Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 15 Août 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Les Européens continentaux veulent faire payer le Brexit à Londres et n’imaginent aucun effet boomerang

Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraeli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXe siècle.

Disraeli Scanner

Publié le
Les Européens continentaux veulent faire payer le Brexit à Londres et n’imaginent aucun effet boomerang

 Crédit MALTE CHRISTIANS / DPA / AFP

Isola Bella, 
Le 8 août 2018, 
 

Mon cher ami, 

 
Après la Suisse italophone, j’ai traversé la frontière et me trouve sur l’une des îles Borromée. De quoi me rappeler qu’il fut un temps où l’Europe se définissait d’abord par sa culture; à cette époque, l’Europe méditerranéenne tenait le haut du pavé. Et l’Italie était le jardin de l’esprit européen. A vrai dire, ce temps n’est pas si loin: il nous suffit de retourner aux années qui précèdent la Première Guerre mondiale pour voir encore l’aristocratie anglaise et les fortunes américaines envoyer leurs rejetons en Italie comme point culminant de leur tour d’Europe.
A cette époque, tout universitaire d’une faculté de lettres ou de philosophie qui se respectait lisait et écrivait parfaitement l’italien en plus du français, de l’anglais et de l’allemand. 
 
Je ne suis pas là pour regretter le bon vieux temps mais pour dire, une fois de plus, mon indignation devant le sort réservé à l’Europe méditerranéenne dans cette machine à broyer les cultures qu’est devenue l’Union bruxelloise. Il n’y a pas d’Europe qui tienne sans un équilibre entre le nord et ler sud, aussi bien qu’entre l’est et l’ouest. L’esprit européen ne souffle pas moins à Budapest qu’à Paris; pas moins à Rome qu’à Berlin; pas moins à Vienne qu’à Londres.  Evidemment, quand les conservateurs et les progressistes s’entendent pour ne plus débattre entre eux, pour fuir les débats politiques, alors il surgit des populismes, de droite et de gauche, que les conservateurs et les progressistes ont tendance à vilipender sans voir que ce sont leurs propres enfants. 
 
Je viens de passer cinq jours à quelques kilomètres au nord, en Suisse. Conservateurs de Grande-Bretagne et de France, d’Allemagne et d’Autriche, d’Espagne et d’Italie, de République tchèque et de Hongrie, nous nous y retrouvons tous les deux ans pour réfléchir à ce qui nous réunit et à ce que nous pouvons faire avancer dans nos pays respectifs. Tous, nous sommes des « eurosceptiques ». Et nous nous méfions de l’OTAN quand un président démocrate siège à la Maison Blanche. Tous nous luttons dans nos pays respectifs pour mieux contrôler l’exécutif et moderniser nos parlements; pour la liberté d’expression et le respect de la vie privée dans la révolution de l’information; pour des investissements massifs dans l’éducation scolaire et dans la formation tout au long de la vie; pour une immigration choisie et une politique d’assimiliation des étrangers; pour un effort de défense conséquent de nos pays et une diplomatie d’indépendance. Nous étions là pour imaginer comment peser sur les prochaines élections au Parlement européen. 
 
Evidemment, nous avons beaucoup parler du Brexit. Nous avons suivi de près, durant notre séjour à Ascona, la visite de Theresa May à Emmanuel Macron. Méfions-nous des médias. Il s’est peut-être plus dit derrière les portes closes du Fort de Brégançon, que ce qui nous a été rapporté. Mais les nouvelles que j’ai de Londres ne sont pas beaucoup plus encourageantes que ce qu’ont rapporté les médias. Et nous étions tous d’accord, mes amis conservateurs et moi, pour constater qu’il règne en ce moment, à Paris et à Berlin, une humeur punitive vis-à-vis de la Grande-Bretagne. On ne pardonne pas le Brexit à mes compatriotes. Et on le leur fera payer, pense-t-on. Puisqu’on a la chance d’avoir un Premier ministre faible à Londres, on en profite, à courte vue. 
 
