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L’étonnant silence de la communauté internationale sur les dégâts provoqués par les raids saoudiens au Yémen

Un an après son lancement, le bilan de l'offensive militaire dirigée par l'Arabie Saoudite au Yémen est catastrophique : la progression des forces de la coalition est bloquée et les morts civils se comptent par milliers. Ce conflit, outre un manque de cohérence stratégique, est révélateur d'un autre phénomène : l'inégalité de traitement entre l'Arabie Saoudite et Israël qui sont pourtant tous deux les "agresseurs", l'une au Yémen, l'autre dans les territoires palestiniens.

La politique de l'autruche

Publié le - Mis à jour le 8 Avril 2016
L’étonnant silence de la communauté internationale sur les dégâts provoqués par les raids saoudiens au Yémen

Atlantico : Il y a un peu plus d'un an, dans la nuit du 25 au 26 mars 2015, l'Arabie Saoudite, à la tête d’une coalition de neuf pays, a décidé d’une intervention militaire pour stopper l'avancée des houthistes au Yémen. A quels objectifs répondait l'offensive saoudienne ? Quel état des lieux, un an après ?  

Alain Rodier : L'opération "Tempête décisive" consistait à tenter de remettre au pouvoir le président yéménite Abd Rabo Mansour Adi. En effet, ce dernier, officiellement élu, a été contraint de quitter le pouvoir sous la pression des rebelles al-Houthi zaïdites appuyés par les partisans de l'ancien président Ali Abdallah Saleh. Les rebelles avaient conquis environ tout l'ouest du pays d'autant plus facilement qu'une partie de l'armée restée fidèle à Abdallah Saleh est passée de leur côté. L'Arabie Saoudite a alors réuni autour d'elle une coalition regroupant le Bahreïn, la Jordanie, le Qatar, le Maroc, l'Egypte, le Koweït et le Soudan.

Par contre, le Pakistan fortement sollicité avait refusé de s'y joindre, sauf pour défendre le territoire saoudien s'il se retrouvait menacé.

"Tempête décisive" se termine officiellement le 21 avril 2015 pour être remplacée par "Restaurer l'espoir". Ce nom est peut être assez mal choisi car il avait déjà été adopté par les Etats-Unis en 1992-1993 en Somalie. On se souvient de l'échec cuisant que cela a été. La Jordanie, le Koweït et le Soudan se sont retirés de cette deuxième coalition mais les Etats-Unis et les Émirats Arabes Unis (EAU) s'y sont rajoutés. "Tempête décisive" qui comporte, en plus des bombardements, un blocus des côtes yéménites et des opérations terrestres, vise à déloger les rebelles et à leur faire regagner leur fief situé au nord-ouest du pays. Si Aden et cinq provinces du sud sont reprises assez rapidement, Sanaa la capitale du Yémen reste dans les mains des al-Houthis. Par contre, le contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb qui commande l'accès à la Mer Rouge, a été également libéré. Il s'agissait là d'un enjeu majeur qui intéressait de nombreux pays -particulièrement occidentaux-. En effet, si les rebelles avaient gardé la mainmise sur ce détroit, à terme, c'est l'Iran qui les soutient à bout de bras qui aurait pu contrôler à la fois le détroit d'Ormuz et celui de Bab-el-Mandeb !

Aujourd'hui, après ces succès initiaux, la progression des forces de la coalition paraît être au point mort. 

Qui sont aujourd'hui les principaux acteurs sur le terrain yéménite ? Quel est le rapport de force ? Quelles issues peut-on envisager ? Le cessez-le-feu dans tout le pays pour le 10 avril et la reprise de négociations de paix pour le 18 avril annoncés par le médiateur de l'ONU au Yémen, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, peuvent-ils être envisagés dans ce contexte ? 

Alain Rodier : La coalition comporte environ 10 000 hommes au sol auxquels il convient d'ajouter quelques 100 000 Saoudiens placés défensivement le long de la frontière yéménite. L'aviation de la coalition engage plus d'une centaine de chasseurs-bombardiers et les marines, particulièrement saoudienne, américaine et égyptienne, assurent le blocus des côtes. Par hasard, la France dans le cadre de la Force opérationnelle combinée 150 (CTF-150) mise en place en 2002 pour des missions anti-terroristes et de lutte contre les trafics dans le Golfe persique et l'océan Indien, a intercepté le 17 mars un boutre chargé de centaines de kalachnikovs, de fusils de précision, de mitrailleuses et de missiles antichars vraisemblablement destinés aux rebelles yéménites. Les rebelles dont le nombre ne peut être évalué correctement ont un gros problème. L'Iran a du mal à les ravitailler en raison du blocus de la coalition. Ils vivent donc sur leurs stocks certes importants (ils ont même abattu le 14 mars un Mirage 2000 des EAU avec un missile portable) mais pas inépuisables.

Le cessez-le-feu du 18 avril sera le cinquième en un peu plus d'un an. Les pourparlers sont les troisièmes... Cela dit, toute guerre se termine, soit par la victoire d'un des deux camps, soit par des négociations. Or, aucune partie ne paraît aujourd'hui pouvoir l'emporter. Il ne reste donc que les négociations qu'il convient de reprendre encore et encore. En effet, ce sont les populations civiles qui souffrent le plus de cette guerre, non seulement en raison des bombardements, des attentats-suicide majoritairement commis par Daesh, mais plus encore à cause de la crise humanitaire majeure à laquelle elles sont confrontées.

Le Yémen est vraiment le conflit oublié et pourtant il fait partie intégrante de ce qui se déroule en Syrie, en Irak, en Somalie et en Égypte. 

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 04/04/2016 - 10:41 - Signaler un abus Les chasseurs des "Inconnus"

    un vieux sketch qui résume le biais de la "communauté" internationale libéral-islamistophile et judéo-christo sceptique. Il y a les bons bombardements et les mauvais bombardements.

  • Par A M A - 04/04/2016 - 17:39 - Signaler un abus pétrodollars

    Les pétrodollars sont le nerf de la guerre et de l’économie mondiale. Tout est dit. L"Arabie Saoudite fait ce qu'elle veut, quand elle le veut, où elle le veut, avec l'accord tacite de tous les défenseurs des droits de l'homme paralysés, qui se couchent servilement devant cette énorme machine à sous. Quand estimera t'on avec justesse le poids de cette puissance financière dans les décisions gouvernementales des pays occidentaux, et l'importance du chantage qu'elle est en mesure d'exercer, par Daesh, Al Qaïda par exemple?

  • Par langue de pivert - 04/04/2016 - 18:15 - Signaler un abus Charbonnier est maître chez lui ! ☺

    Voilà un exemple à généraliser : laisser les musulmans s'étriper entre eux ! Si depuis l'invasion de l’Afghanistan par l'URSS l'occident (Russie incluse) s'était tenu à l'écart de conflits qui ne nous concernent pas et nous dépassent nous aurions économisé des vies, de l'énergie, du temps, de l'argent ! Ça irait mieux pour nous et probablement que le monde arabo-musulman aurait fini par trouver lui même de meilleures solutions à ses problèmes. Quand deux chiens se battent s'interposer est un mauvais choix technique : 1) ils risquent de se retourner contre vous 2) ils recommenceront dès que vous aurez tourné les talons (exemple l’Afghanistan encore) Il faut laisser faire la nature ! Toujours ! ☺

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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