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Europe 2050 : ce suicide démographique que rien ne semble pouvoir arrêter

Quel silence assourdissant face au suicide démographique de l’Europe à l’horizon 2050[1] ! Les projections démographiques des grandes régions du monde d’ici là sont connues et réévaluées tous les deux ans par les Nations unies et régulièrement par Eurostat pour les Etats membres de l'Union européenne[2], mais il faut être un spécialiste des bases de données pour s’en servir.

Train fou

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QUAND LA VAGUE NUMÉRIQUE CACHE LE TSUNAMI DÉMOGRAPHIQUE

A la Commission européenne, mais aussi dans la plupart des instances internationales et nationales, la question du lien entre démographie et croissance est rarement évoquée. Les rapports sur la technologie, l’innovation, la compétitivité sont légions. L’homme n’est abordé que comme capital humain, et sous l’angle de la formation, considérée à juste titre comme un investissement et un facteur de croissance à long terme. La démographie n’est traitée qu’à travers le vieillissement par le haut et les problèmes qui en découlent pour l’équilibre des systèmes de retraites, les dépenses de santé, la prise en charge de la dépendance, mais quasiment jamais relativement aux conséquences du vieillissement par le bas sur la croissance et sur la place de l’Europe dans le monde.

En 2000, l’ambitieuse stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi misait essentiellement sur les technologies de l’information et l’économie de la connaissance pour assurer à l’Europe son avenir et sa puissance sur la scène internationale à l’horizon 2010. A presque mi-parcours, le rapport Wim Kok (2004) maintenait le cap sur la société de la connaissance et un développement durable pour une Europe élargie et consacrait, fait nouveau, une petite page au vieillissement de l’Europe. Ce dernier pouvait faire baisser le potentiel de croissance de l’Union d’un point (autour de 1% au lieu de 2%) d’ici à 2040. Mais rien n’était dit des évolutions démographiques comparées de l’Europe avec les Etats-Unis. Oubli d’autant plus remarquable que les mêmes comparaisons sont systématiques pour l’effort de recherche, l’innovation et la mesure de la productivité.

LES EFFETS MULTIPLICATEURS DE LA DÉMOGRAPHIE

Comme le disait Alfred Sauvy, les économistes « refusent de voir » le lien entre croissance économique et dynamique démographique et ne cherchent donc pas à le vérifier. Pourtant, les Trente Glorieuses et le baby-boom sont allés de pair, et l’essor des Etats-Unis s’explique sans doute, aussi, par une meilleure santé démographique. Depuis trente ans, le taux de fécondité y est en moyenne de près de 2,1 enfants par femme, contre 1,5 dans l’Europe ; la population, du fait aussi d’importants flux migratoires, continue d’augmenter fortement. La comparaison des taux de croissance entre l’Europe et les Etats-Unis fait généralement appel à la technique pour expliquer des différences sur le long terme. On peut se demander s’il n’y a pas aussi un effet de « multiplicateur démographique». Cette hypothèse permet de mieux comprendre pourquoi la croissance et, surtout, les gains de productivité des années 1950 et 1960 ont été en moyenne deux fois plus élevés que dans les années 1980 et 1990, marquées pourtant par les révolutions techniques, sources théoriques de gains de productivité. Avec la nouvelle économie, la question paraissait résolue, les Etats-Unis connaissant une période de forte croissance économique avec des gains de productivité (apparente du travail) bien supérieurs à ceux de l’Europe. N’était-ce pas la preuve du décrochage technologique de l’Europe par rapport aux Etats-Unis ?

