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Ex-espion russe empoisonné : tentative de meurtre ou surconsommation de drogue ?

Sergeï Skripal, qui avait été condamné pour haute trahison en Russie, été retrouvé inconscient sur un banc, dans le sud-ouest de Londres.

Comme un parfum de Guerre froide

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Ex-espion russe empoisonné : tentative de meurtre ou surconsommation de drogue ?

Le dimanche 4 mars, deux personnes sont trouvées délirantes sur un banc proche d’un centre commercial de Salisbury, ville située à 140 kilomètres au sud-ouest de Londres. Elles sont transportées aux urgences de l’hôpital local où un empoisonnement au fentanyl (R 5240), un puissant analgésique opioïde, aurait été détecté (information en attente de confirmation). L’une des victimes est Sergeï Viktotivich Skripal, un ancien colonel russe condamné pour espionnage au profit du MI-6 (services extérieurs britanniques) qui a été échangé en 2016 lors d’une affaire rocambolesque décrite ci-dessous dans mon livre "Grand angle sur l’espionnage russe" paru aux éditions UPPR en mars 2017.

L’autre victime est sa fille Youlia âgée de 33 ans qui lui rendait visite depuis la Russie où elle résiderait encore.

Extrait :

"Le vendredi 9 juillet 2010, une scène surréaliste se déroule sur le tarmac de l’aéroport de Vienne. Dix Officiers traitants (OT) du SVR sont échangés contre quatre "traîtres" russes qui viennent d’être graciés par le président Dimitri Medvedev après avoir reconnu par écrit leur "faute". Avant de rejoindre les États-Unis, l’avion qui emmène les quatre ressortissants russes fait une escale discrète sur l’aéroport militaire de Brize Norton, en Grande Bretagne, où deux d’entre eux débarquent pour être discrètement récupérés par les Britanniques.

C’est un peu une première dans l’Histoire de la Russie. Si du temps de la Guerre froide, Moscou a échangé des agents étrangers, cela n’a jamais été le cas pour ses ressortissants, alors considérés comme de véritables traîtres, tout juste bons pour le peloton d’exécution. De plus, trois des Russes échangés sont des anciens colonels du service de renseignement extérieur, ce qui était encore considéré du temps de la splendeur de l’URSS, comme une circonstance aggravante. Comme le lieutenant-colonel du KGB Vladimir Vetrov rendu célèbre par l’affaire Farewell, ces hommes auraient très bien pu disparaître au fin fond d’une prison après avoir été longuement interrogés pour qu’ils livrent l’étendue de leur trahison. Ils ont eu beaucoup de chance de n’être pas nés plus tôt.

Alexandre Zaporojski. Le cas de cet ex-colonel du SVR reste extrêmement étrange. Après avoir travaillé pour les Américains pendant des années, il a finalement fait officiellement défection aux États-Unis en 1997. C’est là un classique de l’espionnage, une source finit souvent par demander à être retirée du "jeu" auquel elle participe tant la pression est forte. Il a alors été logiquement suivi par le FBI qui a en charge la sécurité nationale à l’intérieur du territoire du pays. Or, Zaporojski est arrêté en Russie en 2001 lorsqu’il débarque d’un vol régulier en provenance des États-Unis. Il est condamné en 2003 à dix-huit ans de prison pour haute trahison. Comment s’est-il retrouvé là ? En fait, il semble qu’il ait été ramené manu militari en Russie lors d’une opération d’exfiltration rondement menée par ses anciens collègues du SVR. Ces derniers avaient de quoi lui en vouloir car, avant de faire défection, il aurait renseigné les Américains sur la présence de taupes aux États-Unis, dont les plus célèbres sont Aldrich Ames (OT de la CIA qui a travaillé pour les Russes de 1985 à 1994) et Robert Hanssen (Agent du FBI au service des Russes de 1986 à 2001). Zaporojski a été, à l’évidence, un agent de renseignement de tout premier plan pour les Américains.

 
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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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