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L’Europe face à la bombe du programme du futur probable gouvernement italien

Actuellement en cours de négociation de leur programme de gouvernement, la Ligue et Mouvement 5 étoiles ont pu notamment proposer l'annulation de la dette italienne actuellement détenue par la BCE, soit 250 milliards d'euros.

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L’Europe face à la bombe du programme du futur probable gouvernement italien

Actuellement en cours de négociation de leur programme de gouvernement, la Ligue et Mouvement 5 étoiles ont pu notamment proposer l'annulation de la dette italienne actuellement détenue par la BCE, soit 250 milliards d'euros. Comment peuvent réagir les institutions face à de telles propositions ? Faut-il voir ici une telle mesure comme un épouvantail permettant une négociation plus souple relative à l'orientation budgétaire du pays que comme une offre sérieuse ?

Nadia Gharbi :La première ébauche de « contrat de gouvernement » entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles (M5S) a suscité une vague d’inquiétudes. En cause, parmi les propositions évoquées par les deux partis politiques, une annulation partielle de la dette publique italienne (à hauteur de 250 milliards d'euros) et une sortie possible de l’euro ont fait trembler les marchés. Une proposition bien moins radicale a vu le jour dans le dernier programme publié le lendemain, soit le 16 mai. En effet, il ne s’agit plus d’annuler une partie de la dette italienne, mais d’obtenir que la dette rachetée par la BCE dans le cadre de son programme d’achats d’actifs ne soit pas prise en compte dans le calcul du ratio de la dette sur le produit intérieur brut (PIB).

Ce ratio est l’une des variables prises en compte dans le pacte de stabilité et de croissance (PSC) qui vise à éviter les dérapages budgétaires des Etats membres. Le PSC impose aux pays de la zone euro une limite de 3% pour le rapport entre le déficit public et le PIB et de 60% pour le rapport entre la dette publique et le PIB. En cas de non-respect de ces critères, un Etat membre peut faire l’objet d’une procédure de déficit excessif. Et, parmi ces deux critères, l’Italie ne respecte pas le second.

Pour rappel, le ratio de la dette publique italienne s’est établi à 132% du PIB au quatrième trimestre 2017, en légère baisse par rapport au pic de 135% enregistré au deuxième trimestre. La question qui se pose est la suivante: Quel serait le bénéfice d’un tel ajustement comptable pour l’Italie? Les réserves provenant du programme d’achats d’actifs s'élèvent à environ 265 milliards d'euros, soit 15% du PIB selon nos estimations, de sorte que le ratio de dette publique officiel serait abaissé à environ 116%, contre 132%. D’après le PSC, un pays ne satisfaisant pas le critère de dette devrait réduire de 1/20e par an l'écart entre son taux d'endettement et la limite de 60% pour ne pas être sous le coup de la procédure de déficit excessif. Dans le cas de l'Italie, si le taux d'endettement était réduit de 15%, la baisse annuelle requise du taux d'endettement serait ramenée de 3.6pp à 2.8pp, soit une différence de 0.8% du PIB. Une telle manipulation n’aurait donc qu’un intérêt très limité pour l’Italie. De plus, les institutions risquent d’accueillir l’idée avec froideur. Il peut s’agir d’une proposition sérieuse mais elle a très peu de chances d’aboutir. Toutefois, elle soulève des questions importantes sur les règles budgétaires européennes. En effet, ces règles constituent aujourd'hui un carcan peu compréhensible, opaque et ambigu. Un changement drastique du PSC n’est pas à l’ordre du jour mais qui sait le pays de Dante sera peut-être la goutte d’eau qui fera déborder le vase et poussera les Etats membres à relancer le débat et envisager une refonte du PSC.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 18/05/2018 - 09:50 - Signaler un abus « Très peu de chances d’aboutir »???

    C’est extraordinaire comme les analystes ont une vision figée de la vieille UE, et la croient irréformable et éternellement gouvernée par l’orthodoxie monétaire allemande...sachez, Nadia, que si les gouvernements gauchistes italiens précédents ont atteint une dette de plus de 135% de PiB, c’est qu’il y a une raison précise! Et que la dynamique d’endettement persistera pour les pays sudistes-gauchistes, tant que la raison n"aura pas disparu...et la raison se nomme « excédent commercial allemand » et excédent des pays nordistes qui ont su réformer le gauchisme à temps... L’Allemagne a su habilement réformer le passé , en avance sur tous les autre, et créer son lebensraum à l’Est. Les pays englués dans cinquante années de gauchisme obéissent à une dynamique d’endettement (voir Macrouille..") qui ne s’inversera pas de sitôt. L’Italie a besoin de cet oxygène...

  • Par Ganesha - 18/05/2018 - 11:35 - Signaler un abus Aube nouvelle

    Les rats prospèrent dans l'obscurité, et ils voient avec angoisse une aube nouvelle se lever ! L'Europe a vécu de longues décennies sous la tyrannie du Capitalisme libéral, mais, alors que Macron avait réussi à, provisoirement, sauver la mise en France, l'Italie va peut-être rejoindre le groupe grandissant des nations où la population a, enfin, réussi à faire entendre sa voix !

  • Par aristide41 - 18/05/2018 - 18:09 - Signaler un abus vangog

    Si tous les pays avaient eu la même rigueur budgétaire que l'Allemagne en limitant les importations comment l'Allemagne aurait-elle pu faire son beurre? Souvent les fourmis ont besoin des cigales.

  • Par vangog - 18/05/2018 - 20:32 - Signaler un abus @aristide41 Qui vous parle de limiter les importations?...

    Quand j'évoque la rigueur budgétaire allemande, elle est fondée sur un principe d’équilibre budgétaire simple qui consiste à vendre plus qu’on n’importe... Et l’Allemagne a su anticiper son avenir, en réalisant vingt à trente ans avant les autres (et dans le bon timing) des réformes ambitieuses. La France tente ces réformes avec retard, et elle les fait réaliser par un socialiste sans-couilles, qui est partiellement responsable des trente années de temporisations gauchiste, avec erreurs multiples et irrémédiables...le résultat sera non seulement imparfait, mais minable par rapport à l’enjeu . Si la France avait réalisé les bonnes réformes, il y a trente ans, plutôt que s’enfoncer dans le gauchisme, elle n’aurait pas un déficit commercial de 65 milliards, mais un excédent commercial de 65 milliards...et, rassurez-vous, l’Allemagne aurait eu un excédent, malgré tout, mais un peu moins fort! les Français doivent comprendre les conséquences de leurs votes!

  • Par lima59 - 19/05/2018 - 09:50 - Signaler un abus Les Italiens n'ont pas voté

    Les Italiens n'ont pas voté pour le mouvement 5 étoiles et la ligue, pour faire des négociations bisousnours avec l'europe. Une partie de la population européenne ne veut plus de cette europe destructrice. Vous qui travaillez chez pictet, je comprends que ce mouvement anti-euro menace votre train de vie, et croyance. Mais ce mouvement ne montre- t-il pas les limites de cette Europe.

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Nadia Gharbi

Nadia Gharbi, économiste Europe chez Pictet Wealth Management depuis 2012. Avant de rejoindre Pictet, elle a été assistante en économie politique à l’université de Genève. Elle a obtenu une maitrise universitaire en sciences économiques, mention économie financière et monétaire, de l’université de Genève en 2011.

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