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"Êtes-vous prêts à mourir pour Dantzig ?" : ce que pensaient les Français à l’aube de la Seconde Guerre mondiale

Alors que la France est divisée par son éventuelle participation à une intervention militaire en Syrie, elle fête également sa déclaration de guerre, aux côtés du Royaume-Uni, à l'Allemagne d'Adolf Hitler. Atlantico et l'Ifop vous révèle l'état de l'opinion des Français à l'aube de ce tournant de l'Histoire et leur rapport à la chose militaire.

Etude exclusive Ifop pour Atlantico

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"Êtes-vous prêts à mourir pour Dantzig ?" : ce que pensaient les Français à l’aube de la Seconde Guerre mondiale

En août 1938, 80 personnes sur 100 pensaient que l'entente franco-anglaise maintiendrait la paix en Europe. Crédit DR

La création puis les premiers pas de l’Ifop – l’Institut Français d’Opinion Publique – interviennent dans un contexte international particulièrement dramatique : les tensions germano-tchèques autour de la région des Sudètes qui allaient aboutir en septembre 1938 à la conférence de Munich puis à l’occupation en mars 1939 de Prague et de l’ensemble de la Bohême-Moravie par les troupes allemandes. C’est à l’occasion de ces événements historiques, que l’Ifop, pionnier des instituts de sondage fondé il y a maintenant 75 ans,  va effectuer les toutes premières mesures de l’opinion publique française et permettre ainsi, à partir de plusieurs enquêtes menées entre septembre 1938 et juillet 1939, de répondre à des questions restées dans les mémoires : « Approuvez-vous les accords de Munich ? » et « Etes-vous prêts à mourir pour Dantzig ? ».

  1. L’opinion publique française face aux deux crises de septembre 1938 et de mars 1939

En septembre 1938, les troupes allemandes menaçaient d'attaquer la Tchécoslovaquie, alliée à la France par un traité d'assistance mutuelle, cette crise débouchant sur les accords de Munich. En mars 1939, l'armée allemande entrait dans Prague. Quelles ont été les réactions de l'opinion publique française à ces deux crises internationales, les enquêtes effectuées par l'Institut Français d'Opinion Publique, immédiatement avant et immédiatement après chacune de ces deux événements, l'établissent avec quelque précision.

Au mois d'août 1938, les souverains anglais venaient de visiter Paris, la France s'abandonnait avec enthousiasme à l'optimisme de cette amitié. L'enquête effectuée à ce moment montrait que sur 100 personnes, 80 pensaient que l'entente franco-anglaise maintiendrait la paix en Europe. L'attitude de l'Italie restait toutefois un problème : la moitié du public estimait qu'en cas de guerre elle se rangerait aux côtés de l'Allemagne. Mais - et c'est là le phénomène qui doit le plus retenir l'attention - on comptait à cette époque une proportion de 20% d'indifférents. A l’été 1938, l'opinion s'intéressait, en effet, bien davantage aux problèmes de politique intérieure, pour lesquels le pourcentage des indécis ne dépassait jamais 12% et descendait parfois, au taux de 2%.

Les réactions aux accords de Munich

En septembre 1938, les évènements les plus graves se succèdent : mobilisations, concentrations de troupes, risque immédiat de guerre. Les accords de Munich viennent apporter une détente, au moins apparente. Mais ils déclenchent en France une grave crise de conscience : l'accord signé le 25 septembre entre les quatre grandes puissances européennes, bien qu'il écarte le grave péril de guerre qui planait sur l'Europe, ne fait pas l'unanimité de l'opinion française. De graves polémiques s'engagent entre les partis et dans la presse. Il est à ce moment difficile de dire si la France dans son ensemble est, ou non, satisfaite de cet accord. Néanmoins, l'enquête entreprise par l'Institut Français d'Opinion Publique en octobre 1938, immédiatement après le retour en France de M. Daladier, montra que 57% de la population approuvaient les accords de Munich, alors que 37% les estimaient néfastes. C'est que la France éprouvait encore un sentiment d'horreur à l'égard d'une guerre possible comme l’indique les résultats d’une seconde question. « Pensez-vous [avait-il été demandé, dans une formule intentionnellement vague] qu'une guerre générale entraînerait la destruction de la civilisation ? » 73% de l’opinion répondaient « Oui » ; 20% émettaient l'avis contraire.