A peine étions-nous sortis de notre colloque, je me suis trouvé nez à nez avec Gerhard Schröder dans un Grotto d’Ascona. Nous nous connaissons depuis l’époque où celui qui n’était pas encore chancelier mais aspirait à le devenir et ne cachait pas son scepticisme sur l’euro. A l’époque, il passait volontiers du temps avec ses amis britanniques, qui avaient fait le choix de ne pas être dans l’euro. Quel contraste deux décennies plus tard!  J’ai trouvé un homme fermé, complètement, sur le sujet du Brexit. « Cher Benjamin, m’a-t-il expliqué, je me souviens trop comme Tony Blair et Gordon Brown aimaient amener dans les conseils européens leurs préoccupations de politique intérieure. Ils arrivaient toujours à nous extorquer des avantages, de toutes les manières. C’est parce que nous avons été faibles, à cette époque, que le Brexit a été possible. C’est pourquoi je ne ne suis pas partisan de la générosité mais de la fermeté vis-à-vis de Madame May. il faut appuyer Michel Barnier. Le Brexit est la plus grosse errreur jamais commise par les électeurs britanniques. Ce serait bien que nous puissions amener le gouvernement britannique à l’organisation d’un second référendum, pour que les électeurs britanniques fassent un choix plus raisonnable ». « - Gerd, il ne s’agit pas de générosité mais de réalisme, lui ai-je rétorqué. L’Union Européenne a compris trop tard combien la Grèce avait de pouvoir de rétorsion lorsqu’elle a cessé de bloquer les réfugiés, à l’été 2015 à sa frontière, en réponse à l’humiliation qu’elle avait subie sur la question de la dette. Vous avez vu que l’Italie est capable de forcer la main à un Conseil européen! Et vous pensez que l’effet en retour d’une tentative d’humiliation de la Grande-Bretagne ne sera pas encore beaucoup plus terrible pour l’Union Européenne? ». « - Nous verrons bien! », a-t-il répondu, songeur, avant que nous changions de sujet. 
 
Gerhard Schröder a cette force qu’il est capable de dire en quelques phrases claires ce que pensent vraiment les milieux dirigeants allemands. Mon cher ami, si j’en crois l’ancien chancelier, nous devons nous préparer à une rupture houleuse entre mon pays et l’Union Européenne. Mais je n’ai aucun doute qu’une fois de plus l’esprit de liberté britannique s’imposera, même dans la douleur, à l’esprit tyrannique du continent. 
 
Bien fidèlement
 
Benjamin Disraëli
 
 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ganesha - 09/08/2018 - 10:00 - Signaler un abus Deux mois plus tard...

    Tous ces articles sur le Brexit négligent un point essentiel : cet événement est censé se dérouler le 29 Mars 2019. Mais, deux mois plus tard, l'Union Européenne, telle qu'elle fonctionne actuellement, sera balayée par le tsunami de la victoire des partis souverainistes lors du renouvellement du Parlement. Les ordures actuellement au pouvoir, comme Juncker, Barnier, Mogherini seront balayées ! Mon pronostic : la Grande-Bretagne restera finalement dans l'Europe, mais, ce seront les autres pays qui obtiendront le bénéfice des exigences anglaises ! Ce qui est consternant, ce sont les commentaires qui viennent ici appeller à l'abstention pour ce vote capital, ou pire encore, de continuer à voter pour cette infecte pourriture que sont les Ripoublicains ! Ce sont eux qui, dans le groupe PPE, ont mené la politique européenne durant ces trente dernières années !

  • Par kelenborn - 09/08/2018 - 10:58 - Signaler un abus oui

    Le Royaume Uni résistera comme il a résisté à l'invasion allemande quand la pauvre France s'en remettait à Pétain! Je vais regretter Husson mais, peut être sera-t-il en lecture libre!!! Je reviendrai le jour où Atlantico aura viré ses techniciens qui persistent à ignorer le mépris affiché vis a vis des lecteurs en mettant à leur disposition un aussi pitoyable outil et.....quand ce pauvre Rayski aura cessé de se perndre pour un petit dictateur de chef-lieu de canton. Je vais profiter de ce temps pour ajouter une rubrique à mon site: Les aventures de Benoit Raysxit !!!

  • Par GP13 - 09/08/2018 - 11:13 - Signaler un abus Intégration européenne contre Europe des nations

    Un accord de Bruxelles avec le royaume uni ouvrirait la voie à une Europe des nations. C'est donc impensable pour les européistes qui n'aspirent qu'à toujours plus d'intégration européenne. La logique des institutions ne plaide pas pour une capacité du parlement de Strasbourg à contrôler la commission de Bruxelles. Le deuxième semestre 2019 pourrait bien être celui d'un formidable Clash en Europe.....

  • Par cloette - 09/08/2018 - 15:20 - Signaler un abus Nn seulement la Grande Bretagne

    mais l'Italie aussi . Vivement le clash aux Européennes, et surveillons les urnes .

  • Par cloette - 09/08/2018 - 15:24 - Signaler un abus Cette Europe

    souhaitée par Attali n'est qu'une Europe économique, sans autre idéal, et c'est pourquoi elle bat de l'aile , Macron en symbole européen ne fait pas envie . Il faut une preuve européenne par l'âme,, avec Junker ( entre autres) on comprend le problème .

  • Par gerint - 09/08/2018 - 15:37 - Signaler un abus Un clash dans l’UE?

