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Etat d’urgence : affichage politique sur la fermeté du gouvernement ou reconnaissance du fait que la sécurité même de l’Etat est menacée ?

L'état d'urgence a été décrété vendredi sur l'ensemble du territoire pour la première fois depuis la guerre d'Algérie.

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Etat d’urgence : affichage politique sur la fermeté du gouvernement ou reconnaissance du fait que la sécurité même de l’Etat est menacée ?

Dans le cadre de l'état d'urgence, certain monuments sont restés fermés ce samedi, comme la Tour Eiffel. Crédit Reuters

Atlantico : Le Président de la République a décrété l'Etat d’urgence vendredi 13 novembre. Cette mesure relève-t-elle davantage d'une démonstration de fermeté de la part du gouvernement, ou est-ce la reconnaissance du fait que la sécurité même de l’Etat est menacée ?

Alain Chouet : C'est en réalité un peu des deux. Le fait de décréter l'état d'urgence ouvre de nombreuses possibilités sur le plan juridique aux pouvoirs publics. Perquisitions, manifestations restreintes… Il a à la fois l'avantage de rassurer un public légitimement ému, et de renforcer les moyens de l'efficacité des forces de l'ordre.

Mais nous sommes quand même loin de l'étape qui suit l'état d'urgence qu'est l'instauration de la loi martiale. Nous n'avons pas en face de nous une armée conventionnelle, mais composée de terroristes. Aucun filet n'aura les mailles suffisamment fines pour empêcher des groupes de deux, trois, quatre personnes de passer à l'action.

Dans le Pacte international relatif aux droits civiques et politiques, il est écrit qu'un état d'urgence peut être mis en œuvre "dans le cas où un danger public exceptionnel menace l’existence de la nation". Concrètement, où la nation se trouve-t-elle menacée ? L'Etat peut-il toujours assurer la sécurité du territoire ? Où ne le peut-il pas ?

On ne peut pas dire que l'état n'a plus la main sur le territoire même si dans le même temps, l'ensemble du territoire est bel et bien menacé. Si on regarde les événements de Paris de manière froide, c'était une opération qui vue d'un œil professionnel n'est pas une opération très sophistiquée bien que dévastatrice. Au stade de France par exemple, les trois attentats-suicides ont été commis aux abords du stade, car ils n'ont pas pu passer les barrières de sécurité.

Pour autant, l'Etat, même s'il a demandé la fermeture des frontières, ne détient pas les forces vives suffisantes pour les contrôler réellement. C'est en ce sens que l'on peut dire que les frontières de la France sont compromises. D'autant que les terroristes trouveront toujours un moyen d'éviter un poste de contrôle.

Comme je le disais, tout est menacé sur le territoire, il n'y a pas d'endroit sanctuarisé. Le terroriste qui veut faire un maximum de victimes ira dans le métro, dans des manifestations publiques, des endroits par définitions difficiles à sécuriser car il n'est pas possible de mettre un gendarme derrière chaque individu.

Le plan multi-attentat mis en place vendredi soir, et qui consiste à "prévoir" tous les risques d'attaques est par essence illusoire. Il permet de mobiliser plus de forces, comment ce plan vigipirate renforcé pourrait-il surveiller toutes les gares, tous les bus, tous les supermarchés ? Les terroristes ont l'avantage de la surprise.

L'idée est quand même d'avoir un dispositif policier militaire de santé capable de faire face à plusieurs attaques en même temps. Oui l'Etat est menacé, la nation est menacée, les Français est menacée, et c'est ce qui est censé répondre.

L'idéologie, la stratégie de l'EI c'est de faire un maximum de morts. Tout est visé, il n'y a pas d'endroit plus sûr que d'autres. 

 
Commentaires

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  • Par borissm - 15/11/2015 - 10:27 - Signaler un abus Nous sommes trop restés passifs

    et d'ailleurs comment ne pas l'être puisque l'ensemble de notre classe politique -- à quelques notables exceptions près -- ont passé leur temps à nier l'existence même du problème. Maintenant il nous faut attaquer, leur faire la guerre, c'est la seule réponse à apporter.

  • Par Gnaco - 15/11/2015 - 12:21 - Signaler un abus Hypocrites

    Nos hommes politiques se disent solidaires (entre-soi) pour condamner les islamistes. C'est normal, ils sont tous fautifs, et ainsi ils se couvrent. Ni un homme politique ni un journaliste de parlent de musulmans et parlent d'individus. Il faut fermer la majorité des mosquées où les imams ne parlant pas français, incitent au djihâd. Il faut mettre l'armée devant chaque immeuble dans les citée sensibles et virer Tobira. Le ministre de l'intérieur devrait démissionner, tellement il est ridicule. Il faut bloquer tous les avoirs du Quatar et des pays du Golf en France et prendre l'argent pour financer les aides aux réfugiés. Il est grand temps d'agir sérieusement. Toutes les mesures prises par nos Nulitées au pouvoir ne sont que de la com. totalement inutile.

  • Par jurgio - 15/11/2015 - 14:21 - Signaler un abus Je viens d'entendre un expert :

    On n'a pas vraiment à se protéger des intrusions. Les principaux terroristes sont déjà implantés sur notre sol. Les soi-disant revenus de Syrie sont en fait des recalés du djihad à cause d'une faiblesse psychologique, risquant de gêner les agissements de leur coreligionnaires. « Ceux de l'extérieur » se contentent de synchroniser les attentats qu'ils jugent possibles dans une France résolument béate. Quand on entende la maxime : cet événement nous a rendus plus forts, cela veut dire quoi ? Un mouton destiné à l'abattoir mais qui clame n'avoir pas peur du loup ?

  • Par C3H5.NO3.3 - 15/11/2015 - 15:16 - Signaler un abus Soyez patients

    Il faudra bien encore trois au quatre attentas de cette sorte pour qu'on bascule vraiment dans la guerre civile et que la période ouverte en 1945 soit close dans les livres d'histoire.

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Alain Chouet

Alain Chouet est un ancien officier de renseignement français.

Il a été chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE de 2000 à 2002.

Alain Chouet est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l’islam et le terrorisme. Son dernier livre, "Au coeur des services spéciaux : La menace islamiste : Fausses pistes et vrais dangers", est paru chez La Decouverte en 2011.

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