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L’expérience choc : 160 grammes de sucre quotidiens pendant 60 jours et un bilan de santé effarant à l’arrivée

Un Australien s'est gavé de sucre plus que de raison pendant deux mois, à des fins expérimentales. Résultat : un état de fatigue chronique et 10 centimètres de graisse en plus autour du ventre... Et ce en ingurgitant uniquement du "light" !

Encore un peu ?

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L’expérience choc : 160 grammes de sucre quotidiens pendant 60 jours et un bilan de santé effarant à l’arrivée

Un Australien s'est gavé de sucre plus que de raison pendant deux mois à des fins expérimentales. Crédit Freepik

Atlantico : Il y a deux mois, un Australien a décidé de suivre un régime alimentaire strict, composé uniquement d'aliments pauvres en graisse mais riches en sucres, pour en déterminer l'impact sur la santé. Durant deux mois, Damon Gameau s'est donc nourri de barres de céréales, de jus de fruits, de yaourts "lights", c'est à dire "uniquement des aliments que des parents pourraient donner à leurs enfants en pensant que c'est une bonne chose pour eux". En moyenne, ce sont donc 160 grammes de sucre qui ont été consommés quotidiennement.

Quelle est la limite de consommation de sucres quotidienne ?

Réginal Allouche : En France la recommandation est de consommer 50% de glucides par jour apportant ainsi la moitié des calories quotidiennes. Cette recommandation est basée sur la consommation constatée des Français dans les années 1960. Il n'y a pas à ma connaissance d'essai clinique  portant sur la comparaison des effets à long terme des variations de ce pourcentage. Il s'agit donc d'un postulat qui est amendé par la recommandation de favoriser les amidons et féculents riches en fibres par rapport aux sucres simples de type sucre ajouté comme le sucre en poudre ou inclus dans les desserts et les boissons.

La consommation de sucres dits simples est au total et en moyenne de 100 grammes par jour en France. 50g de ces sucres sont ajoutés volontairement les autres 50g sont inclus dans les produits industriels ou les boissons sucrées. En 2014, l'OMS recommande désormais de baisser ce chiffre à 50 g par jour au total soit une réduction de moitié.

Lire le dernier livre de Réginald Allouche : Du plaisir du sucre au risque du prédiabète, publié chez Odile Jacob

Dans le cas de Damon Gameau il a volontairement consommé pendant 2 mois 160 grammes de sucres simples par jour sous forme de produits industriels dont le marketing promet que leur consommation apporte de réels bienfaits pour le consommateur. Pour comprendre ce qui se passe dans ce cas il faut tout d'abord savoir comment cela marche :

- le carburant de nos cellules est le glucose, tout existe dans notre organisme pour fabriquer du glucose à partir d'amidon, de fructose des fruits, des protéines voire des graisses que l'on ingère. Apporter du sucre en direct court-circuite ces mécanismes et pour les sédentaires qui ne brûlent pas assez de calories en bougeant, l'organisme est obligé de stocker le sucre en excédent dans des cellules spécialisées appelées adipocytes. Ces cellules se situent principalement au niveau de l'abdomen, du haut des cuisses, des cuisses, des bras et du visage.

Ces cellules qui stockent graisses et sucres sont parfois débordées car trop remplies et lorsqu'elles souffrent par ce sur-stockage, elles envoient des signaux de détresse appelés "cytokines" très inflammatoires. C'est le début des ennuis pour l'organisme car ces "cytokines" vont maintenir une inflammation à bas bruit qui à long terme "use" le corps" et le rend insensible à des agressions externes ou internes.

Ces hormones inflammatoires vont aussi perturber tout particulièrement les fonctions cardio-vasculaires. C'est une des grandes causes des complications du diabète de type II qui est l'aboutissement du dysfonctionnement du couple insuline-adipocyte.

C'est cette inflammation à bas bruit qui va préparer le lit des maladies chroniques et neuro-dégénératives.

Comment l'évaluer ?

