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L'Europe, nouveau paradis des productions hollywoodiennes

De Woody Allen à Martin Scorsese, nombreux sont les réalisateurs qui décident de tourner leurs films en Europe. Entre soucis budgétaires et enjeux culturels, notre continent est devenu un véritable paradis pour les productions américaines.

A little dream...

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Atlantico : Le nouveau film de Woody Allen, To Rome With Love, est sorti la semaine dernière dans les salles. Après avoir tourné en Angleterre, en Espagne et en France, le réalisateur finit sa tournée européenne en Italie. Dans la majorité des films Disney, l’action se déroule également en Europe. Pourquoi les Américains s’intéressent-il autant à notre continent dans leurs films ?

Nolwenn Mingant : Le principal intérêt des Américains dans l’Europe est économique. En effet, les réalisateurs pratiquent beaucoup les productions « désertrices » ou « run-away productions ».

C’est le fait de ne pas tourner directement à Los Angeles mais plutôt dans un pays étranger, notamment en Europe.

Le film va revenir moins cher quand il sera tourné en dehors des États-Unis. Les systèmes européens favorisent la venue des tournages étrangers avec leur système d’imposition. Il existe, entre autres, des crédits d’impôt qui dépendent de critères culturels comme le fait d’employer un certain nombre de personnes du pays ou de réaliser un certain nombre de jours de tournages dans le pays. C’est, par exemple, ce qui est fait en Angleterre ou en Allemagne.

Un grand nombre de pays en Europe offre des conditions de tournage très favorables. Certains donnent même des aides particulières comme l’Allemagne, c’est pour cette raison qu’elle attire beaucoup de productions américaines.

Parallèlement à cet aspect, l’Europe a aussi beaucoup de studios. Ils sont très bien équipés et peuvent accueillir des productions variées. De plus, elle dispose d’un personnel cinématographique très qualifié.

En outre, il existe aussi des raisons liées à la création. Le film peut avoir une thématique liée avec l’Europe, et il est donc plus intéressant de venir le tourner sur notre continent. Mais ce n’est pas toujours le cas, car beaucoup de films sont tournés dans des lieux qui ne correspondent pas au lieu de l’action. Le film Stalingrad (2001) a, par exemple, été tourné en Allemagne...

Depuis le milieu des années 1990, le marché étranger rapporte beaucoup plus que le marché américain en salles. Les recettes de l’étranger correspondent actuellement à environ 70 % des recettes mondiales. Les studios se sont alors dits que les spectateurs étrangers allaient être intéressés par le fait de voir un film se déroulant dans leur pays ou sur leur continent. Tourner à l’étranger est donc un bon moyen de plaire au public non américain.

Il faut ajouter que les tournages des films américains à l’étranger ne concernent pas que l’Europe, mais aussi énormément l’Asie et l’Amérique latine.

La France est-elle un haut lieu de tournage pour les films américains ?

En France, il n’y a pas de système de remise d’impôt national. Il y a cependant des conditions d'imposition intéressantes. Toutefois, la région Ile-de-France est active pour attirer les tournages américains. Luc Besson vient d'installer son studio « la Cité du cinéma » au nord de Paris. L’idée serait d’avoir ce que l’on a déjà en Allemagne avec les studios Babelsberg, c’est-à-dire un studio, des scènes et la possibilité de faire de la post-production. Cela pourrait largement attirer des tournages, notamment américains.

Ailleurs en Europe, les pays qui attirent les productions américaines sont surtout  l’Allemagne, la Grande-Bretagne, succursale d'Hollywood depuis les débuts du cinéma grâce au partage de la langue ou la République Tchèque au moment de l’ouverture de l’Europe de l’Est. On peut citer les studios Barrandov à Prague qui sont réputés pour leur facilité à construire les décors.

Y a-t-il une fascination des Américains pour notre culture européenne ?

Une proximité culturelle plus qu’une fascination. Par exemple, Disney s’inspire principalement des contes pour enfant de la littérature européenne. Il va donc y avoir une prédominance des films d’animation qui montrent l’Europe. La culture occidentale est la source et l’inspiration de ce type de productions.

Prenons l’exemple du film Ratatouille, Pixar l’a fait principalement en pensant au public français. Mais cela est ambigu car je ne suis pas si sûre que Ratatouille ait beaucoup plu à ces spectateurs, car il mettait en scène une France des années 1950 assez stéréotypée. Il y a, à la fois, le désir de plaire en montrant le pays et la culture du spectateur, et la question de savoir si cela marche vraiment... Si les gens vont se reconnaître dans le film.

Le cinéma américain ne s’attarderait-il pas sur une vision assez stéréotypée de l’Europe, qu’il mettrait en scène pour entretenir un mythe ?

Il y a, en effet, un double public. Il faut que le réalisateur pense aussi au public américain. Il faut donc jouer sur les deux tableaux, celui de l’authenticité pour l’Européen, et celui de l’exotisme pour l’Américain. En outre, les réalisateurs sont eux aussi Américains, et ils apportent leur point de vue culturel et leur vision.

Propos recueillis par Célia Coste

 
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Nolwenn Mingant

Nolwenn Mingant est Maître de conférences en civilisation américaine à l’Université Sorbonne nouvelle-Paris 3.

Elle a publié en 2010 Hollywood à la conquête du monde : Marchés, stratégies, influences (CNRS Editions).

Elle est co-fondatrice de l’association CinEcoSa (Cinéma, Economie et Sociétés anglophones) qui œuvre au développement de l’étude de l’économie du cinéma d’un point de vue civilisationniste.

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