Mais le coup de force accompli étant accepté, ce renoncement s'accompagnait de fortes résolutions pour l'avenir. A la question « Pensez-vous que la France et l'Angleterre doivent désormais résister à toute nouvelle exigence de Hitler ? » 70% répondaient « Oui », soit la même majorité qui venait d'affirmer son horreur de la guerre. Cette proportion si élevée et si peu fréquente se retrouve dans le détail si l'on examine la répartition des opinions à l'intérieur des catégories sociales parmi lesquelles a été menée l'enquête. Deux exceptions pourtant : sur dix personnes appartenant à des professions libérales, cinq seulement pensent qu'il faut résister à toute nouvelle exigence allemande contre trois d'opinion contraire et deux sans opinion. De même, la croyance qu'une guerre générale serait une catastrophe irréparable n'est pas partagée par plus des deux tiers des commerçants et des industriels.

Tout cela montre que l'esprit de résistance est apparu dès cette époque dans l’esprit de ceux mêmes qui acceptaient sans arrière-pensée les accords de Munich. Il faut ajouter d'ailleurs que l'intervention spectaculaire de M. Mussolini, au cours du mercredi 28 septembre, avait retourné l'opinion, et que 50% du public étaient maintenant persuadés qu'en cas de guerre, l'Italie ne combattrait pas aux côtés de l’Allemagne (contre 30% en août 1938).

Mais la conséquence la plus caractéristique de la crise de septembre a été sans doute la diminution massive du pourcentage des indifférents à l'égard des problèmes de politique extérieure. Si l'on excepte la question déjà mentionnée « Pensez-vous que la France et l'Angleterre doivent résister à toute nouvelle exigence de Hitler ? » pour laquelle le pourcentage des indécis était encore de 13% (résultat, sans doute, du trouble qu'avait fait naître dans les esprits les accords de Munich), la proportion des indifférents était uniformément de 7% au lieu de 20% en août, pour les trois autres questions. Il est donc hors de doute que la crise née des accords de Munich a stimulé l'opinion publique, réveillé la conscience nationale.

Septembre 1938 a donc marqué une date dans l’histoire de l’opinion française face aux évènements extérieurs. Cette opinion, que les évènements avaient transformée, a peu varié, les enquêtes l’ont montré, jusqu’en février 1939.

L’évolution de l’opinion de septembre 1938 à avril 1939

De septembre I938 à mars I939, aucune crise internationale grave, hors les réclamations coloniales de l’Italie, n'a troublé l'opinion française. Cette accalmie a provoqué d'abord un certain optimisme des esprits. « Pensez-vous [avait-il été demandé au cours de l'enquête de février 1939], que sans faire la guerre, nous terminerons cette année 1939, sans avoir cédé aucune de nos possessions coloniales ? ». Il convient de préciser d'abord le sens de cette question. A cette époque, le seul problème international qui se posât, était - on ne l'a pas oublié - un problème colonial ; et un conflit ne paraissait pouvoir sortir que de nos rapports assez difficiles avec l'Italie. Ainsi la majorité de 57% qui donna à la question proposée une réponse affirmative voulait exprimer que la guerre n'aurait pas lieu. A ces esprits confiants dans l'avenir de la paix, pouvait s'ajouter une notable fraction de 2I% qui préférait s'abstenir de formuler une opinion. Il est remarquable que la somme de ces deux nombres corresponde à 1% près à la proportion (79%) des personnes qui, à la même époque, pensaient que « le souci le plus urgent du gouvernement doit être de renforcer notre puissance militaire ».

 
Commentaires

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  • Par walküre - 03/09/2013 - 07:03 - Signaler un abus Refaire l'Histoire avec des sondages

    ça ne mène nulle part et s'apparente à de la masturbation intellectuelle. Ce semblant de parallèle avec la crise syrienne est sans justification et ridicule. La situation politico-sociale est différente. Pourquoi alors ne pas comparer avec la guerre de 1870 pendant qu'on y est ? Par contre le parallèle avec les interventions impérialistes perpétrées jadis et naguère par l'Occident eût été plus judicieux. Car les intérêts économico-financiers sont une constante des plus importantes si l'on veut expliquer ce genre d'affaire.

