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Europe 2050 : ce suicide démographique que rien ne semble pouvoir arrêter

Quel silence assourdissant face au suicide démographique de l’Europe à l’horizon 2050[1] ! Les projections démographiques des grandes régions du monde d’ici là sont connues et réévaluées tous les deux ans par les Nations unies et régulièrement par Eurostat pour les Etats membres de l'Union européenne[2], mais il faut être un spécialiste des bases de données pour s’en servir.

Train fou

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Quand il y a trop de sable, le ciment ne prend pas. Pour accueillir le maximum de sable, il faut plus de ciment, c’est-à-dire d’enfants parlant la langue du pays quelle que soit leur couleur. Bref, pour rester ouvert au monde, il faudrait relancer la fécondité en Europe dès maintenant. Mais qui parle de politique familiale dans une Europe qui permet qu’il y ait des hôtels et lieux de vacances réservés aux adultes, interdits aux enfants et tolérant seulement les animaux familiers ! Les médias commencent tout juste à s’alarmer du fait qu’en 2016 pour la première fois, en Europe, le nombre de cercueils a dépassé celui des berceaux.

Il est intéressant de relever que c’est le cas en Allemagne depuis 1971, de l’Italie depuis 1991, de l’Espagne depuis 2016, de la Russie depuis 1991, du Japon depuis 2006. Le tour de la Chine viendra en 2028. Le phénomène ne devrait concerner la France, voire les Etats-Unis, qu’après 2050. On ne fabrique pas de berceaux avec des cercueils. Le suicide démographique de la vieille Europe est annoncé mais il est encore temps : la bonne prévision n’est pas forcément celle qui se réalise mais celle qui conduit à l’action pour l’éviter.

 

CHEVEUX GRIS ET CROISSANCE MOLLE[3] 

Il est classique d’attribuer la forte croissance économique de l’après-guerre en Europe à la reconstruction et au rattrapage par rapport aux Etats-Unis. Ces trente glorieuses ont coïncidé avec la vague démographique. Il est plus rare de relever que dans les années 50 et 60, l’augmentation de la productivité apparente du travail était deux à trois fois plus élevée que dans les années 80 et suivantes alors qu’à l’époque il n’y avait pas d’ordinateurs et qu’on ne parlait pas de révolution technologique. Comment ne pas voir dans cette productivité élevée, un effet de courbe d’expérience et de baisse des coûts unitaires de production dans des marchés en expansion continue ? A l’inverse, la croissance économique comme celle de la productivité n’ont cessé de ralentir aux Etats-Unis, en Europe et au Japon depuis le début des années 1980.

Les chercheurs s’interrogent sur les causes du ralentissement concomitant de la croissance et de la productivité alors que les révolutions technologiques de l'information et de la communication (TIC), des biotechnologies, des nanotechnologies ou des énergies (nouvelles et stockage) sont plus que jamais perceptibles. C’est le fameux paradoxe de Solow (on trouve des ordinateurs partout sauf dans les statistiques de productivité). Curieusement, ces mêmes chercheurs ne s’interrogent pas sur le lien qu’il pourrait y avoir entre ce ralentissement de la croissance et le vieillissement démographique des anciennes zones développées : Etats-Unis, Japon, Europe.

 

Déclin du taux de croissance moyen du PIB par tête depuis 1960

 

En Europe et au Japon, la croissance du PIB a été supérieure dans les années 1980 à celle des années 1990 : 2.5% contre 2.3% en Europe et 4.6% contre 1.1% au Japon. Au cours de ces deux décennies, la croissance du PIB des États-Unis est supérieure d’environ un point à celle de l’Europe. L’explication est essentiellement (pour plus de la moitié) démographique, car l’écart de croissance du PIB par habitant n’est que de 0.2 point plus élevé outreAtlantique qu’en Europe sur les mêmes périodes. En effet, la croissance démographique, de l’ordre de 1% par an aux Etats-Unis, est depuis le début des années 60, deux à trois fois plus élevée qu’en Europe. Une autre partie de l’explication de la croissance du PIB plus élevée aux Etats-Unis est à rechercher du côté du taux d’emploi et de la durée annuelle du travail plus élevés[4]. Si les Américains avancent plus vite, c’est parce qu’ils sont plus nombreux et rament plus. Nous avons retenu un panel de 23 pays, membres depuis longtemps de l’OCDE : Belgique, Danemark, Allemagne, Irlande, Grèce, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Luxembourg, Autriche, Portugal, Finlande, Suède, Royaume-Uni, Islande, Norvège, Suisse, Etats-Unis, Japon, Canada, Australie et Nouvelle- Zélande. A partir de la base de données Ameco de la Commission européenne, nous avons calculé pour chaque pays et sur la période 1993-2015 la moyenne des variations annuelles (en %) de la population totale d’une part et la moyenne des variations annuelles (en %) du volume du PIB/habitant d’autre part. Le nuage de 23 couples de données que nous obtenons s’ordonne significativement d’un point de vue statistique autour d’une droite de régression avec un R2 de 0,42.

 

Croissance démographique et élévation du niveau de vie

 

Panel restreint - 23 pays développés - base Ameco

 

 
Commentaires

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  • Par Hadrien8 - 21/02/2018 - 10:03 - Signaler un abus PIB

    Le PIB est corrélé à l'activité économique monétisée qui correspond aussi à la destruction de notre biosphère. L'augmentation du PIB avec la population indique donc correctement l'effet de notre surpopulation sur notre biosphère. Les auteurs s'en réjouissent, moi pas.