Il n'y a pas d'évaluation fiable de la quantité de sucres à ingérer. Pour ma part, je considère que le sucre n'est pas un aliment de consommation courante et qu'il faut le réserver à des moments de fête. Le problème est que plus de 70% des sucres consommés sont cachés dans des produits industriels : il faut donc bien lire les étiquettes des produits que vous achetez.

En tout cas, un test simple peut être fait : si vous manger un dessert très sucré et que vous ressentez un coup de fatigue environ une heure après, vous devriez être plus vigilant sur le contenu en sucres de vos desserts.

Quels sont les effets d'une surconsommation de sucre à très court terme et à court terme pour une personne ne souffrant pas de pathologies particulières comme le diabète ?

Pour répondre à cette question, il faut savoir comment le sucre est métabolisé dans notre organisme, pour cela nous allons suivre le destin d'un morceau de sucre tout juste avalé.

Le morceau dans la bouche est croqué et réduit à l'état quasi-liquide après l'action de la salive. Il est précipité via l'oesophage dans l'estomac et là il baigne dans l'acidité gastrique. Il est quasi-immédiatement digéré et passe rapidement dans les artères qui bordent l'estomac. La brutale élévation du sucre dans le sang (glycémie ) envoie un signal au pancréas pour sécréter une hormone d'une puissance inouïe: l'insuline.

Cette hormone a deux missions :

  • faire entrer le sucre dans les cellules. Elle agit comme une clé qui entre dans la serrure de la porte d'entrée d'une cellule. Le glucose entre alors dans la cellule et permet à celle-ci de s'alimenter.
  • stocker le sucre en excédent dans les cellules de stockage spécialisées : les adipocytes (mot né de la contraction d'adipos, le gras, et de cytos, la cellule). Il n'y a donc pas que les graisses qui sont stockées mais également le sucre. Le processus de stockage s'appelle la lipogénèse.

Il est donc facile de comprendre que lorsque l'on consomme beaucoup de sucres et que l'activité physique est celle d'un Français urbanisé et sédentaire, c'est-à-dire faible, on stocke ces sucres non brûlés et donc on grossit....

Un autre facteur est essentiel : si la dose de sucre ingérée est importante et brutale, la sécrétion d'insuline est plus forte et plus l'effet entrée du sucre et son stockage sont brutaux. Cette brutalité se ressent parfois par un petit coup de pompe car l'entrée brutale du sucre dans les cellules provoque une légère hypoglycémie en réaction.

Damon Gameau décrit qu'au bout de trois semaines, le régime a commencé à avoir des effets sur son humeur, impliquant notamment un certain niveau de léthargie. Dans quelle mesure peut-on attribuer cet effet au sucre en lui-même plutôt qu'à un dégoût des produits autorisés ?  Quels sont les effets d'une surconsommation de sucre sur l'humeur ?

Il faut savoir que nous avons des récepteurs dédiés au goût sucré sur notre langue, ces capteurs sont directement reliés à notre cerveau dans une zone appelée noyau accumbens qui est le coeur du reward system : le centre de la récompense. Ce "reward system" est d'une puissance incroyable et comme son nom l'indique il est dédié à la recherche du plaisir et à son renouvellement. Lorsque l'on habitue très tôt un enfant à des doses de sucre importantes il recherchera toute sa vie le même niveau de plaisir et consommera de grandes quantités de sucre. Il en va de même des adultes qui augmentent les doses de sucre jusqu'au moment où l'augmentation des doses ne parvient plus à leur donner le même palisir. L'humeur est alors affectée car l'effet dose ne joue plus. On peut ainsi provoquer des sensations identiques à celles décrites dans les addictions.

 
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Réginald Allouche

Réginald Allouche est médecin et ingénieur. Il assure une consultation principalement axée sur le diabète gestationnel, la nutrition et la prévention du diabète de type II.

Son dernier livre publié aux Editions Odile Jacob porte sur ce théme du prédiabète : Du plaisir du sucre au risque du prédiabète, publié chez Odile Jacob.

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