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Euro-pessimisme : ces bonnes nouvelles qui ne sont qu’une embellie en trompe-l’œil pour l’Union

Entre le règlement probable du Brexit, la perspective d’une coalition entre la CDU et le SPD en Allemagne ou encore les listes transnationales aux européennes, les "heureuses" nouvelles semblent s'accumuler pour l'UE ces derniers jours. Mais ces évolutions peinent en réalité à dissimuler la crise de fond traversée par l'Europe, et la multiplication des lignes de fracture.

Mirages européens

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Euro-pessimisme : ces bonnes nouvelles qui ne sont qu’une embellie en trompe-l’œil pour l’Union

Modification du mode scrutin en France pour une plus grande lisibilité des élections européennes, ouverture du SPD à des négociations en Allemagne en vue de la formation d'une nouvelle grande coalition, accord probable sur le montant du Brexit… Les "bonnes" nouvelles européennes semblent s'accumuler au cours de cette semaine. Peut-on réellement partager cet optimisme qui se dégage de cette conjoncture ? En quoi les problématiques soulevées ici pourraient être plus profondes qu'il n'y paraît ?

Yves Bertoncini : Le contexte européen est sans nul doute meilleur qu’il y a deux ans, mais les « nouvelles » que vous évoquez ne sont pas toutes aussi bonnes qu’annoncées pour l’UE.

La perspective d’une coalition pro-européenne en Allemagne est assurément la plus décisive : le retour de la grande coalition CDU/CSU-SPD ou la  formation d’une coalition minoritaire CDU/CSU-Verts soutenue par le SPD permettraient à la France et à ses partenaires de trouver à Berlin des interlocuteurs clairement engagés dans la poursuite de la construction européenne. Attention cependant à ne pas surestimer leur dynamisme européen : l’Allemagne a déjà beaucoup concédé dans la période récente, notamment pour tout ce qui relève de la zone euro, et il lui faudra du temps pour s’engager pleinement en matière de sécurité et de défense.

L’accord qui se dessine pour acter le divorce entre le Royaume-Uni et l’UE est une condition minimum pour commencer les négociations sur le futur partenariat entre ce pays et le continent. Et c’est là que les vraies difficultés vont commencer, y compris du point de vue de la cohésion des 27 autres Etats-membres, qui n’ont pas tous les mêmes intérêts et aspirations.

Quant à la renationalisation annoncée du scrutin européen en France, il ne s’agit pas d’une « bonne nouvelle » mais d’un retour en arrière : des élus hors sol, coupés de tout ancrage territorial ; une plus grande fragmentation de notre représentation parlementaire à Strasbourg, positive en termes de pluralisme partisan mais très négative pour l’influence française ; des élections qui vont encore plus faire office d’élections intermédiaires nationales, centrées sur l’approbation ou non du pouvoir en place… Mieux vaudrait régionaliser le mode de scrutin en s’appuyant sur les nouvelles collectivités à « dimension européenne » récemment créées : la France n’est pas une circonscription, les Hauts de France et l’Ile de France ont vocation à l’être.

Rémi Bourgeot : On peut en premier lieu rester circonspect face à la tendance générale à déceler des inflexions importantes d’une semaine à l’autre, si ce n’est jour après jour, dans les évolutions aussi bien politiques qu’économiques. Quelque soit l’inspiration qui la guide, cette approche suit les travers de l’analyse de marché, alimentée par un flot de nouvelles et de surprises pas toujours si surprenantes...