    Ce serait une sortie d’ un pays supplémentaire avec pertes et fracas, par exemple. L’UE elle-même est irréformable et ses dirigeants ne veulent pas la réformer mais au contraire en aggraver la nuisance, cet atroce Michel Barnier en tête. La couardise des Brexiteurs Anglais reste à expliquer pour moi. Elle met le Brexit en danger mortel. May fait ce qu’elle peut mais le Brexit n’est pas sa conviction. En France les conditions de Frexit ne sont pas là: la population est trop divisée, il n’y a pas de leader, pas de projet crédible, pas de compétences claires. Dommage car le pays se délite. Gare aux réactions de désespoir, au communautarisme débridé.

  • Par cloette - 09/08/2018 - 16:23 - Signaler un abus clash

    modeste, simplement des listes non LREM en tête aux Européennes. Concernant les Anglais, ils vont tout de même lentement mais sûrement vers le Brexit .Mais on n'entend plus parler de l'Italie (?) .Il y a aussi les pays de l'Est qui sont achetés par les primes de Bruxelles . Drôle d'ambiance ... En France la population est divisée, normal, elle est formée de communautés disparates . Pas de leader, pour le moment , pour 2019 c'est fichu, mais dans quatre ans, il peut s'en passer des choses, une crise économique pointe à l'horizon parait-il ...

  • Par Anouman - 09/08/2018 - 21:06 - Signaler un abus pour une immigration choisie

    Voilà une expression ambigüe selon qu'elle est choisie par les immigrés ou choisie par ceux chez qui ils s'imposent. Chez nous c'est évidemment la première option et ce sera de pire en pire.

  • Par Anouman - 09/08/2018 - 21:11 - Signaler un abus Brexit

    Non seulement les Britanniques vont supporter le brexit mais ils s'en porteront mieux à terme. Il est dommage qu'il n'y ait pas de majorité pour un frexit car sans la France et la Grande Bretagne les pays du sud dégageraient aussi et on n'aurait plus qu'une version moderne de l'anschluss , et encore pas certain, donc disparition du monstre UE.

  • Par vangog - 09/08/2018 - 22:52 - Signaler un abus L’UE ressemble , de plus en plus, à un club de cocus aigris!

    T.May se sent trahie par la France...G.Schröder s’est senti cocufié par Cameron...les Allemands sont trahis par Merkel...Barnier fouette les Englishs...Macrouille, il fait la nique a tout le monde...le mauvais vaudeville européen tire sur sa fin...

  • Par Jean-luc laffineur - 10/08/2018 - 04:35 - Signaler un abus Ils vont sortir et c'est tant mieux

    Je suis en désaccord avec cet article. L'UE doit rester ferme sur les conditions du Brexit. L'avenir de la France est dans l'UE. Celle-Ci ne pourra se réformer qu'une fois que le RU en sera sorti car c'est ce même RU qui a empêché l'UE d'avancer. La France doit donc être fermé sur le Brexit.

  • Par Atlantica75000 - 10/08/2018 - 10:23 - Signaler un abus AH AH AH !

    A JL Lafleur L'avenir de la France est dans l'UE. Celle-Ci (ne) pourra se réformer. C'est un sketch de l'UE Comedy Club ?

  • Par Stargate53 - 10/08/2018 - 13:55 - Signaler un abus Le Brexit est le choix de la GB !

    Et celui-ci doit se faire normalement ce qui implique que toutes les règles d'échanges doivent renégociées. Il est absurde d'attendre un maintien des relations actuelles alors que l'on quitte la communauté européenne sinon à quoi cela sert-il d'y rester si le statut dedans ou dehors est le même ! La GB doit être cohérente avec son choix de partir des traités de l'UE ! Et ce n'est pas une mesure de rétorsion mais simplement du bon sens !

  • Par morsang - 10/08/2018 - 17:02 - Signaler un abus brexit:les européens vont-ils tenir ou (encore) se coucher

    Ce monsieur qui en bon britannique exècre et méprise les européens voudrait bien voir les vingt sept en chemise et la corde au cou supplier,dans la cour de Westminster,Thérésa de rester dans l'économie européenne sans plus avoir d'obligations ni de contributions c'est promis.En attendant il ya un nouveau chantage les "rosbif" ne paieront les 50 milliards de leur désengagement que s'il y a un accord(sous entendu à leur convenance)Autrement dit accord ou pas on peut inférer qu' ils ne paieront rien.Finalement de "départ" des Anglais n'est rien d'autre pour eux que la continuation du sabotage de l'Europe par d'autres moyens.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Disraeli Scanner

Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de Londres" signées par un homonyme du grand homme d'Etat.  L'intérêt des informations et des analyses a néanmoins convaincus  l'historien Edouard Husson de publier les textes reçus au moment où se dessine, en France et dans le monde, un nouveau clivage politique, entre "conservateurs" et "libéraux". Peut être suivi aussi sur @Disraeli1874

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€