  • Par ZOEDUBATO - 03/09/2013 - 07:20 - Signaler un abus PC/PS/NAZI : de la connivence à la collaboration et à la guerre

    Avant 1942 le PC/PS/PRG sont sous l'emprise d'un pacifisme bêlant et refuse de voir la réalité car pour eux "les prolétaires n'ont pas de patrie" Le Nazisme a été inscrit à l'International Socialiste de 1933 à 1946/1947 Avec l'appui de PC le PS refuse a modernisation de l'Armée "pas un homme, pas un centime pour la guerre" Or il a été démontré que si la France avait monté un corps cuirassier dés 1934, Hitler aurait calé sur la réoccupation de la rive droite du Rhin et certainement sur l'ANCHLUSS et que, en 1939, lorsque l'armée Nazie toute entière était occupée à enfoncer et écraser l'armée Polonaise une contre attaque simultanée de chars français sur le territoire Allemand aurait rencontré insuffisamment de résistance et aurait pu arrêter les prémisses de la guerre Ainsi en même temps que le Général De Gaulle entreprend le redressement de la France, Pétain, la Gauche, ouvre la collaboration et les communistes négocient avec les Nazis pour légaliser le PC et propose de dénoncer les juifs Ceci étant cette situation n'est absolument pas comparable avec celle de la Syrie où des 2 cotés ce sont des dictateurs idéologiques assoiffés de pouvoirs qui mènent la guerre

  • Par legaulois - 03/09/2013 - 08:22 - Signaler un abus COMPARONS

    ce qui est comparable le cas de la syrie n'a rien à voir avec la puissance de l'allemagne de 1940 là nous sommes dans une guerre entre un dictateur et les fous de dieu et dans le contexte arabe ce n'est pas simple nous sommes pas capable de tenir correctement la sécurité sur le territoire national alors faisons profil bas

  • Par un_lecteur - 03/09/2013 - 09:36 - Signaler un abus ifop

    quel est le principal client de l'IFOP ? L'état

  • Par enfer - 03/09/2013 - 09:52 - Signaler un abus ...De cette période il ne faut retenir que...

    ....La compromission du PC avec les nazis, pacte germano-soviétique oblige...Compromission à deux volets, sabotage de l'industrie militaire, et ici je ne parle pas des abrutis qui "oubliaient" de serrer un boulon sur un avion, mais des hauts fonctionnaires qui ont délibérément embrouillé les appels d'offre ou suscité des modifications infinies sur les matériels pour ralentir la production... On retrouve les mêmes à la manœuvre pour transmettre à Moscou les dossiers les plus intéressants....Parmi lesquels on peut citer l'avion Arsenal VG33 qui préfigure les yak 6 ou le char Renault G51 qu'on retrouve à l'identique dans le T34 russe...Sans oublier la technologie Clerget en matière de moteurs d'avions.

  • Par jurgio - 03/09/2013 - 10:50 - Signaler un abus L'idée fixe de la Gauche française

    La Gauche donne systématiquement raison aux rebelles (l'atavisme de 1789 !) , excepté, bien sûr s'ils s'opposent à leur idées (la guillotine ! mais aujourd'hui on gaze... !) Pourtant les leçons du « renouveau arabe » devraient avoir enseigné qu'on chasse une dictature pour en mettre une autre plus menaçante pour nous ! Le principe de précaution devrait faire réfléchir ce président par chance, qui confond « la patrie en danger» et des lubies militaires pour lesquelles nous n'avons pas le moindre sou. En réalité, l'Enfumeur veut nous faire une « guerre d'Italie » ruineuse et sans fin, avec le seul but inavoué de se redorer le blason.