  • Par vingttroisavril - 21/02/2018 - 15:44 - Signaler un abus vieillissement

    il est grand temps que les "âgés" se comportent en "jeunes" par procuration .Que les gouvernements incitent vraiment les donations avant 65 ans ,c'est à dire à l'âge moyen des décès en 1945 . Ce serait beaucoup plus productif que cette stupide augmention de la CSG dont on perçoit la perversité et dont on évoque aucune limite en valeur.Macron à fait un mauvais choix qui s'ajoute aux réformes de la politique familiale .

  • Par Neurohr Alain - 21/02/2018 - 17:31 - Signaler un abus Le problème le plus important de l'Europe

    Voilà un article de haut niveau qui éclaire les aspects économiques de cet angoissant problème. Charles Gave a fait sur Causeur un article sur la même question, où il soulignait un symbole fort : ni Macron ni Merkel ni Theresa May ni quantité d'autres dirigeants européens n'ont d'enfants. A voir l'état de l'Afrique, qu'on nous cache soigneusement (pas le moindre reportage sur le Burkina lors de la visite de Macron, par exemple), l'Europe africanisée de 2080, ce ne sera pas joli joli.

  • Par Alain Proviste - 21/02/2018 - 17:59 - Signaler un abus EXCELLENT ARTICLE SUR UN PROBLEME DONT ON PARLE PEU

    Je pense que nos élites savent très bien qu'on est train de clamser ! Il ne "veulent pas voir" d'une part par lâcheté et d'autre part par idéologie : dans un monde ou tout se vaut, les Européens peuvent très bien se faire remplacer par n'importe quel être humain. En plus les valeurs individuelles dominantes sont justement très individuelles : hédonisme, égoïsme, courte vue. Ajoutons une bonne dose de haine de soi et de culpabilisation et on obtient notre cocktail mortifère.

  • Par ajm - 21/02/2018 - 18:52 - Signaler un abus Effet démographique pas si net sur la productivité

    Si on observe les courses de croissance du PIB de la fin du 19 siècle jusqu'au début de notre millénaire dans les économies développées, on constate bien un effet démographique sur cette croissance, par exemple entre les USA et le Japon d'un côté et la France de l'autre (qui avait une démographie stagnante jusqu'à la dernière guerre) . Par contre, la corrélation est beaucoup moins nette s"agissant de la productivité par emploi ou horaire. Par exemple pour la période 1870-1913 en France, les productivités par emploi et horaires ont progressé en moyenne de 1.7% et 2% contre respectivement 1.8% et 2.1% au Japon, 1.6% et 2% aux USA ( sources : revue OFCE , 111, Octobre 2009).

  • Par Deudeuche - 22/02/2018 - 12:43 - Signaler un abus Hadrien8

    Parlez en aux Africains ou installez vous dans les bois pour faire baisser le PIB. La moralité malthusso-soixantehuitarde ça se soigne!

  • Par jerome69 - 22/02/2018 - 15:09 - Signaler un abus pas convaincu

    l'auteur doit être un adepte de Churchll qui disait " je ne crois qu'au statistique que je falsifie moi même " faire porter le boom econnomique des année 50 60 sur les epaules de la natalié est un peu gros. je rappelle à l auteur que l'europe entière avait été quasi rasée en partie par la WWII est qu'il fallait tout. reconstruire. les calculs de PIB sont assez biaisée je crois car ils ne tiennent pas compte de l'inflation et qu'ils comprennent la consommation diverses des biens manufacturés ou pas. donc quand les prix augmentent le PIB augmente mécaniquement, alors les période a inflation forte ... on peut aussi ajouter a cela les emprunts d état qui partent dans diverses aide sociale , donc de la consommation ( en général de produit made in china) et qui gonflent aussi le PIB. Deplus le PIB en france par habitant est à la baisse sur les 30 dernères année selon l 'insee malgré une augmentation deplus de 20% de la population sur la période, en grande partie migratoire, +300.000 par an officiel. on devrait donc être plus riche et cest loin d être le cas, on s'appauvrit. le problème est inverse , un controle des natalité des pays africains et certains asiatiques

  • Par Henrik Jah - 22/02/2018 - 19:12 - Signaler un abus Absurde

    Tout cet article est une vaste blague et est vraiment destiné à ceux qui ne connaissent pas ou à peine le sujet. Plus on a de population plus c'est un problème en réalité. Les pseudo-économistes nous disent qu'il nous fait plus de population pour sauver le système de retraite, pour avoir plus de mains d'oeuvre etc. sans parler des causes. Le système de retraite par répartition est une connerie dans la mesure où il faut une croissance constante de la pop pour assurer le paiement des retraites. Vouloir importer de la main d'oeuvre est une connerie aussi quand on a autant de chômeurs. Je pourrais vous en parler pendant des heures les exemples sont nombreux. De plus, vouloir augmenter la population alors que c'est la surpopulation qui cause la production de masse de produits de merde notamment alimentaires et la destruction de notre environnement. Ne croyez pas les soit-disant "sachants", ils ne connaissent pas plus la vérité que vous voir moins tellement ils sont emprisonnés dans des certitudes ridicules.

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Michel Godet

Michel Godet est économiste, professeur et membre de l'Académie des technologies.

Il est l'auteur de Le Courage du bon sens (Odile Jacob, 2009), Bonnes nouvelles des conspirateurs du futur (Odile Jacob, mars 2011), de La France des bonnes nouvelles (Odile Jacob, septembre 2012) et de Libérez l'emploi pour sauver les retraites (Odile Jacob, janvier 2014) Il anime également le site laprospective.fr.

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Jean-Michel Boussemart

Jean-Michel Boussemart est Délégué Général et économiste chez Coe-rexecode.

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