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L’euro repart à la hausse et le problème fondamental de l’économie française nous rattrape à nouveau (et non, on ne parle pas de compétitivité prix)

Le 29 décembre dernier, les 1,20 dollars ont été atteints par l'euro. Plus qu'un sursaut c'est une tendance importante qui ne va pas arranger les affaires de la France...

Malédiction

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L’euro repart à la hausse et le problème fondamental de l’économie française nous rattrape à nouveau (et non, on ne parle pas de compétitivité prix)

Atlantico : Le 29 décembre dernier, l'euro re-franchissait la barre symbolique des 1.20 $, un seuil qui avait pu être effleuré au cours du mois de septembre dernier. Dans quelle mesure l’ascension de l'euro, ou la baisse du dollar, pourrait-elle se poursuivre au cours des prochaines semaines et des prochains mois ? Quelles en sont les causes ? 

Jean-Paul Betbeze : Les marchés des changes saluent les variations et plus encore les surprises. Pour l’euro, elles sont toutes bonnes. Ils apprécient ainsi les derniers sondages sur la croissance qui se réveille en zone euro, et notamment le dernier indice PMI pour l’industrie manufacturière. Il atteint en effet, en s’inscrivant à 60,6 en décembre 2017, son plus niveau depuis le lancement de l’enquête Markit en 1997. C’est donc le « réveil » qui paye, avec la remontée de l’euro à son niveau de septembre 2017, depuis un minimum à 1,05 début 2016.

Mais n’oublions pas quand même le maximum de l’euro contre dollar à 1,57 en mars 2008, qui doit nous rendre prudents dans les prévisions !

Pour 2018, que pourrait-il donc se passer en économie aux Etats-Unis et en zone euro ? En économie seulement, tant les questions politiques abondent et, au moins en 2017, ne semblent pas avoir beaucoup pesé. Mieux vaut donc ne pas lister ici les questions sur la Corée du Nord, la Chine, le pétrole, les élections en Italie et ailleurs… 

En économie seulement, donc, la croissance semble continuer aux Etats-Unis, à peine au-dessous de 2017 (2,6% contre 2,7% ?), mais avec un réveil de l’inflation au-dessus de 2% qui ferait monter les taux courts. Les marchés s’attendent désormais à 3 ou 4 hausses de taux courts (vers 2,25-2,5% en fin d’année) et donc à une hausse des taux longs (vers 3%). 

Rien de tel pour les taux d’intérêt en zone euro, rattrapant son retard, où la croissance repart vers 2,4%, et où l’inflation se réveille. Mais la BCE va continuer à acheter des bons du trésor jusqu’à fin septembre, faisant pression sur les taux longs, et sans hausse des taux courts avant mi 2019, Mario Draghi achevant son mandat sur une hausse ! Dans ce contexte, le dollar sera mieux rémunéré que l’euro pendant de nombreux mois, ce qui va le soutenir. 

N’oublions pas non plus que les dernières mesures fiscales signées par Donald Trump vont attirer des investissements boursiers, pour bénéficier de la baisse de la fiscalité (22%), et que les milliards de dollars de trésorerie (2 900) parqués en zone euro pourraient décider de revenir pour bénéficier de la quasi amnistie fiscale annoncée (15%). Bref, la montée actuelle de l’euro serait plutôt l’annonce de la correction d’une sous-évaluation que l’amorce d’un fort trend haussier. L’euro sera doucement plus fort, si ces hypothèses tiennent.

Que peuvent en être les conséquences pour l'économie de la zone euro et plus particulièrement pour celle de la France ? 

Si l’économie de la zone euro va mieux sans que, pour autant, ses taux d’intérêt à long terme ne remontent trop, et donc l’euro, l’amélioration peut se poursuivre et permettre d’accélérer les réformes. Dans ce contexte, une hausse modérée de l’euro, modérée parce que l’économie américaine poursuit sa croissance et surtout augmente vite ses taux d’intérêt, est une opportunité à exploiter rapidement. N’oublions pas que la zone euro butte sur ses capacités de production, et donc peut susciter plus rapidement des tensions salariales inflationnistes ! N’oublions pas surtout que les Etats-Unis forcent leur machine, avec une politique fiscale qui soutient la croissance au moment même où elle est déjà en plein emploi ! Elle peut donc tomber plus rapidement en récession, pesant sur la croissance de la zone euro. Mais, dans ce cas, la Fed pourra baisser ses taux, et donc le dollar faiblirait, mais pas la BCE, puisqu’ils seront pratiquement à zéro !

 
Commentaires

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  • Par Totor Furibard - 04/01/2018 - 10:17 - Signaler un abus D'ou l'auteur sort il tous cette analyse ?