  • Par ZOEDUBATO - 03/09/2013 - 12:05 - Signaler un abus Par enfer - 03/09/2013 - 09:52 le PC a réarmé les NAZIS

    Le premier pacte Germano-Soviétique c'est le traité de Rapallo signé en avril 1922. Pour une compensation mutuelle entre les deux vaincus de la première Guerre mondiale. Ils renonçaient aux dettes de guerre et réparations et en échange d’un appui technique des ingénieurs allemands de l’armement, les Soviétiques autorisaient d'expérimenter sur leur territoire les armes interdites par le traité de Versailles et à former les soldats. Dès 1924 un organisme germano-soviétique est créé : « La Zentrale Moskau» Cet accord sera confirmé par un protocole signé en 1933 par Hitler qui pourra ainsi fondée et entraînée la WEHRMACHT pendant que les Soviétiques tirent profit de l’acier des Allemand, de leurs produits chimiques et textiles Les nazis vont utiliser terrains et usines pour la futur WERMACHT : les Panzer s’entraîneront à Kama, la future Luftwaffe à Liepietzk et les nouveaux gaz de combat seront testés à Saratov et des matières premières indispensables seront envoyées en Allemagne. Les SS des futurs camps de la mort nazis formés dans les Goulags à l'assassinat par les 3F (la Faim, le Froid, la Fatigue) mais trouvant cette méthode inhumaine ce sera la chambre à gaz

  • Par laïcité - 03/09/2013 - 14:16 - Signaler un abus Cette comparaison ne tient pas du tout la route !

    et c'est fait preuve d'un esprit bien manipulateur pour oser faire ce rapprochement. Dantzig représentait les prémices de la guerre en Europe et mettait notre Patrie en danger et cela n'est en rien comparable à la guerre civile qui règne en Syrie aujourd'hui. C'est faire preuve d'une intention manifeste de grande MANIPULATION de l'opinion des français que de vouloir faire la comparaison avec ces événements qui précédèrent la seconde guerre mondiale!...C'est une façon vicieuse et sournoise de dire au "bon peuple" français, voyez si nous n'intervenons pas en Syrie nous répétons l'erreur de Dantzig !...Tous les médias essaient de voler au secours de Hollande, ce minable qui a la majorité de l'opinion du peuple français qui est contre lui dans cette affaire syrienne!...Une fois de plus, il peut dire merci aux journaleux de tout poil !

  • Par Gamelledebouse - 03/09/2013 - 14:35 - Signaler un abus Documentation

    Pour la petite histoire la fameuse expression "mourir pour Dantzig" est de Marcel Déat . Tiens , encore un socialiste collabo (SFIO , puis dissident...) Plus trivial mais irritant : cher Atlantico pourquoi ne pas mieux choisir les illustrations des articles proposés . La photo n'a rien à voir avec l'Europe d'avant-guerre , ni avec l'armée française , il s'agit d'une photo de soldats américains des années 60-70... , peut-être au Vietnam .

  • Par De France et de plus loin - 03/09/2013 - 17:03 - Signaler un abus L'occident doit envoyer un

    L'occident doit envoyer un message modeste et simple: tu tue 110 000 personnes et tu utilises du gaz? Tu reçois des missiles sur la tête. C'est sain .

  • Par Alsacien - 03/09/2013 - 17:57 - Signaler un abus comparaison stupide...

    Avant l'entrée en guerre de la France, les Allemands n'étaient PAS (déjà) sur notre sol. Aujourd'hui, que l'on soutienne Bachar Al Assad où les rebelles à son régime, nous avons d'ors et déjà des millions de musulmans sur notre sol. Et certains d'entres eux prendront ombrage de l'intervention, dans un sens où dans l'autre, et quand on vois qu'on (l'état) et déjà incapable de faire respecter la loi à Trappes, Marseille, Roubaix (etc) où 200 à 300 "d'jeunes" (délinquants extra européen souvent musulmans) peuvent faire des millions de dégâts en deux jours... Traitons nos cités avant la Syrie ce sera mieux.

  • Par Nana de la falaise - 04/09/2013 - 08:35 - Signaler un abus Intox

    Le rapprochement des évènements de Syrie avec la seconde guerre mondiale ("vous avez été bien contents que les Américains viennent vous aider", "qu'auriez-vous fait en 39/40") auquel on assiste sans cesse ces jours-ci, c'est de la propagande, ré-qualifiée de pédagogie. Marrant de découvrir un tel amour des USA dans le pays ou ils sont le plus détestés, entre marxistes, gaullistes et souverainistes. Marrant aussi l'attitude l'attitude belliqueuse de ceux qui laissent leur propre pays et continent envahir massivement par des populations exogènes à la religion conquérante et hostile.

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