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Exclusif : Police­ - gendarmerie - Cazeneuve, la guerre des Trois a (largement) commencé

Deux lettres récentes – qu’Atlantico a lues - témoignent des relations de plus en plus tendues entre la police et Bernard Cazeneuve. En cause : le manque de moyens accordés après la vague d’attentats qui a secoué le pays en 2015. La seconde lettre s’attarde surtout sur « les visées expansionnistes » de la gendarmerie que dénonce la police. Ce qui ne fait qu’accentuer les mauvaises relations entre les deux institutions.

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Exclusif : Police­ - gendarmerie - Cazeneuve, la guerre des Trois a (largement) commencé
  • La Fédération autonome des syndicats du ministère de l’Intérieur( FASMI-Unsa) vient  d’adresser deux lettres coup sur coup à Bernard Cazeneuve pour lui manifester son mécontentement
  • Le syndicat  déplore les critiques faites à l’action de la police après la vague d’attentats qu’a connue la France en janvier et novembre 2015
  • En marge de cette guéguerre contre Cazeneuve, apparaît une forte césure entre gendarmerie et police, la première se voyant reprocher « ses visées expansionnistes » aux dépens de la seconde

Ce n’est pas une grogne.

C’est quasiment un point de non-retour. Oui, cela ressemble à une guerre frontale menée contre le ministre de l’Intérieur par une large partie de la police nationale, notamment la Fédération autonome des syndicats du ministère de l’intérieur ( FASMI-Unsa) qui regroupe le principal syndicat des commissaires de police (SCPN), celui des officiers (Unsa-Officiers), et des gardiens de la paix (Unsa-Police). Pour s’en convaincre, il suffit de lire lesdeux lettres cinglantes adressées à Bernard Cazeneuve par la FASMI-Unsa le 25 décembre dernier et le 1er janvier 2016…Vous avez dit consensus ?!

A chaque arrivée d’un ministre de l’Intérieur, c’est généralement la lune de miel entre ce dernier et ses troupes. Du genre embrassons-nous Folleville… Et puis, au fil du temps, la passion, comme dans un vieux couple, s’étiole. C’était vrai avec Nicolas Sarkozy. C’est vrai encore avec Bernard Cazeneuve. L’ancien maire de Cherbourg a beau cajoler les forces de police à chaque intervention dangereuse, les féliciter pour l’arrestation de tel ou tel malfrat, se déplacer dar-dar pour tel ou tel policier blessé lors d’une manifestation, cela ne marche plus. Car dans les faits, les policiers ont le sentiment d’être laissés pour compte. Et quand, en prime, ils doivent faire face aux piques, voire aux volées de bois vert de la part de la Gendarmerie, là, ils n’en peuvent plus. Et répliquent vertement. Ce qui est tout à fait compréhensible…

La lettre du 25 décembre 2015. Elle est essentiellement consacrée aux conditions dans lesquelles travaille la police. Comme si la place Beauvau n’avait pas tiré les leçons des attentats de janvier et du 13 novembre 2015. Attentats, faut-il le rappeler, qui se sont déroulés en grande partie dans le XIe arrondissement de Paris. C’est ainsi que les fonctionnaires  affectés dans cette partie de la capitale, en «  Police secours », et destinés à se déplacer illico à la moindre alerte, ne peuvent toujours pas compter sur des moyens de protection adaptés. Très remontés contre le ministre de l’Intérieur, les auteurs de la lettre déplorent l’absence d’une arme sécurisée dans chaque véhicule de patrouille. Une demande pourtant formulée depuis un an !

Ajoutez à cela, le retrait au 1er janvier 2016 du « Pass Navigo » pour certains policiers, et la suppression de jours de repos pour d’autres depuis le 13 novembre 2015, on comprend mieux l’ampleur du désamour entre les 150 000 policiers du pays et la Place Beauvau. D’où cette conclusion : « Cette absence de la plus élémentaire attention et ce manque  de considération à l’égard des policiers de tous corps et de tous grades, très fortement investis dans leurs missions, revêtent une signification particulière à l’heure où l’on parle tant de gestion des ressources humaines rénovée, de mobilité, et de prévention des risques psycho-sociaux. »

