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L’été meurtrier ? Pourquoi les services de renseignements craignent des attentats cet été

Les services de renseignement américain ont demandé à plusieurs pays d'Europe et du Proche-Orient de renforcer les mesures de sécurité dans certains aéroports pour les vols à destination des États-Unis. Les occidentaux craignent tout particulièrement que le nouveau "Calife" Al-Baghdadi tente de se créer une légitimité en lançant son propre 11 septembre.

Aux aguets

Publié le - Mis à jour le 11 Juillet 2014
L’été meurtrier ? Pourquoi les services de renseignements craignent des attentats cet été

Les Etats-Unis craignent un attentat majeur cet été. Crédit Reuters

Atlantico : Les autorités américaines ont demandé à ce que les mesures de sécurité soient renforcées pour les vols internationaux à destinations des Etats-Unis dans plusieurs aéroports d’Europe et du Proche-Orient. Le risque d’attentats est-il effectivement plus important aujourd’hui que ces derniers mois ? Pourquoi ?

Fabrice Balanche : Le risque d’attentats est plus important, car avec l’insurrection de l’Etat islamique en Irak, le gouvernement de Maliki a appelé les Etats-Unis à la rescousse, qui ont envoyé des conseillers militaires et des drones pour l’aider. Pour l’EIIL, c’est de nouveau une agression américaine, et il faut donc frapper les Etats-Unis en retour. Al-Baghdadi s’étant proclamé Calife, il a besoin d’une légitimité. Il se place en quelque sorte comme le successeur de Ben Laden, or on sait que ce dernier a acquis sa légitimités avec le 11 septembre.

Donc s’il veut être reconnu comme Calife et marginaliser le chef d’Al-Qaida, Al-Zawahiry, Al-Baghdadi doit tout faire pour s’ériger à un rang similaire à celui de Ben Laden.

Alain Chouet : Je reste un peu perplexe devant ce soudain alarmisme des autorités américaines qui prennent d’ailleurs soin de préciser qu’elles ne disposent d’aucun élément actuel ou immédiat corroborant une menace particulière.

Il semble en tout cas que l’appareil sécuritaire américain juge opportun de réveiller la vigilance de ses partenaires étrangers et de stimuler le zèle de ses propres structure de surveillance au moment où les Etats-Unis - qu’ils le veuillent ou non - se retrouvent en première ligne face au djihadisme en Afrique, en Afghanistan, au Levant et où la Maison Blanche infléchit sa politique étrangère dans le sens d’une connivence moins marquée avec les monarchies wahhabites et affiche certaines formes de rapprochement avec l’Egypte du Maréchal Sissi, l’Iran et le régime syrien.

Ce sont autant de signaux et d’options qui risquent effectivement de susciter des réactions violentes au sein de la galaxie des Frères musulmans, de leurs bras armés djihadistes et de leurs "bienfaiteurs privés" des monarchies du Golfe.

Des experts du renseignement américain ont agité la menace de l’artificier en chef d’Al-Qaïda, Ibrahim Al-Asiri, caché au Yémen (lire son portrait ici). Celui-ci serait à la manœuvre pour développer des explosifs indétectables. Cependant cette information n’est pas nouvelle, alors pourquoi cette réaction ? Quels intérêts le renseignement américain poursuit-il au travers de ses annonces ?

Fabrice Balanche : Quand on exige des mesures de sécurité supplémentaires dans les aéroports, il faut des justifications. Ibrahim Al-Asiri a une méthode assez particulière, consistant à sans cesse changer de type d’explosif. A cause de cela on ne peut pas détecter son nouvel explosif. Il avait par exemple piégé des cartouches d’imprimante, qui n’ont pas explosé, mais n’avaient pas été détectées au contrôle. Il avait même implanté un explosif dans un corps humain. Avec cet exemple, le but des Etats-Unis est de justifier ces mesures. D’autre part Obama a besoin de justifier auprès de son opinion publique une aide au gouvernement irakien, éventuellement un prolongement en Afghanistan, un surcroit de soutien militaire au Yémen…

Alain Chouet : Ibrahim el-Asiri est un artificier parmi d’autres dans la nébuleuse djihadiste et, s’il fait preuve d’une certaine technicité en matière d’explosifs, j’ai tout de même des doutes sérieux sur sa capacité à mettre au point des engins indétectables. J’observe au passage qu’aucun des attentats qu’il a préparés n’a à ce jour été couronné de succès. Les politiques et les médias occidentaux ont une fâcheuse tendance à considérer les attentats ratés comme des attentats réussis et à tenter de s’en prémunir au prix d’une inflation de mesures de précaution plus destinées à rassurer les opinions publiques qu’à fournir une réelle protection.

La progression de l’EIIL en Syrie et en Irak a-t-elle changé la donne ? Les djihadistes, s’ils se stabilisent durablement dans la région, seront-ils mieux à même de lancer des attaques terroristes à l’international ?

