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Et le royaume de Danemark décida de rétablir ses frontières : le début de la fin pour Schengen et pour l’Europe ?

Le Danemark tout comme la Suède ont décidé de revenir au contrôle de leurs propres frontières. Ces démarches, qui peuvent se justifier à l'étude du contexte international, pose la question de la survie de Schengen.

Égoïsme mal placé ?

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Mais l'Europe a-t-elle les moyens d'y parvenir et veut-elle se donner les moyens de réussir ?

Jean-Louis Bourlanges : Le budget de l'Union européenne aujourd'hui est égal à 1% du PIB intérieur européen alors même que dans un pays comme la France, les dépenses publiques tangentent les 56%. La dépense publique européenne est donc sans commune mesure avec la dépense publique nationale.

Mais la question qui est posée c'est de savoir si les Européens sont solidaires les uns des autres ou non. Pour l'instant, le spectacle offert depuis quelques années est affligeant. Qu'il s'agisse de l'harmonisation des politiques économiques, de la politique Schengen, de la mise en œuvre d'un certain nombre de mesures de solidarité sociale ou encore de la mise en commun de moyens militaires d'intervention à l'extérieur de l'Union européenne, c'est l'égoïsme national qui triomphe. National ou même infranational.

Regardez un peu partout en Europe les mouvements de fragmentations identitaires et de revendication sécessionnistes qui agitent non seulement des Etats relativement récents comme la Belgique ou l'Italie mais aussi de vieilles nations historiques comme l'Espagne ou le Royaume-Uni qu'on croyait à l'épreuve de ces troubles.

Que gagnerait-on ou perdrait-on à faire "sauter" Schengen tel qu'il existe aujourd'hui ?

Christophe Bouillaud : La disparition de Schengen nous amènerait sans doute à une situation bien pire que celle d’avant 1985. En effet, la crainte du terrorisme islamique et celle de l’immigration – musulmane surtout – n’ont rien à voir avec les craintes en vigueur à l’époque. Le niveau de paranoïa des populations a sensiblement augmenté, et les moyens technologiques désormais à disposition (drones par exemple) laissent croire à tout le monde qu’on va réussir à s’isoler complètement du monde pourvu qu’on s’en donne les moyens. On va finir par imiter partout les frontières à l’israélienne. Les résistances à ce mouvement d’auto-enfermement viendront sans doute des travailleurs frontaliers et de leurs employeurs, et aussi du secteur touristique.

En tout cas, si les pays européens se laissent aller à cette pente où tout ce qui vient de l’étranger est synonyme de danger à écarter, la construction européenne sera en grand danger. On ne peut pas envisager par exemple une armée européenne, alors même que les pays censés la constituer se méfient à ce point les uns des autres… 

Peut-on parler, au regard de ces constats, d'une forme de désillusion voire de marche-arrière quant à la construction européenne ?

Christophe Bouillaud : La fin de Schengen, ou simplement sa suspension sine die, auraient un impact déplorable sur tout le projet européen. En effet, de l’avis général,  la zone Euro, si elle veut survivre, doit absolument se renforcer par un plus grand contrôle du centre européen sur les budgets nationaux. Il faut donc plus d’Europe. Si dans le même temps, la fin de facto sinon de jure de Schengen signifie qu’il n’y a plus aucun espoir d’intégration européenne plus poussé, comment faire ? Le cas de la Grèce est particulièrement emblématique. Depuis la reddition sans condition d’Alexis Tsipras le 13 juillet 2015, les finances de ce pays sont entièrement sous la coupe des autres pays de l’Eurozone et de la BCE. C’est une "colonie intérieure" de l’Union, ou tout au moins de l’Eurozone. Or, en raison de la crise des réfugiés du Moyen-Orient, c’est aussi le pays que les autres pays de l’espace Schengen menacent d’exclusion. Le citoyen grec risque donc fort de se trouver non seulement privé de tout droit réel sur le budget de l’Etat national dont il dépend, et avec en plus avec une interdiction de circuler librement dans l’Union européenne qui se trouve la cause de cette dépossession civique inédite. J’ai quelque doute que cette situation de relégation plaise longtemps aux Grecs. Elle serait en tout cas un symbole de l’incapacité des pays européens à dépasser leurs logiques nationales : les pays puissants n’aident pas vraiment les pays faibles, ils les dominent, on serait revenu au bon vieux XIXème siècle.

Sur un plan très général, pour l’instant, le Conseil européen reste dominé par des forces qui veulent préserver le "grand marché européen". Les accrocs au vivre-ensemble européen concernent plutôt la vie quotidienne des simples citoyens, comme avec la fin possible de l’espace Schengen que nous avons évoqué, mais ils épargnent les grands intérêts capitalistiques qui font l’Union européenne. On voit même des grands groupes qui continuent à s’européaniser, comme le groupe Bolloré en Italie. De fait, pour prendre le cas le plus avancé de déconstruction de l’Union européenne par un Etat membre, celui de la Hongrie, on notera que Viktor Orban s’est contenté de sur-taxer les grandes entreprises étrangères présentes en Hongrie, mais il ne les a pas toutes nationalisées ou confisquées sans indemnités au profit de quelques amis de la famille. La vraie ligne rouge à ne pas dépasser dans l’Union européenne – qui est avant tout une union des capitalistes de ce côté-ci de l’Atlantique -, c’est l’usage brutal du pouvoir gouvernemental acquis dans un pays pour défavoriser les intérêts capitalistes issus d’un autre pays au profit de ses propres amis capitalistes. En somme, pour l’instant, aucun pays européen ne joue à la manière de Vladimir Poutine face au capital étranger en Russie. Cela peut arriver, et, là, cela sera vraiment la fin de l’Europe telle que nous la connaissons. Mais, vu les intérêts en jeu, je doute que nous en arrivions là. 