On peut douter de cette explication maintenant que l’on connaît les statistiques validées pour le passé. Dans les années 1980, la croissance du PIB par actif était comparable dans les deux zones (autour de 1.5%) avec un léger avantage pour l’Europe dans les années 1980. Cependant, depuis les années 1990, l’Europe semble décrocher par rapport aux Etats-Unis, dont la productivité apparente (PIB/actif occupé) a augmenté de plus de 2% par an dans les années 1990 et 1.5% par an jusqu’en 2007, 1% depuis la crise. Dans le même temps, la hausse de la productivité de l’Europe est passée de 1.7% dans les années 1990 à 1% par an entre 2000 et 2007 pour s’effondrer à 0.3% depuis 2008. La question est donc posée : faut-il attribuer cet écart au gap technologique ou au gap démographique ? Nous avançons l’hypothèse que ce dernier facteur joue un rôle déterminant car le fossé démographique se creuse plus que jamais. Tous les habitants ne sont pas actifs, mais le nombre d’heures travaillées explique l’essentiel de la différence de niveau de productivité apparente du travail par actif employé, puisque les Américains travaillent 46% de plus que les Français par an. S’ils travaillent, c’est qu’il y a une demande solvable à satisfaire, peut-être aussi plus soutenue qu’ailleurs pour cause d’expansion démographique. Si l’on renonce à l’hypothèse d’indépendance entre les deux variables « PIB par habitant » et « croissance démographique », alors nous pouvons avancer une nouvelle hypothèse, celle d’un multiplicateur démographique qui serait à l’origine d’une part importante des gains de productivité plus élevés aux Etats-Unis qu’en Europe. Généralement, les économistes (se référant à la fameuse fonction de production de Cobb-Douglas) expliquent la croissance par trois facteurs : le capital, le travail et le progrès technique. Revenons aux sources : la productivité est le résidu de croissance supplémentaire, qui ne s’explique pas par l’augmentation des facteurs de production (capital et travail). Faute de mieux, on attribue ce surcroît de croissance du PIB par actif au progrès technique (en l’occurrence la diffusion des technologies de l’information), ce qui est une manière positive de désigner le résidu non expliqué.

 
Commentaires

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  • Par Hadrien8 - 21/02/2018 - 10:03 - Signaler un abus PIB

    Le PIB est corrélé à l'activité économique monétisée qui correspond aussi à la destruction de notre biosphère. L'augmentation du PIB avec la population indique donc correctement l'effet de notre surpopulation sur notre biosphère. Les auteurs s'en réjouissent, moi pas.

  • Par vingttroisavril - 21/02/2018 - 15:44 - Signaler un abus vieillissement

    il est grand temps que les "âgés" se comportent en "jeunes" par procuration .Que les gouvernements incitent vraiment les donations avant 65 ans ,c'est à dire à l'âge moyen des décès en 1945 . Ce serait beaucoup plus productif que cette stupide augmention de la CSG dont on perçoit la perversité et dont on évoque aucune limite en valeur.Macron à fait un mauvais choix qui s'ajoute aux réformes de la politique familiale .

  • Par Neurohr Alain - 21/02/2018 - 17:31 - Signaler un abus Le problème le plus important de l'Europe

    Voilà un article de haut niveau qui éclaire les aspects économiques de cet angoissant problème. Charles Gave a fait sur Causeur un article sur la même question, où il soulignait un symbole fort : ni Macron ni Merkel ni Theresa May ni quantité d'autres dirigeants européens n'ont d'enfants. A voir l'état de l'Afrique, qu'on nous cache soigneusement (pas le moindre reportage sur le Burkina lors de la visite de Macron, par exemple), l'Europe africanisée de 2080, ce ne sera pas joli joli.

  • Par Alain Proviste - 21/02/2018 - 17:59 - Signaler un abus EXCELLENT ARTICLE SUR UN PROBLEME DONT ON PARLE PEU

    Je pense que nos élites savent très bien qu'on est train de clamser ! Il ne "veulent pas voir" d'une part par lâcheté et d'autre part par idéologie : dans un monde ou tout se vaut, les Européens peuvent très bien se faire remplacer par n'importe quel être humain. En plus les valeurs individuelles dominantes sont justement très individuelles : hédonisme, égoïsme, courte vue. Ajoutons une bonne dose de haine de soi et de culpabilisation et on obtient notre cocktail mortifère.

