Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 28 Juin 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Les évolutions inattendues du commerce mondial qui se cachent derrière ce graphique

Un graphique publié par le site américain BusinessInsider montre que les courbes des échanges commerciaux entre pays riches et entre pays émergents sont sur le point de se croiser. Analyse d'une véritable rupture économique.

Renversement de vapeur

Publié le

Jean-Marc Siroën : Pour la Russie, il s'agit d'abord de reconstituer un bloc politique régional en utilisant l'arme énergétique. Le projet américain, auquel tend à se rallier l'Europe, est très différent : il s'agit de contourner le blocage du multilatéralisme, auquel, d'ailleurs, ils participent pour diffuser des normes au-delà même de l'abaissement des barrières - tarifaires ou non - aux échanges. Ces normes  s'étendent notamment à la concurrence, aux investissements, aux marchés publics. Si les projets trans-pacifiques et transatlantiques aboutissaient, c'est une large majorité du commerce international qui convergerait vers les mêmes normes.

Dans ce projet, les blocs seraient avant tout un espace de normes par ailleurs convergentes et à vocation universelle. Les rivalités resteraient d'abord des rivalités entre les pays. Les États-Unis et, dans une moindre mesure, l'Europe, espèrent ainsi récupérer le leadership qu'ils exerçaient autrefois dans les négociations commerciales multilatérales menées au sein de l'OMC. De là à ce que ce projet se réalise, il y a un grand pas à franchir, tant les intérêts et les normes des uns et des autres restent hétérogènes et contradictoires.

Quels autres espaces économiques (ASEAN, APEC, UNASUR...) sont amenés à prendre de l'importance dans cette nouvelle donne ?

Jean-Marc Siroën : Ces zones se superposent souvent à d'autres espaces. L'ASEAN et l'APEC s'intègrent ainsi dans le projet transpacifique. Si les négociations échouaient, il est vraisemblable que l'intégration économique en Asie, qui est réelle, se formaliserait davantage. L'Union européenne essaie depuis longtemps de construire un espace méditerranéen ou africain qui a du mal à voir le jour. L'Amérique latine est un espace potentiel mais, dans les faits, les espaces qui existent formellement, comme le Mercosur, fonctionnent mal. A l'exception des grands projets évoqués, les traités commerciaux ont d'ailleurs de moins en moins de logique régionale et lient des pays parfois très éloignés. Les traités commerciaux bilatéraux se multiplient mais sans accélérer très significativement le développement d'espaces régionaux d'intégration.

Nicolas Mazzucchi : Tout le monde risque de se positionner face à cet affrontement annoncé entre les deux premières puissances mondiales. D’un côté les Etats-Unis tentent de s’assurer leurs débouchés traditionnels que sont l’Europe avec le Traité Trans-Atlantique, l’Amérique latine et les alliés asiatiques traditionnels (Japon, Corée du Sud, Philippines) avec le TTP. De l’autre la Chine se positionne de plus en plus dans un certain nombre d’alliances multilatérales comme l’ASEAN+3, certainement appelé à prendre de l’ampleur, ou l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). La position chinoise est intéressante dans le sens où Pékin refuse de se poser en leader unilatéral de ces organisations, contrairement à Washington. Le cas de l’APEC (Coopération Economique Asie-Pacifique) est révélateur. Alors que l’organisation avait été créée par les Etats-Unis à la fin de la Guerre Froide, ces derniers s’en sont peu à peu désintéressés, laissant le champ libre à la Chine pour tisser des liens d’influence avec les autres membres à tel point qu’on peut aujourd’hui considérer, à la suite du sommet de Bali d’octobre 2013, que c’est la Chine qui en est le principal animateur, sans en prendre le leadership. D’autres régions se trouvent aussi gagnées par cette mode des unions économiques. La Russie, qui craint que la Chine ne prenne trop de pouvoir au sein de l’OCS est en train de créer une Union douanière qui lui permette de garder un certain contrôle sur son "étranger proche" européen, centrasiatique et caucasien. En Amérique du Sud, le couple UNASUR-MERCOSUR, constitué à l’origine face aux Etats-Unis, démontre, bon an mal an, sa stabilité même si le Brésil n’a pas réussi à prendre un leadership incontesté.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ravidelacreche - 06/01/2014 - 09:32 - Signaler un abus qui se cachent derrière ce graphique

    J'ai retourné l'écran...J'ai pas vu grand chose.

  • Par bluetooth4 - 06/01/2014 - 12:44 - Signaler un abus bien

    seuls les pays réformés comme en Europe du nord tireront leur épingle du jeu. grâce à hollande, on est sur de continuer notre chute...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Nicolas Mazzucchi - Jean-Marc Siroën

Nicolas Mazzucchi est géoéconomiste spécialiste des questions énergétiques. Il est chercheur associé à l’IRIS, fondateur du cabinet Polemos Consulting et professeur associé à l’Ecole de Guerre Economique, HEC et Sciences-Po Lille.

Jean-Marc Siroen est économiste. Il enseigne actuellement à l’Université Paris Dauphine et dirige le département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€