    D’où sort t'il que 30% des entreprises butent sur des problèmes de compétence ? c'est bien sur complètement faux. Par contre, il existe de nombreuse entreprises qui proposent des salaires misérables à des employés très qualifiés et quand elles n'attirent pas de "pigeons" avec leur salaire de misère, elles se plaignent qu'elles ne trouvent pas à embaucher ! C'est d'ailleurs pour forcer un peu plus les employés à accepter d'être sous-payés que Macron veut prendre en main l'assurance chômage. Le problème ne vient pas de la formation: il vient du fait qu'on ne peut pas appliquer une relance efficace en Europe à cause à la fois des règles européennes et de l'appartenance à l'Euro, et de la politique suicidaire Européenne d'ouverture des frontières. Eh pour finir": oui, la montée de l'Euro est une catastrophe qui si elle se confirme va détériorer encore plus une situation économique déjà très mauvaise.

  • Par ajm - 04/01/2018 - 16:42 - Signaler un abus Manque d'offres dans certains metiers.

    Il.y a effectivement un manque dans certains métiers du bâtiment, de l'industrie, des services et du commerce , essentiellement alimentaires ( boucherie, poissonnerie, cuisiniers etc..) Ce ne sont pas des métiers nécessairement mal payés, au contraire , mais ce sont des métiers qui peuvent être physiquement durs, avec des horaires décalés etc..Un jeune garçon boucher dans une grande ville , un conducteur d'engin par exemple peuvent gagner significativement plus que beaucoup d'employés de bureau ou de fonctionnaires territoriaux de catégorie C avec peu de risque de chômage compte tenu de la demande et de l'offre. Il y a aussi chez certains employeurs la volonté de prendre à tout prix des jeunes mais expérimentés et opérationnels Donc souvent, exit les vieux ou les jeunes débutants ou quasi debutants. .

  • Par kelenborn - 04/01/2018 - 19:44 - Signaler un abus Ouais

    L'article de Betbeze n'est pas faux mais réchauffe du déjà lu! Rien que deux bricoles: Vous avez vu les prix à la pompe? Qui va morfler : pas le petit con de bobo parisien qui va quitter son appartement du dixième pour aller faire du "ing" dans une boite où l'on se vend des trucs entre bobos du moment que le contribuable paie, non le con de smicard qui est assez con pour aller bosser en diésel! 2 Le même bobo aura signé une pétition contre le glyphosate et l'agriculture va crever car les rendements vont s'effondrer: le bobo s'en fout il achète des orties bios à 10 balles la botte! Alors on peut discuter et Sylvestre peut radoter tout le temps qu'il veut: 1.la faiblesse de l'économie est bien structurelle ( les coûts salariaux sont les mêmes qu'Outre Rhin ) , elle vient d'un excès de tertiaire notamment non marchand et d'une désindustrialisation.2 On ne va pas réindustrialiser comme le pensait MLP: il faut investir dans les nouvelles technologies 3 l'Euro fort est bénéfique car il baisse les prix des importations et crée du pouvoir d'achat en même temps qu'une économie qui n'a plus d'industrie n'a évidemment pas de pb de compétitivité prix ! Je schématise mais...

  • Par moneo - 04/01/2018 - 22:06 - Signaler un abus et toujours l'oubli essentiel

    Quand baisse t on les dépenses structurelles?sans cette baisse pas de baisse d'impôts; pas de simplifications administratives, toujours les AKIS intouchables trop de tâches dévolues à l'Etat entrainent trop d'agents public qui entrainent trop de complications réglementaires et trop d'impôts et en même temps ,comme dirait l'autre ,l'incapacité assurer la vraie mission régalienne de l'Etat.Si vous rajoutez que le passage annoncé à plus d'énergies dites nouvelles va augmenter le cout électrique d 'un facteur 6 à 10 suivant les modes choisis ;on peut être sûr de vendre encore moins. quand les choses vont mal on taxe plus ce qui tue ce qui existe encore ( Vive Hollande par exemple) et quand les choses vont mieux on dépense plus il y'a une cagnotte ce qui interdit la réduction du déficit depuis 1974 en gros c'est ce que nos dirigeants ont fait.. Macron qui prétendait vouloir simplifier vient créer une usine à gaz fiscale nouvelle que nous apprécierons en 2019 mais ce sont les entreprises qui devront encore changer leurs programmes informatiques tout en déplaçant la charge de l'impôt mais aussi en l'aggravant et vous voulez plus de compétitivité?

  • Par Liberte5 - 04/01/2018 - 22:53 - Signaler un abus @moneo tout cela est exact.