Quel paquet ! A ceux qui penseraient que les dirigeants de la FASMI-Unsa seraient saisis par une mauvaise humeur passagère, voilà qu’une nouvelle lettre, autrement plus virulente, arrive sur le bureau de Bernard Cazeneuve le 1er janvier 2016. Son objet : « Achever de convaincre le Ministre de l’intensité des préoccupations [des policiers] en ces temps troublés. » En réalité, cette seconde missive a pour objet de dire que les policiers en ont assez d’être critiqués, bref, d’être montrés du doigt, parce qu’ils n’auraient pas été à la hauteur lors de la vague d’attentats qui a secoué le pays. Tout comme ils n’auraient pas été à la hauteur dans le domaine du renseignement ou des interventions, notamment lors de l’assaut, mené par le RAID, le 18 novembre 2015 contre un immeuble de Saint-Denis où se trouvait Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur présumé des attentats commis à Paris cinq jours plus tôt… Et la lettre d’ironiser sur  ces « courageux experts anonymes » qui passent leur temps à critiquer les fonctionnaires de police, notamment le RAID ou la BRI, qui ont montré leur savoir-faire et leur courage lors de l’assaut contre l’Hyper-Cacher de la porte de Vincennes…

Evidemment, il s’agit d’une pierre dans le jardin de la gendarmerie, « dont les aspirations expansionnistes, dixit les auteurs de cette seconde missive- notamment en matière de renseignement et d’intervention spécialisée constituerait une mise en péril du concept même de la police nationale » […] Suit un autre reproche à l’égard de la maréchaussée : sa propension à délaisser les campagnes dont elle a la responsabilité. Mais c’est dans le domaine de l’intervention, que  les critiques apparaissent les plus sévères. C’est ainsi que certaines unités  de la police nationale comme le GIPN sont laissées de côté au profit du GIGN sans concertation avec la direction générale de la police nationale. D’où cette interrogation : « Comment accepter dès lors que le directeur général de la gendarmerie nationale [le général Denis Favier, ancien commandant du GIGN] s’arroge le droit de contester l’adaptation de l’évolution  de la menace du dispositif de la force  d’intervention de la Police nationale ( FIPN) qui- avec la BRI- Préfecture de police- compte parmi les unités d’intervention les plus aguerries ? »  

Pour résumer, la lettre datée du premier de l’An le dit haut et fort : avec l’acuité de la menace terroriste, chaque force doit avoir pour impératif le respect des zones de compétence et de ses prérogatives. Ainsi, la création d’une antenne du RAID à Toulouse- zone de police d’Etat et foyer historique de radicalisme historique est incontestable. Elle ne peut être remise en cause. Evoquant encore l’épineuse question de la compétence géographique, la lettre poursuit en lançant une ultime pique à l’encontre de la gendarmerie : « Sans doute, le directeur général de la gendarmerie serait-il mieux inspiré de recentrer son dispositif sur les nombreuses portions de territoire par trop délaissées, en ces temps où une action spectaculaire à l’encontre d’un village isolé ne relève pas du scénario fantaisiste » Et de conclure : « Si nous ne nions en rien les spécificités et mérites des gendarmes, nous exigeons que toutes instructions utiles soient données pour que cessent sans délai les campagnes de dénigrement et de déstabilisation actuelles et que toute latitude soit laissée aux chefs de Police pour adapter l’organisation et les implantations géographiques des services et unités aux enjeux actuels. »

 
Commentaires

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  • Par REVERJOVIAL - 21/01/2016 - 10:45 - Signaler un abus L'alliance contre nature des extrémes

    Étant toulousain je ne suis pas surpris par le noyau de radicalisation des islamistes, cette ville à une longue culture d'opposition d’extrême gauche et de guérilla urbaine ou toute attaque du système étatique est considéré comme légitime et ou la défense des peuples opprimés par le capitalisme amène à des contradictions idéologique comique, ou on défend une religion moyenâgeuse au nom de la révolution prolétarienne.

  • Par zouk - 21/01/2016 - 11:58 - Signaler un abus Gendarmerie contre Police

    Vieux débat, malheureusement jamais résolu, alors que le seul vrai problème est celui de la sécurité publique, ce n'est qu'une guerre d'ego. Un Ministre de l'Intérieur digne de ce nom doit être capable de rapprocher les points de vue et, au besoin de manifester son autorité, et non pas courir toutes les occasions de commémorer ou manifester sa compassion.

  • Par Fredja - 21/01/2016 - 13:37 - Signaler un abus Question bête...

    Sommes nous les seuls au monde à avoir police + gendarmerie, ou y-a-t-il d'autres pays où les "Forces de l'ordre" s'aiment autant qu'ici ?

  • Par Gordion - 21/01/2016 - 16:20 - Signaler un abus @Fredja

    La Turquie a les Jandarma, qui dépendent des Forces Armées comme en France, et qui détestent la Police, comme en France!

