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L’Etat islamique génocidaire contre les Chrétiens, les Yézidis et les Chiites : John Kerry annonce-t-il sans le dire un plus grand interventionnisme américain ?

En qualifiant les crimes de l'Etat islamique de "génocides", les Etats-Unis cherchent à rappeler au monde entier qui est l'ennemi prioritaire et opère ainsi une graduation dans les cibles à frapper en Syrie. Néanmoins, du fait des élections présidentielles américaines, il est peu probable que l'administration d'Obama intensifie les frappes contre Daech.

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L’Etat islamique génocidaire contre les Chrétiens, les Yézidis et les Chiites : John Kerry annonce-t-il sans le dire un plus grand interventionnisme américain ?

Une femme yézidie ayant trouvé refuge dans une maison abandonnée, en Irak. Crédit Reuters

Atlantico : Les Etats-Unis, par la voix du secrétaire d’Etat John Kerry, ont déclaré jeudi 17 mars que les massacres perpétrés par le groupe Etat islamique contre les minorités chrétienne, yézidie et chiite étaient des génocides. Pourquoi cette qualification des actes commis par l’EI intervient-elle à ce moment précis et à quels motifs répond cette prise de position des Etats-Unis ?

Alain Rodier : Cela intervient au début des négociations de Genève accompagnées du retrait "partiel" des forces russes de Syrie. Il s'agit de rappeler au monde entier quel est l'ennemi principal laissant un peu de côté le Front Al-Nosra, le bras armé d'Al-Qaida "canal historique".

Il est vrai que ce mouvement, malgré tous les crimes qu'il a commis (11 septembre 2001, Madrid 2004, Londres 2005, Charlie Hebdo 2015 pour les plus connus), n'est pas accusé de génocide mais de meurtres de masse.

Il semble donc que Washington tient à établir une "graduation" dans les ennemis à frapper en Syrie. Pour mémoire, les Russes ont beaucoup plus tapé sur le Front Al-Nosra obligeant même les groupes parallèles à se définir par rapport à ce dernier (soit vous êtes avec, et vous êtes bombardés, soit vous êtes indépendants et nous vous épargnons).

Le mot d'ordre est désormais clairement "tous contre Daech". C'est peut-être un discret rappel à l'ordre des gouvernants qui laissent encore passer des soutiens, particulièrement financiers, vers cette organisation. Si des preuves sont trouvées, des individus, des organisations ou même des gouvernants pourraient être accusés de complicité.  

A l’instar du mot "terrorisme", la définition du "génocide" pose problème et est parfois contestée pour des raisons politiques. En quoi les massacres commis par l’EI s’apparentent-ils véritablement à un (ou des) génocide(s) ? 

Un "génocide" est le massacre d'une communauté dans son ensemble pour des raisons politiques, ethniques, religieuses ou autres. L'exemple de l'extermination des Juifs par les Nazis est le plus parlant.

En ce qui concerne Daech, les Chrétiens et les Juifs ne font pas l'objet d'une "volonté de génocide" sur le plan strictement juridique. En effet, en tant que membres du "Livre" (le Coran), Daech a l'immense bonté de les laisser vivre s'ils payent une taxe spéciale ou, mieux encore, s'ils se convertissent à l'islam. Il faut toutefois remarquer que quelques "savants de la foi" de Daech contestent cette vision des choses en disant que les textes y faisant référence ont été promulgués alors que l'islam était encore "faible" et qu'il devait donc composer avec les Juifs et les Chrétiens. Pour ces "savants de la foi", cela ne serait plus valable aujourd'hui...

Par contre, il est certain que TOUS les autres, Yézidis, Chiites, athées, Bouddhistes, etc. sont voués à l'extermination ou, au mieux, à l'esclavage.

Plus globalement, si l'on reprend les discours de Daech, leurs ennemis sont tous ceux qui n'adhèrent pas à la vision salafiste-djihadiste de l'islam.   

Cette gradation dans la qualification des crimes de l’EI laisse-t-elle entrevoir une intensification des actions américaines contre le groupe terroriste ? Sous quelle forme ?  

Je ne pense pas que le président Obama va intensifier considérablement la guerre contre Daech alors que les Etats-Unis sont en pleine campagne électorale. Son objectif est surtout intérieur : faire gagner les Démocrates. Je me risque à un pronostic : sauf accident, Mme Clinton devrait parvenir à la fonction suprême. Ce sera ensuite à elle de définir la suite des évènements. Sachant qu'elle est une néocon non assumée officiellement (il y en a beaucoup dans le camp démocrate même s'ils sont surtout présents chez les Républicains), ce ne sera qu'à partir de son investiture que les choses pourraient considérablement bouger. Même si ce sont les Républicains qui l'emportent, ce sera la même chose.

Sur le plan international, on va certainement reparler de traîner en justice les responsables du Groupe Etat Islamique (GEI) sous l'inculpation de génocide, de crimes contre l'Humanité et de crimes de guerre. Ils le méritent bien poussant l'horreur de leurs assassinats médiatisés jusqu'à l'extrême : décapitations, noyades, fusillades, etc. Ils ont même systématiquement cherché à innover dans les procédés pour assassiner leurs prochains, certes pour impressionner leurs multiples adversaires mais aussi par jouissance des exécutants. Il suffit de voir leurs sourires quand ils commettent les pires abominations allant jusqu'à faire exécuter des malheureux par de jeunes enfants. A ce propos, il convient de souligner qu'ils sont en totale contradiction avec les textes sacrés auxquels ils font doctement référence en permanence. En effet, les enfants non pubères ne doivent pas être engagés dans les combats et ne peuvent donc pas l'être dans des exécutions.

Cela dit, je ne pense pas que cela impressionne vraiment les différents responsables de Daech qui préfèreront mourir en martyrs que de se rendre. Si par miracle, ils sont pris vivants et traduits devant un tribunal international, ils essayeront de s'en servir comme "tribune" pour encourager au Djihad. 

Propos recueillis par Emilia Capitaine

 
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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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