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L'état des fiches S avant Charlie Hebdo ? "Accablant"

Paul-Louis Voger a fait toute sa carrière dans les «services» du ministère de l’Intérieur. Recruté dans les années 1980 au contre- espionnage de la DST (il a même été agent double pour contrer la pénétration de la police française par le KGB), il en dévoile les méthodes, parfois à la limite de la légalité : interrogatoires, visites de domiciles, écoutes, recrutement d’indics, examen de fadettes, manipulation de sources humaines… Extrait de "Je ne pouvais rien dire Contre-espionnage, antiterrorisme : un ancien espion raconte" de Paul-Louis Voger, publié aux éditions de l'Archipel (2/2)

Bonnes feuilles

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L'état des fiches S avant Charlie Hebdo ? "Accablant"

« Mais que fait la police ? », se demandent les citoyens quand ils apprennent que, depuis Merah, nombre de terroristes n’étaient pas surveillés alors qu’ils étaient fichés S ? En réalité, la vérité sur ces fameuses fiches est, au moment de Charlie, peu reluisante. Les hautes hiérarchies courent dans les couloirs de Beauvau et des Saussaies comme « des canards à la tête coupée » dans la basse-cour, à la recherche de certitudes, s’accrochant au secret espoir que la vague Charlie ne va pas s’accélérer comme celle de 1995.

Le ministre Cazeneuve et les hauts responsables de la DGSI et du SCRT ont donc jugé urgent de toiletter ce fichier géré par la sousdirection de la police technique, basée à Écully. Le patron du SCRT, où je fi nis ma carrière, me demande de mettre à jour les fiches S du RT. Alors, comme au bon vieux temps des soupentes de la rue d’Argenson (ex-locaux de la DST) et des « docs » de contre-espionnage approfondies, je m’investis et, durant dix jours, épluche chaque fiche, de 8 heures à 21 heures. Heureusement, la chef du FPR1 m’a communiqué un tableau Excel du fichier, ce qui facilite la tâche.

Mon constat est assez accablant : le défaut de connaissance est important. Seules 110 fiches S avaient été émises par les Sdig entre 2008 (disparition des RG) et 2014. Si 110 fiches restaient d’actualité, dont 53 sur l’islamisme radical, les profils étaient flous, les informations parfois anciennes : individus décédés, expulsés, repartis au pays ! Certaines fiches étaient parfois des doublons de celles de la DGSI, mais avec des consignes de contrôle diff érentes : « discret », recommande le RT ; « spécifique-approfondi », pour la DGSI. Mettezvous à la place du gendarme de l’autoroute qui contrôle le break d’un islamiste pour excès de vitesse et qui doit rendre compte ! Pour peu que le même individu ait deux fiches au FPR (une S et une J1 ), je laisse imaginer l’embarras du contrôleur et le risque évident que les deux services concernés par le S et le J ne se coordonnent pas. Des dizaines d’autres fiches concernent l’ultra-gauche et l’ultra-droite violente. Dans le même temps, le patron et le chef de division me demandent de mettre en place une méthode administrative mais assez opérationnelle entre les services départementaux et la centrale pour consigner les nouveaux cas djihadistes les plus dangereux, que l’on baptise « S16 ».

Sur la période concernée, janvier-février et jusqu’en mai 2015, j’ai traité dans mon bureau douillet du site Beauvau-Cambacérès plus de 200 nouveaux cas de radicalisation présumée. Parfois, le doute me saisit. Je contacte le chef du RT local, souvent perdu entre les visites ministérielles, son préfet qui met la pression, et les bandes des quartiers. Il me faut entre quinze minutes et une heure par dossier. J’évite des inscriptions loufoques de gestionnaires de kebab de plus de cinquante ans, mêlés dans les notes qui arrivent à Paris à d’autres cas qui relèvent plutôt d’une HSCRE2 . Je tombe aussi sur une Turque qu’un agent de préfecture a signalée comme « radicale » lors du renouvellement de sa carte de séjour. Vérifi cation faite, cette femme non voilée est en fait membre du Front révolutionnaire de libération du peuple turc, d’extrême gauche.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 24/02/2018 - 13:46 - Signaler un abus Mais quel benêt!

    Il évite de reporter des « patrons de kebabs de plus de cinquante ans et une extrême-gauchiste turque »...comme si ces deux catégories ne pouvaient pas devenir de dangereux terroristes...on se demande bien pourquoi? Et si le patron de kebabs était un commanditaire important, caché derrière son comptoir?...et si la faschiste rouge ne dissimulait pas une future bombe humaine?....quand on connaît la violence des fascistes rouges’, sur le terrain de leurs exploits anti-démocratiques, on imagine que cette faschiste rouge peut dériver vers l’extremeisme abject, n’importe quand! Pour le reste, on comprend le bordel qu’ont mis les gauchistes dans les RG Français, qui fonctionnaient bien avant gauchisme à tous les étages. Pourquoi ne pas revenir à cette formule unifiée, qui avait fait ses preuves?...cela reviendrait à la gauche d’avouer son incompétence, excepté pour observer ses adversaires politiques, et elle est trop fière pour cela...trop fière, et trop conne!

  • Par Atlante13 - 25/02/2018 - 09:46 - Signaler un abus Foutoir immonde,

    politiciens et fonctionnaires irresponsables, personne n'est jamais sanctionné. Par contre, ayez le malheur d'oublier de payer une contravention robotique et vous voila en prison.

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Paul-Louis Voger

Paul-Louis Voger est le pseudonyme d’un membre de la DGSI, l'ex-DST, qui vient de quitter le service. Cet officier du renseignement a passé 32 années au contre-espionnage.

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