si profond que je commençai à entendre le bruit de mon propre corps [...]. Il y avait plus d’étoiles dans le ciel que je ne m’y étais attendu. Le ciel était d’un noir profond, mais en même temps, il brillait de la lueur du Soleil… La Terre paraissait petite, bleue, claire, si attendrissante, si esseulée. C’était notre demeure, et il fallait que je la défende comme une sainte relique. Elle était absolument ronde. Je crois que je n’ai jamais su ce que signifiait “rond” avant d’avoir vu la Terre depuis l’espace. »

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Alors qu’il flotte à 190 kilomètres au-dessus de l’Orange bleue, il réalise que dans le vide, la combinaison s'est tellement dilatée que ses pieds et ses mains ne sont plus positionnés dans les gants et les bottes, comme s'il avait rétréci. « Je me suis mis à ressembler à Bibendum, le personnage de la publicité pour Michelin ! », a-t-il raconté au site Cosmopif.

« Naturellement, nous nous étions entraînés sur Terre dans une chambre barométrique simulant 90 km d'altitude et j'avais longtemps vérifié le scaphandre lors de ces séances : j'étais persuadé de sa sécurité. Mais il n'existe pas sur notre planète les conditions comparables à celles rencontrées dans le cosmos et nous ne pouvions pas être totalement certains de tout », ajoute-t-il.

Il réalise alors qu’avec la combinaison dans cet état, il ne pourra pas rentrer dans l’écoutille de la capsule. Et il doit réagir vite : 5 minutes plus tard, la capsule doit passer dans l’ombre de la Terre. Leonov sera dans le noir total, précise Business Insider.

Sans en informer ses collègues, il décide alors de vider la combinaison de la moitié de son air. Les risques sont grands pour sa santé, mais s’il ne rentre pas dans cette capsule, il est mort. Il veut donc tenter le tout pour le tout. Les techniciens russes, interpellés par son comportement étrange comprennent qu'il éprouve certaines difficultés et interrompent la retransmission en direct.

Alors que l’air s’échappe de la valve de sa combinaison, Leonov se sent mal : il subit les effets de la décompression, comme un plongeur qui remonterait trop rapidement à la surface. « En 5 minutes la température de mon corps est montée de 1,9°C. Or, vous savez, que si on fait monter de 2°C la température d'un homme en bonne santé, il meurt, tout simplement. Moi, j'en étais pas loin », a-t-il dit à Cosmopif.

Malgré ces difficultés, le cosmonaute parvient à se hisser dans la capsule, inondant son casque de transpiration. « Je ne transpire normalement pas beaucoup, mais ce jour-là j’ai perdu 6 kilos », a-t-il indiqué à la BBC. Hors de question pour lui de croquer la pilule de poison que les médecins lui avaient remise pour éviter une pénible agonie dans le cas où il serait resté à l'extérieur !

Nouveau problème : dans la confusion, Leonov est entré la tête la première, alors qu’il devait y aller en marche arrière. Il doit alors se retourner dans un espace étroit pour récupérer le « cordon ombilical » qui le relie à la capsule et pouvoir fermer l’écoutille.

L’entrée aurait dû se passer comme indiqué sur ce schéma :

Arrivé dans la capsule, le sort s’acharne. Cette fois, c’est le système d’orientation automatique, qui permet le bon positionnement de la capsule pour la rentrée dans l’atmosphère, qui lâche. « Les cosmonautes réussissent difficilement à orienter manuellement la capsule. Ils atterriront à quelques 400 km de la zone prévue, dans deux mètres de neige, et passeront deux jours dans la nature avant de pouvoir être récupérés sans risque », rappelle le site Anecdotes-spatiales.

Quelques jours plus tard, lors d’une conférence de presse, Leonov doit répondre à un journaliste qui lui demande de résumer son expérience. « Avec une combinaison spéciale, l’homme peut survivre et travailler dans le vide spatial. Merci pour votre attention », déclare-t-il.

Toutes ces péripéties ne seront dévoilées que bien plus tard lors de la libéralisation de l’URSS.

 
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