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Et si la vraie inspiration de la com de l’Etat islamique était à rechercher du côté des cartels mexicains ?

Les vidéos des djihadistes de l'Etat islamique sont d'une rare violence, tout en faisant preuve d'une certaine "recherche marketing" pour attirer de plus en plus de recrues et terroriser l'adversaire. Une stratégie déjà mise en œuvre par les cartels mexicains

Modèle mexicain

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Et si la vraie inspiration de la com de l’Etat islamique était à rechercher du côté des cartels mexicains ?

Atlantico : Bien que les objectifs de Daesh et des cartels mexicains ne soient pas les mêmes, quelles similitudes peut-on trouver dans leur stratégie ? 

Alain Rodier : Il est tout à fait vrai que les abominations de Daech ressemblent à celles commises par les cartels mexicains et par des gangs latino-américains (les Maras). Toutes les guerres, particulièrement civiles, ont généré des horreurs. La particularité de celles qui ont lieu au Mexique (où se déroule une véritable guerre civile depuis plus de sept ans avec 70 000 morts et 30 000 disparus) et sur le théâtre syro-irakien est que nombre d'assassinats sont largement médiatisés volontairement par ceux qui les perpètrent.

Les buts sont clairs: terroriser l'adversaire et les populations pour que ces dernières se soumettent sans rechigner.

Comment expliquer cette porosité entre l'Etat islamique et les cartels mexicains ? Peut-on affirmer que l'EI s'est véritablement "inspiré" des méthodes des cartels ? 

L'idéologie de Daech est le salafisme-djihadisme, c'est-à-dire le retour à une vision de l'islam des origines.C'est d'abord dans cette interprétation du djihad qu'il faut trouver les motivations des responsables de l'Etat Islamique. A noter que, pour eux, le ramadan est bien le temps du jeune, de l'aumône et de la prière mais aussi celui de la guerre sainte. Nombre de suplices sont tirés des textes fondateurs (le Coran,les Hadiths et la biographie de Mahomet).

Les cartels mexicains n'ont fait qu'apporter quelques "plus techniques" dans l'horreur. Sans vouloir entrer dans les détails, les sicarios (tueurs) latino-américains vont parfois encore plus loin dans l'abjection. Pour comprendre ce que je dis, il suffit de faire quelques recherches photographiques sur le net. C'est vraisemblablement ce qu'on fait les activistes de Daech.

Dans les deux cas, cela semble être un "argument marketing" de poids, tant celle-ci est mise en avant dans la communication de l'EI et des cartels, quels sont les codes utilisés pour séduire via ce biais-là ? Comment les cartels et l'EI mettent-ils en avant l’ultra-violence pour attirer des recrues au sein de leurs organisations ?

Sur le plan philosophique, il y a deux visions de l'homme. La première prétend qu'il est "bon" au départ et qu'il se pervertit ensuite au contact de la société. La deuxième est que c'est un "prédateur" (il n'est alors pas question de morale, c'est pour cela que j'évite le mot "mauvais") que la société maîtrise.

Je penche pour cette deuxième vision. Quand la société qui entoure l'individu dérappe -comme c'est le cas avec l'Etat Islamique comme cela le fut du temps des nazis ou des staliniens et autres Khmers rouges-, les instincts de prédation reviennent naturellement à la surface. Daech propose aujourd'hui aux volontaires étrangers le droit de vie et de mort sur d'autres êtres humains, le droit de cuissage et de pillage. Ce sentiment de puissance est très attractif. Pour les cartels, c'est la même chose mais avec en plus beaucoup d'argent à gagner. Pour eux, mieux vaut vivre 5 ans comme un roi que 20 comme une brêle!

 
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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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