Fabrice Balanche : Oui, car ils sont proches de l’occident, et il est facile de passer par la Turquie. La frontière avec cette dernière est une véritable passoire. Pour m’être rendu sur place, je peux vous dire que les djihadistes se repèrent de loin, et circulent sans inquiétude dans les aéroports. Les maisons de convalescence sont remplies de djihadistes... Tout montre qu’ils peuvent gagner l’Europe très facilement.

Alain Chouet : Il ne faut pas exagérer la puissance et la stabilité de l’EIIL, même si ce mouvement est passé maître dans l’art de valoriser ses actions sur Internet et les réseaux sociaux. Ses succès sont d’abord dus au délabrement d’un pouvoir irakien qui a multiplié les erreurs et que personne, à commencer par son armée, ne veut plus soutenir. Cela dit, et si rien n’est fait pour rétablir l’ordre dans la région du nord de l’Irak et du nord-est de la Syrie, cette région peut fort bien devenir une "zone grise" hébergeant des bandes armées aux motivations diverses mais ayant en commun des appétits d’existence et de financement qu’elles chercheront à satisfaire en exerçant leur capacité de nuisance à l’échelon régional et international par le biais de la violence et du terrorisme. C’est sur ce modèle que les Talibans ont fonctionné de 1995 à 2001, que les Shebab fonctionnent en Somalie, Boko Haram au Nigéria et qu’essaye de fonctionner AQMI au Sahel.

Le conflit est bien réel aujourd’hui entre les groupes rattachés à Al-Qaïda, dirigé par Ayman al-Zaouahiri, et l’EIIL d'Abou Bakr Al-Baghdadi. Cette opposition pourrait-elle diminuer les velléités terroristes des islamistes, ou au contraire les inciter à se concurrencer dans une course à l’attentat ?

Fabrice Balanche : Al-Nosra et les autres groupes n’ont pas les moyens de mener des attentats sophistiqués. Ils ne peuvent qu’envoyer des gens mitrailler des écoles juives, et il leur sera difficile de mener des attaques sur des avions. Même Al-Nosra n’est pas structuré, son chef n’a qu’un commandement limité sur ses troupes, et celles-ci ont tendance à rejoindre l’Etat islamique. En revanche l’Etat islamique est structuré, il a des moyens, et il cherche à gagner en notoriété, en posant des bombes dans des avions, typiquement. Car c’est ce genre de communication qui va lui attirer du monde et des financements. Ces combattants savent qu’ils ne risquent pas une intervention militaire comme en Afghanistan, et que les Etats occidentaux et les pétromonarchies du Golfe sont divisés sur le sujet. Tous les services de renseignement vous diront qu’il faut laisser Assad en place, car il tenait son pays et les terroristes en étaient absents. Mais il n’est pas évident de changer de discours, Fabius persiste dans le sien. A ceci près que Barack Obama a tout de même déclaré il y a 15 jours sur CBS qu’il était illusoire de croire que l’opposition pourrait remplacer Assad. Mais l’Etat islamique voit bien qu’aucune action coordonnée ne sera menée contre lui, et qu’en cas d’attentat contre les Etats-Unis, ces derniers ne lanceront pas leurs troupes.

 
Commentaires

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  • Par Pourquoi-pas31 - 05/07/2014 - 10:24 - Signaler un abus Maintenant que nous avons un khalife,

    aurons nous des imams qui voudront devenir khalife la place du khalife ? Iz on goud par exemple ?

  • Par Marie-E - 05/07/2014 - 15:00 - Signaler un abus pourquoi

    ils en parlent mais tout simplement car les fous de ... vont le faire et qu'entre ceux qui se battent, ceux qui veulent aller se battre, ceux qui commencent à revenir, il va bien y en avoir un qui va passer à l'acte. Alors j'espère que les pays occidentaux sont prêts et là j'ai comme une inquiétude

  • Par hmrmon - 05/07/2014 - 21:06 - Signaler un abus Conflits actuels

    Indépendamment des causes religieuses, sociales, économiques ou autres de tous ces conflits, il y une dimension que l'on aborde jamais pour les expliquer en grande partie. Cette cause, c'est la démographie galopante de tous ces pays. Toutes ces myriades de jeunes hommes pauvres, bourrés de testostérone, non instruits, sans futur, à qui l'on donne le pouvoir d'un fusil, l'aventure, les femmes contraintes de céder, bref un pouvoir comme ils n'en ont jamais eu, ni même rêvé. Peu importe la cause qui leur donnera ce fusil!

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Fabrice Balanche

Fabrice Balanche est Visiting Fellow au Washington Institute et ancien directeur du Groupe de Recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l’Orient.

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Alain Chouet

Alain Chouet est un ancien officier de renseignement français.

Il a été chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE de 2000 à 2002.

Alain Chouet est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l’islam et le terrorisme. Son dernier livre, "Au coeur des services spéciaux : La menace islamiste : Fausses pistes et vrais dangers", est paru chez La Decouverte en 2011.

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