Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 25 Septembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

L’Etat islamique moins dépendant qu’on le croit au pétrole

Les revenus annuels de l'EI sont évalués à 2,9 milliards de dollars, tirés pour l'essentiel de l'exploitation de ses ressources naturelles. Et le pétrole représente 38% de ses revenus. Le reste est tiré du pillage des villes conquises, du trafic de drogue et de l'esclavage.

Et en plus ils ont des idées…

Publié le - Mis à jour le 15 Septembre 2015
L’Etat islamique moins dépendant qu’on le croit au pétrole

Les raffineries situées en territoire conquis par l'EI ayant été bombardées, il ne peut vendre de l'essence et doit se contenter d'exporter des huiles non traitées. Crédit Reuters

Atlantico : Sur quels autres fonds l'Etat islamique vit-il ? L'organisation terroriste est-elle réellement dépendant du pétrole ?

Frédéric Encel : Le pétrole constitue en effet une source de financement importante pour l'Etat islamique (EI). Cela dit, n'exagérons rien. D'abord, environ 1 milliard de dollars, cela paraît considérable dans l'absolu mais pour un régime qui assume les prérogatives d'un Etat, avec notamment le paiement régulier de dizaines de milliers de fonctionnaires, ce n'est pas mirifique. D'autant moins qu'afin de conserver leur allégeance, les chefs de Daesh les paie fort bien !

J'ajoute que réparer des matériels, véhicules et infrastructures touchées par les aviations coalisées, a également un coût, tout comme les armes qu'ils essaient d'acheter en contrebande. Ensuite, il faut savoir de quel pétrole on parle. Les raffineries situées en territoire conquis par l'EI ayant été bombardées, il ne peut vendre de l'essence et doit se contenter d'exporter des huiles non traitées. Cela rapporte forcément moins. 

Les autres marchés sur lequel l'Etat islamique s'appuie, comme celui du marché noir des antiquités, sont soumis à de plus en plus de contrôles qui rendent le trafic plus difficile. L'Etat islamique ne cherchera-t-il pas à compenser en tirant d'avantage de revenu sur le pétrole ?

Je ne dirais pas que les barbares de l'EI sont totalement dépendants du pétrole, surtout avec un baril à seulement 50 dollars ! Après tout, sauf certains puits de la zone de Mossoul, les grandes zones pétrolifères du Moyen-Orient leur échappent. Ils ont obtenu des réserves considérables en pillant non seulement la banque centrale de Mossoul mais les malheureux chrétiens, yézidis et autres chiites qu'ils ont chassés ou réduits en esclavage. Par ailleurs, comme tous les idéologues fanatiques, les islamistes radicaux incarnent aussi des criminels de droit commun, rackettant et pressurant une partie de leur propre population, se livrant à des trafics de drogue, de cigarettes, de vestiges archéologiques, voire d'êtres humains. Sans ressources abondantes, sans infrastructures modernes pour extraire les huiles, les raffiner et les acheminer, l'exercice a vite trouvé ses limites. Si encore l'EI avait un accès à la mer... Mais il n'en possède pas un seul à ce jour.

Qu'est ce qui rend son exportation difficile ? Quelles sont les limites qui freinent le développement du pétrole par l'Etat islamique ? Dans quelle mesure l'accès à la mer est-il un enjeu de conquête territoriale ? Les occidentaux préparent-t-ils suffisamment la protection de ces endroits géographiquement stratégiques ?

Justement, leur frein, c'est surtout la géographie qui, comme l'avait dit voilà déjà fort longtemps mon maître en géopolitique Yves Lacoste, "sert d'abord à faire la guerre". Regardez une carte. A l'est du pseudo califat : l'Iran hostile et les montagnes tenues par les combattants kurdes. Au sud, l'Arabie saoudite septentrionale désertique et ultra protégée par les Occidentaux, ainsi que la zone menant à la mer (Bassorah) mais tenue solidement par les ennemis chiites. A l'ouest, la Jordanie orientale totalement désertique aussi et de toute façon sous protection américaine et israélienne, et l'ouest syrien encore tenu par Assad, y compris bien sûr la fenêtre maritime sur la Méditerranée. Et dans tous les cas, depuis les airs dégagés de tout missile antiaérien, la coalition qui frappe régulièrement des cibles de Daesh... Dans ces conditions, il sera extrêmement difficile à cette entité terroriste d'exporter quoi que ce soit en grande quantité. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par zouk - 03/09/2015 - 10:41 - Signaler un abus Etat islamiste

    Vous êtes bien optimiste, mon cher Encel, imaginez vous un instant que nous laissions les état de le péninsule arabique gouter le paradis de l'Etat islamiste? Volens, nolens, nous avons encore besoin de leur pétrole, en attendant que nous nous décidions à chercher si nous avons du petrolel/gaz de schiste ou d'autres gisements exploitables dans l'extrème nord. Nous = tous les pays occidentaux.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Frédéric Encel

Frédéric Encel est professeur de relations internationales à la Paris School of Business et maître de conférences à Sciences-Po Paris. Il a notamment publié Petites leçons de diplomatie, parus aux éditions Autrement, De quelques idées reçues sur le monde contemporain ainsi qu'un Atlas de la géopolitique d'Israël, parus aux éditions Autrement. Il a assuré la chronique internationale quotidienne de France Inter en 2013-2014. Il est l'auteur de Géopolitique du printemps arabe (septembre 2014, PUF).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€