On peut difficilement dire que les nouvelles évoquées constituent un début de nouvelle donne positive pour l’Europe. L’ouverture du SPD à une nouvelle grande coalition est dictée par l’impasse qui règne en Allemagne dans les négociations en vue de former un gouvernement et les craintes d’une donne similaire en cas de nouvelles élections. Au soir de l’élection, face à la déroute de son parti, Martin Schulz n’avait eu d’autre choix que d’affirmer qu’il siégerait dans l’opposition, fermant la porte à un nouvel accord avec le bloc conservateur CDU-CSU d’Angela Merkel. Sous la pression du Président fédéral Frank-Walter Steinmeier, lui-même issu du SPD (et ministre jusqu’à récemment d’Angela Merkel), les sociaux-démocrates s’ouvrent à des négociations. Cela peut permettre d’aboutir à la formation d’un gouvernement, mais ne règle rien au fond de la crise politique qui affecte l’Allemagne. Et il serait léger de se réjouir d’un nouvel accord bancal, de nature technique. Le fond du problème réside dans la crise de représentativité démocratique, avec la confusion qui domine le positionnement des partis et en particulier d’Angela Merkel qui prend des idées un peu partout et n’a pas dessiné de programme cohérent. L’entrée massive de l’extrême droite au Bundestag est un symptôme de cette crise de fond, à laquelle un nouvel arrangement entre les principaux partis n’apportera pas de solution véritable.

Il est périlleux pour l’Europe, face à la lame de fond de la crise de représentativité qui la traverse de s’adonner à une attitude de spectateur de crise en crise, en multipliant les expressions de soulagement de faible durée sur le mode de la « gestion de crise », logique qui domine le paysage institutionnel et étouffe les débats de fond.

En ce qui concerne le Brexit, on ne peut que constater une volonté ancrée des deux côtés d’aboutir à une relation approfondie qui ne remette pas en cause le fond des échanges commerciaux. Les négociations sont bel et bien chaotiques et les sujets de désaccord, notamment financiers, difficiles à résoudre, mais cela ne signifie guère que quiconque souhaite une issue sans accord et nous avons donc à faire, à divers égards, à une forme de mise en scène. Au final, les Européens voudront s’assurer que le Royaume-Uni paye le prix de l’affront, en devant sacrifier certaines activités financières en particulier. Mais le Brexit représente une menace de fond pour une Union européenne traversée par une multitude de crises. Une rupture véritable serait inadmissible pour un certain nombre de pays d’Europe du Nord sur le plan économique et, politiquement, un véritable échec des négociations serait désastreux pour l’Union européenne dans son ensemble. Les négociations sont chaotiques du fait du marasme politique auquel Theresa May est confrontée à Westminster et du cadre de négociation invraisemblable qui a été fixé par la partie européenne, avec un négociateur, Michel Barnier qui n’a pas de véritable mandat pour négocier et doit se contenter d’encadrer les différentes étapes par la production de rapports d’avancement.

 
Commentaires

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  • Par kelenborn - 30/11/2017 - 11:30 - Signaler un abus ah ouais

    "Laissons l’exception britannique de côté : les autres peuples de l’UE ne veulent pas la quitter. Nombre de citoyens sont eurosceptiques mais il n’y a nulle part ailleurs de majorité europhobe, y compris en Europe centrale." Ben tiens, pourquoi ne fait-on pas de référendum pour s'en assurer si c'est si évident? Ce Bertoncini est au moins aussi bête que Sylvestre lequel est en train de lancer une chaloupe à la mer pour sauver les anglais du naufrage de leur inconduite! L'un et l'autre font penser à ce canard qui dans un film avec Lio (si quelqu'un peut m'aider) s'est fait couper le cou par une mère Thénardier de service et continue à courir !

  • Par J'accuse - 30/11/2017 - 18:08 - Signaler un abus Imposons le référendum qu'on nous refuse

    Faisons des prochaines élections au parlement de l'UE un pré-référendum: les abstentions, les votes nuls et les voix pour des partis anti-UE seront l'expression d'un refus. S'il y a moins de 50% des inscrits en suffrages exprimés pro-UE, le pays devra organiser un référendum sur son appartenance. Ce scrutin aura ainsi un véritable enjeu politique, ce que doit avoir toute élection dans une démocratie.

  • Par kelenborn - 30/11/2017 - 19:04 - Signaler un abus J'accuse

    Oui Oui bonne idée!!! On peut même charger Vangode de l'organiser! succès garanti !

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Yves Bertoncini

Yves Bertoncini est Président du Mouvement Européen – France et consultant en Affaires européennes.

 

 

 

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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