  • Par ajm - 21/02/2018 - 18:52 - Signaler un abus Effet démographique pas si net sur la productivité

    Si on observe les courses de croissance du PIB de la fin du 19 siècle jusqu'au début de notre millénaire dans les économies développées, on constate bien un effet démographique sur cette croissance, par exemple entre les USA et le Japon d'un côté et la France de l'autre (qui avait une démographie stagnante jusqu'à la dernière guerre) . Par contre, la corrélation est beaucoup moins nette s"agissant de la productivité par emploi ou horaire. Par exemple pour la période 1870-1913 en France, les productivités par emploi et horaires ont progressé en moyenne de 1.7% et 2% contre respectivement 1.8% et 2.1% au Japon, 1.6% et 2% aux USA ( sources : revue OFCE , 111, Octobre 2009).

  • Par Deudeuche - 22/02/2018 - 12:43 - Signaler un abus Hadrien8

    Parlez en aux Africains ou installez vous dans les bois pour faire baisser le PIB. La moralité malthusso-soixantehuitarde ça se soigne!

  • Par jerome69 - 22/02/2018 - 15:09 - Signaler un abus pas convaincu

    l'auteur doit être un adepte de Churchll qui disait " je ne crois qu'au statistique que je falsifie moi même " faire porter le boom econnomique des année 50 60 sur les epaules de la natalié est un peu gros. je rappelle à l auteur que l'europe entière avait été quasi rasée en partie par la WWII est qu'il fallait tout. reconstruire. les calculs de PIB sont assez biaisée je crois car ils ne tiennent pas compte de l'inflation et qu'ils comprennent la consommation diverses des biens manufacturés ou pas. donc quand les prix augmentent le PIB augmente mécaniquement, alors les période a inflation forte ... on peut aussi ajouter a cela les emprunts d état qui partent dans diverses aide sociale , donc de la consommation ( en général de produit made in china) et qui gonflent aussi le PIB. Deplus le PIB en france par habitant est à la baisse sur les 30 dernères année selon l 'insee malgré une augmentation deplus de 20% de la population sur la période, en grande partie migratoire, +300.000 par an officiel. on devrait donc être plus riche et cest loin d être le cas, on s'appauvrit. le problème est inverse , un controle des natalité des pays africains et certains asiatiques

  • Par Henrik Jah - 22/02/2018 - 19:12 - Signaler un abus Absurde

    Tout cet article est une vaste blague et est vraiment destiné à ceux qui ne connaissent pas ou à peine le sujet. Plus on a de population plus c'est un problème en réalité. Les pseudo-économistes nous disent qu'il nous fait plus de population pour sauver le système de retraite, pour avoir plus de mains d'oeuvre etc. sans parler des causes. Le système de retraite par répartition est une connerie dans la mesure où il faut une croissance constante de la pop pour assurer le paiement des retraites. Vouloir importer de la main d'oeuvre est une connerie aussi quand on a autant de chômeurs. Je pourrais vous en parler pendant des heures les exemples sont nombreux. De plus, vouloir augmenter la population alors que c'est la surpopulation qui cause la production de masse de produits de merde notamment alimentaires et la destruction de notre environnement. Ne croyez pas les soit-disant "sachants", ils ne connaissent pas plus la vérité que vous voir moins tellement ils sont emprisonnés dans des certitudes ridicules.

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Michel Godet

Michel Godet est économiste, professeur et membre de l'Académie des technologies.

Il est l'auteur de Le Courage du bon sens (Odile Jacob, 2009), Bonnes nouvelles des conspirateurs du futur (Odile Jacob, mars 2011), de La France des bonnes nouvelles (Odile Jacob, septembre 2012) et de Libérez l'emploi pour sauver les retraites (Odile Jacob, janvier 2014) Il anime également le site laprospective.fr.

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Jean-Michel Boussemart

Jean-Michel Boussemart est Délégué Général et économiste chez Coe-rexecode.

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