  • Par vangog - 21/01/2016 - 16:35 - Signaler un abus Une arme sécurisée dans chaque véhicule de patrouille...

    cela paraît évident! Et même deux ou trois armes sécurisées...on se demande pourquoi le gauchiste Cazevide ne l'a pas encore ordonné...la dhimmitude, peut-être?

  • Par prothesor2003 - 21/01/2016 - 20:09 - Signaler un abus Lamentable

    Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Nous sommes en guerre contre une partie du monde musulman, avec les conséquences que l'on sait sur notre territoire, et gendarmes et policiers trouvent le temps ( et l'audace ) de se détester ? Je croyais que cette forme de bêtise était l'apanage de nos politiciens. Quant à Cazeneuve, il se montre bien sûr incapable de montrer la route à ses troupes. Bientôt les milices ?

  • Par ygx - 21/01/2016 - 20:33 - Signaler un abus Oui mais...

    ... quand on lit quelques rapports récents sur le traitement des évènements de novembre 2015 – à Paris et à Saint-Denis - et que l'on se remémore la manière dont a été traitée la dernière partie de l'affaire Merah en mars 2012 - 32 heures – n'avons-nous pas le droit – en tant que simples citoyens - de nous interroger sur l'aptitude de la Police nationale à remplir des missions de "guerre" (cf. déclarations du Président de la République)? Ne vaudrait-il pas mieux, dès lors, confier ces missions à la Gendarmerie, force militaire mieux préparée dans tous les domaines (commandement, formation, instruction, entraînement, ... , esprit de discipline, disponibilité)? Le découpage actuel du territoire en zones Gendarmerie et en zones Police est-il, aujourd'hui, toujours pertinent? Dans l'urgence, avant le prochain événement et pour éviter toute catastrophe, ne faudrait-il pas, rapidement, se pencher sur le problème et définir une solution différente de celle actuellement en vigueur? Il ne s'agit pas, ici, de dénigrer la Police nationale, il s'agit d'ouvrir les yeux et de ne pas oublier le "Retour d'expérience"...

  • Par Gordion - 22/01/2016 - 04:15 - Signaler un abus @ygx

    Certes! Il suffit de voir les moyens de la Gendarmerie - véhicules blindés, hélicoptères, et sources de renseignement. Seulement voilà, les Ministres de la Défense et de l'Intérieur veulent contrôler le tout, et se dotent chacun des moyens pour y parvenir, sans coordination bien entendu. Il n'existe pas de structure unique de commandement rattachée au Premier Ministre par exemple - l'Elysée veut aussi contrôler - ni de Département de la Sécurité Nationale comme aux US. Vogue la galère...

  • Par ygx - 22/01/2016 - 10:38 - Signaler un abus @Gordion

    Alors, revenons au statu quo ante abandonné par un Président de la république plutôt médiocre qui a tenté un rapprochement impossible car il n'aiime pas les militaires (qui le lui rendent bien...). Comme cause du problème, si on comparait la qualité du commandement? Cf. Le nombre de scandales dans la police, le dernier, un préfet porté par le même président

  • Par kaprate - 22/01/2016 - 12:55 - Signaler un abus Réabiliter l'armée et la police

    Les tensions entre la police et la gendarmerie ne sont pas nouvelles mais sont exacerbées par le contexte actuel du risque terroriste, de l'engagement des effectifs et de l'épuisement qui en découle mais aussi par le manque de rigueur et d'efficacité du gouvernement. La police se plaint légitimement, en dehors de la dimension guerre d'égos qui est inappropriée en ces temps troublés; mais l'armée n'est pas mieux lotie et subit aussi le manque de reconnaissance et de moyens, depuis la baisse régulière son budget jusqu'aux difficultés des militaires à toucher leur solde! Ces courriers sont un symptôme d'une France de la défense qui va mal et en cette période, c'est une très mauvaise nouvelle. Les français (dirigeants socialistes en tête) ont redécouvert il y a peu le drapeau français, peut être peut on espérer qu'ils réabiliteront le rôle essentiel de ceux, partout sur le territoire et en dehors, qui oeuvrent à protéger le peuple français et ses valeurs.

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Gilles Gaetner

Gilles Gaetner est journaliste d'investigation chez Atlantico. Il a été journaliste aux Echos, à la Vie française, au Point et de 1986 à 2009, rédacteur en chef adjoint à L'Express, chargé de l'investigation.

Il est l'auteur de La République des copains (Flammarion, 2005), Réglements de comptes pour l'Elysée - La Manipulation Clearstream dévoilée (Oh! Editions, 2006, avec Jean-Marie Pontaut),  La République des imposteurs (L'Archipel Editions, 2014) et Les journalistes ne devraient pas dire ça (L'Artileur, 2017).

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