    Vous avez raison. le poids des dépenses de l’État nous plombe et notre économie est asphyxiée. Tant que cette baisse des dépenses, que l'on peut évaluer à 200Mds€, ne sera pas réalisée, nous continuerons à décliner. L'autre point incontournable: le niveau de compétences, la formation et le temps de travail. Si nous ne nous alignons pas sur nos concurrents, nous sommes morts. Tout le reste n'est que littérature, car nous ne pouvons pas éternellement avoir des déficits structurels avec un Etat obèse et des services publics qui coûtent beaucoup trop et marchent mal. Ajoutons une balance commerciale déficitaire et nous avons là le tableau le plus noir que nous puissions imaginer.

  • Par vangog - 04/01/2018 - 22:56 - Signaler un abus Et la croissance française réelle est?...

    débarrassée de l’artifice mortel de l’immigration d’allocation, la France est en décroissance! Cette simple évidence (mais qui peut être considéré comme un fake-News par la propagande gauchiste), explique tout simplement pourquoi la France gauchiste ne cesse de perdre des parts de marché, ne cesse d’aggraver chômage et déficit du commerce extérieur...et les pauvres analystes qui n’avaient toujours pas compris quIl fallait corriger la croissance de l’immigration, afin d’expliquer la persistance du chômage!

  • Par ajm - 04/01/2018 - 23:14 - Signaler un abus Exportation des services.

    Le problème de la compétitivité de la France c'est effectivement beaucoup un manque d'industrie portée par une insuffisance de grosses pme exportatrices comme en Allemagne ou le nord de l'Italie, mais c'est aussi , depuis peu, le recul inquiétant des services marchands intégrés dans les echanges mondiaux: engineering, recherche et brevets, négoce , assurance, transports , finance, tourisme, aéroports et ports... Les exportations de services d'un pays comme la France représentent en valeur à peu près la moitié des exportations de marchandises. Le haut niveau des charges sociales sur le personnel qualifié ( on reduit les charges sociales des bas salaires uniquement) explique en partie ce déclassement.

  • Par kelenborn - 05/01/2018 - 22:26 - Signaler un abus Oui et il y a pire

    Pas besoin d'être féru de compta nat pour comprendre certaines choses: à partir de 1970 on intègre au calcul du PIB le PIB non marchand c'est à dire....la paye des fonctionnaires et le fonctionnement des administrations. or, sa part a augmenté, ce qui veut dire que la production de cocottes en papier est devenue la première industrie française. Je pousse le raisonnement jusqu'au bout: imaginons qu'un cinglé comme Mélenchon veuille ressusciter les Ateliers nationaux et donne du boulot bidon (compter les crottes de chien, les passants qui ont une tête de gland...)aux 3 millions de chômeurs en ...finançant tout cela par le déficit public: résultat:1 Le PIB augmente de l'ordre de 10% 2 Le déficit extérieur explose car comme l'industrie est ruinée, il faut importer les produits supplémentaires consommés 3 La dette explose! Elle est pas belle la science économique ? Mais je vous rassure! votre pouvoir d'achat aura augmenté!

  • Par ajm - 06/01/2018 - 00:40 - Signaler un abus PIB marchand et non marchand.

    L'intégration du non marchand dans le PIB avait aussi une justification dans le sens où les pays dont l'enseignement et la santé étaient largement "marchands" et étaient donc fortement intégrés dans le PIB avant les changements comptables, faisaient apparaître un PIB supérieur aux autres, toutes choses égales par ailleurs. Parmi les pays où la part du non marchand dans le PIB est au-dessus de la moyenne il y a la France mais aussi par exemple les pays scandinaves et les Pays-Bas qui ont une balance des paiements courants largement excédentaires (8% du PIB pour les Pays-Bas par exemple).Donc, la relation entre compétitivité externe et part du PIB non marchand dans le PIB total ne semble pas vraiment avérée.

  • Par moneo - 08/01/2018 - 17:58 - Signaler un abus oui mais

    l'exemple caricatural de kelenborn n'est pas faux....car pour un fonctionnaire efficient combien n'existent que par nos structures administratives débordantes .Ce qui est cause c'est le poids inutile d'une administration pléthorique qui correspond à une invasion toujours plus grande du public dans la sphère privée ;invasion qui produit des norme s; des procédures, des couts , des contrôles ; de changements permanents ;un entrepreneur est un écureuil dans une cage qui passe son temps à essayer de se mettre à jour ,et à payer ce que des esprits fumeux qui n'ont jamais rien dirigé de leurs vies inventent au fur et à mesure de s marottes du moment Un Hulot quia annonce un changement de braquet aujourd'hui sur le solaire ;;combien morts chez les entreprises qui ont besoin d'électricité bon marché.combien de mords chez les commerçants voyant leurs clients dépensant plus pour leur énergie et donc ayant moins de pouvoir d'achat.quelques proche du pouvoir du capitalisme de connivence en profiteront ,les chinois aussi et les agriculteurs ne produiront plus ou peu puisque l'argent du loyer rapportera plus que le travail agricole donc nous importerons plus

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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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