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Une étude tend à montrer que les antibiotiques renforcent le risque d’obésité infantile

Une nouvelle étude, publiée par des chercheurs de la John Hopkins Bloomberg school of public health, dans le International Journal of Obesity, montre que la prise régulière d'antibiotiques pendant l’enfance favoriserait la prise de poids.

Toujours plus d'inconvénients ?

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Une étude tend à montrer que les antibiotiques renforcent le risque d’obésité infantile

Atlantico : Une nouvelle étude, publiée par des chercheurs de la John Hopkins Bloomberg school of public health dans le International Journal of Obesity, montre que la prise régulière d'antibiotiques pendant l’enfance favoriserait la prise de poids. Que pensez-vous de cette étude ? Peut-on réellement faire un lien entre la prise d'antibiotiques et la prise de poids plus tard ? Existe-t-il des études précédentes qui faisaient déjà ce lien ?

Stéphane Gayet : Cette étude menée par l'école de santé publique de Baltimore (Maryland) ne manque pas de puissance : ce sont plus de 160.000 dossiers médicaux d'enfants âgés de 3 à 18 ans qui ont été étudiés sur une période d'un peu plus de 10 ans. Son objet était essentiellement d'étudier le retentissement des prises d'antibiotiques sur l'état général des enfants. Étant donné qu'on disposait de leur taille et leur poids, on a pu calculer leur indice de masse corporelle ou IMC (indice reconnu par l'Organisation mondiale de la santé : poids en kg divisé par le carré de la taille en m2 ; surpoids à partir de 25, obésité à partir de 30).

Cette étude rétrospective montre une corrélation entre des prises d'antibiotiques répétées et un surpoids. Si un enfant reçoit des antibiotiques deux à trois fois par an, le poids en excès régresse. S'il en reçoit plus de trois fois par an, il a tendance à persister. Or, certains enfants reçoivent jusqu'à sept fois par an des antibiotiques : à l'âge de 15 ans, ils ont presque 1,5 kg de plus que les autres n'en ayant pas reçu. Cette étude atteste bel et bien l'existence d'une corrélation entre des prises répétées d'antibiotiques et un surpoids modeste, mais bien réel. Il ne semble pas exister d'autres travaux similaires menés chez l'homme. Ce type d'étude est rendue possible aujourd'hui par la mise à disposition des chercheurs, de bases données énormes qui permettent de tenter de montrer des liens entre des indicateurs de santé. Ce n'était pas réalisable tant que les dossiers médicaux n'étaient pas aussi bien informatisés. De telles études statistiques rétrospectives vont dont se multiplier et produire des résultats parfois étonnants. Mais celui obtenu par ce travail n'est en réalité pas très surprenant.

Cette étude met-elle en lumière un effet nouveau ou bien celui-ci était déjà connu ?

Ce phénomène est en fait connu depuis des décennies dans l'élevage agricole. En 1952, un article intitulé "Les antibiotiques dans l'alimentation animale" et signé de J.P. VACHEL et R. FEVRIER paraissait dans "Les annales de zootechnie". Son contenu est stupéfiant. Dès les années 1950, on avait remarqué que les antibiotiques faisaient grossir les animaux destinés à la boucherie et on exploitait cette propriété. Pendant près de 60 ans, on a largement utilisé les antibiotiques pour engraisser les porcs, les veaux et les volailles d'élevage. Ils entraient dans la composition d'additifs facteurs de croissance ou AFC : les animaux de boucherie qui recevaient des AFC dans leur alimentation grossissaient plus vite tout en mangeant moins. Étant donc rentables, ils se sont généralisés mondialement et sans aucune réglementation. Ce n'est qu'à la fin des années 1990 que l'on a commencé à s'en préoccuper et l'Europe est aujourd'hui très en avance sur les autres continents en ce qui concerne l'instauration d'une réglementation sur l'utilisation d'antibiotiques comme facteurs de croissance des animaux de boucherie. Depuis la fin des années 2000, les antibiotiques sont interdits en tant qu'AFC dans l'élevage agricole, à l'exception de quatre molécules considérées comme nécessaires pour prévenir la coccidiose, parasitose due à un protozoaire et fréquente chez les animaux (car certains antibiotiques dont ces quatre substances agissent aussi sur les protozoaires). Ces quatre molécules ne sont pas utilisées chez l'homme. Cette exception mise à part, on ne doit plus trouver d'antibiotiques dans la nourriture des animaux d'élevage, du moins en tant que facteurs de croissance. Mais ils continuent évidemment à leur être administrés en tant que médicaments antibiotiques vétérinaires, dans un but soit prophylactique (préventif), soit métaphylactique (contrôle d'une épidémie débutante), soit encore curatif (animaux ayant une infection avérée). Cependant, les dégâts sont faits et les résistances des bactéries aux antibiotiques trouvent là une formidable explication, en comparaison du mauvais usage de ces médicaments en médecine humaine qui est martelé depuis une vingtaine d'années. La consommation annuelle d'antibiotiques en France est encore aujourd'hui estimée à environ 1300 tonnes pour la médecine vétérinaire, contre 600 tonnes pour la médecine humaine. Il y a de quoi frémir en évoquant ce que cette consommation devait être quand les antibiotiques étaient largement utilisés comme AFC, ce qui n'est légalement plus le cas en Europe (mais ils le restent très largement sur les autres continents, en particulier africain et américain).

 
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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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