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L'Etat islamique en Irak, c'est fini : oui, mais ailleurs ?

Le gouvernement irakien vient de déclarer la fin de l'Etat Islamique dans la ville de Mossoul, au nord du pays "leur état fictif vient de tomber". Si certains combattants restent encore actifs dans certains quartiers, le symbole de la reprise de la Grande Mosquée Al Nuri semble indiquer la défaite de l'Etat Islamique.

Encore et encore

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Quant au proto-Etat islamique, il n’a pas encore cessé d’exister. Daech tient la vallée de l’Euphrate de Ana al-Jedid à l’est (à l'ouest de Bagdad) jusqu’à la frontière syrienne (al-Qaim) puis en Syrie jusqu’à Raqqa(1) en passant par Deir Ez-Zor(2).

En Irak, les peshmergas ne s’aventureront pas jusqu'à l'Euphrate d’autant qu’ils ont prévu un référendum le 25 septembre concernant l'indépendance éventuelle du Kurdistan irakien (à la grande fureur de Bagdad et d’Ankara et sans le soutien des Américains - pour Téhéran, cela reste plus indécis pour l’instant -).

1. La partie nord de la ville serait encerclée par les Forces Démocratiques Syriennes qui ont progressé plus rapidement que prévu.

2. Où la garnison gouvernementale syrienne est assiégée depuis 2013.

 

Comment expliquer ce qui semble ressembler à une compétition dans la revendication de la victoire sur le terrain de Mossoul, entre gouvernement irakien et kurdes ?

Trois forces vont se disputer la prise de Mossoul : le pouvoir légal de Bagdad, les Kurdes et les milices chiites fidèles à Téhéran. Le problème est : qui va gérer la suite et surtout, la gestion des populations locales majoritairement sunnites?

Quoiqu’on en dise, une grande partie de cette population avait accueilli Daech en « libérateur » de ce qui était considéré comme le « joug chiite de Bagdad ». Des reportages commencent à montrer des scènes de pactisation entre civils, militaires et miliciens mais cela ne reste du domaine de la propagande. Bien sûr, au départ, les civils vont être obligés de coopérer car c’est leur survie même qui en dépend, mais après ?

Il n'est pas impossible qu'il y ait même des accrochages entre les Kurdes et l'armée irakienne. Quant aux milices chiites, elles sont hors contrôle, sauf pour une partie d'entre elles placée sous la houlette de Téhéran.

Dans quelle mesure la défaite de l'Etat Islamique en Irak pourrait elle changer le cours des choses, notamment sur les alliances qui se sont formées "contre" l'Etat Islamique en Irak ?

Je persiste à penser que l’on va assister à un éclatement de l’Irak et de la Syrie avec des autorités locales (des chefs de guerre) qui géreront la situation comme elles le pourront. Peu importe comment cela sera appelé pour sauver les apparences (« fédéralisme » ?) car toutes les capitales refusent officiellement cet éclatement qui atteint le sacro-saint principe « intangibilité des frontières », mais les intérêts des différentes parties sont trop divergents pour espérer parvenir à les réconcilier à moyen ou long terme.

Les différentes coalitions peuvent aussi se déliter surtout que l’Arabie saoudite traverse aujourd’hui une crise majeure (intérieure et extérieure). L’évolution de ce qui se passe avec le Qatar et au Yémen peut mettre en péril la dynastie des Saoud où une révolution de palais est en cours. Il est fort à parier que la situation sur le front syro-irakien n’est plus sa priorité. Quant à la Turquie, le président Erdogan peut tout d’un coup décider un « demi-tour » dont il a le secret sachant que son seul souci est de ne pas voir la création d’Etat kurde - que ce soit en Syrie ou en Irak) à sa frontière sud. Des rumeurs de plus en plus insistantes font état d'une invasion de la province d'Efrin (au nord-ouest de la Syrie) qui est tenue par le YPG (Kurdes syriens proches du PKK).

 
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  • Par valencia77 - 30/06/2017 - 14:10 - Signaler un abus pourquoi se preocupper du moyen orient

    petrole myrrh et encens? La Russie a assez de petrole pour que l'occident ait assez de temps pour se convertir a l'energie solaire avec les photovoltaic chinois, le gaz de schiste en France, et le nucleaire. une solution des problemes du moyen orient serait l'extermination systematique de tout les precheurs de l'islam.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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