Jean-Louis Bourlanges : Bien sûr que c'est un retour en arrière ! Nous avons gagné la Guerre Froide à la fin des années 80 parce que nous avons été solidaires face à la menace soviétique. Il faut se rappeler le discours de François Mitterrand à Bonn mais aussi l'attitude très ferme des Américains qui se sont engagés avec leurs fusées Pershing face au SS 20 soviétiques. Il faut se rappeler aussi le sacrifice du Deutschemark par les Allemands qui ont accepté d'immoler leur monnaie sur l'autel de l'Union. Rappelons-nous enfin l'ampleur des transferts financiers représentés par les fonds structurels allant parfois jusqu'à 5 à 6% du PIB des Etats concernés tels la Grèce.

Tout cela semble balayé, oublié, et nous voyons renaitre un peu partout des égoïsmes forcenés et selon moi des égoïsmes stupides. J'ai toujours pensé que la vraie devise de l'Europe c'était : égoïsme bien ordonné commence par les autres. L'idée européenne de base, c'est que vous ne défendez efficacement vos intérêts légitimes qu'à la condition d'assumer les intérêts légitimes des autres.

 
Commentaires

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  • Par matin de mai 2 - 05/01/2016 - 08:03 - Signaler un abus Politesse.

    Il en est de la moindre des politesse que de se présenter pour bénéficier de l'accueil d'un hôte. Qu'est ce qui défini mieux un lieu que ses limites? On peut toutefois étudier la légèreté et l'élégance de la procédure.

  • Par vangog - 05/01/2016 - 08:20 - Signaler un abus Le controle des frontières françaises, c'est ce que veut le FN!

    Étonnant de voir que le Danemark n'est pas traité de pays fasciste par la presse mainstream régurgitant la bouillie AFP...Les mentalités seraient-elles en train de changer en UE, sous l'influence des patriotes, ou, tout simplement, par l'absurdité des institutions et lois europeistes'?

  • Par Ganesha - 05/01/2016 - 09:05 - Signaler un abus Kalachnikovs

    Voici deux gentils et courageux messieurs qui essaient de se cacher derrière leur petit doigt ! Depuis plus d'une décennie, l'Europe a été gouvernée en dépit du bon sens, et nous nous trouvons aujourd'hui coincés au fond de l'impasse . Un certain nombre de lecteurs d'Atlantico ne l'ont pas encore compris, mais le fameux ''modèle économique allemand'' est désormais définitivement abandonné et remplacé par l'Assouplissement Quantitatif, qui est une nouvelle méthode, au moins aussi absurde et délirante ! En 2015, mme Merkel s'est offert le caprice d'acheter un million d'esclaves sur le marché turc, mais maintenant, elle se retrouve en pleine ''indigestion'' ! Alors, oui, les peuples d'Europe sont en train de se débarrasser de la classe de politicards corrompus qui ont collaboré à cette gabegie : il s'agit presque partout d'une association socialo-droite classique : la répugnante UMPS en France. Nos chroniqueurs semblent un peu paniqués : vont-ils, eux aussi y perdre quelques avantages ? Soyons rassurés au moins sur un point : les douaniers ne rechercheront pas tellement les bouteilles de pastis dans nos bagages, mais plutôt les kalachnikovs !

  • Par GP13 - 05/01/2016 - 10:12 - Signaler un abus A matin de mai 2

    Vous avez tout à fait raison. Quant à la légèreté et l'élégance de la procédure, comment ne pas penser aux portiques installés sur les autoroutes en vue de l'écotaxe. Devenus inutilisés, ces portiques pourraient être installés aux frontières et leurs caméras pourraient enregistrer très rapidement numéros d'immatriculation voire pièces d'identités, permettant d'éventuels contrôles ciblés ultérieurs.....

  • Par MIMINE 95 - 05/01/2016 - 10:30 - Signaler un abus Originaire du nord de la France

    J'ai vécu 25 ans dans une ville proche de la frontière belge, pays où je me rendais très souvent car j'y ai de la famille. Les mots.... "acte administratif...... compliqué par des heures d'attente "... "interminables" m'ont fait mourir de rire, j'ai passé maintes et maintes fois les frontières entre la France et la Belgique et je n'ai aucun souvenir de ces "Heures" d'attente interminables. Les seules attentes dont je me souviens était celles à la frontière espagnole lors des jours de grand départ en vacances , mais celle ci n'était pas plus longue que les files d'attentes actuelles à certain péage d'autoroute. Je me rends plusieurs fois par an à Yverdon les bains où réside un ami et je passe donc la frontière Suisse, ce passage ne me pose aucun problème et ne me dissuade en aucun cas d'aller prendre l'air à Yverdon. ,quand aux "guichets".....!!!!, ils n'existaient que pour les routiers ( et cela permettait d'éviter pas mal de trafic). Le péquin comme moi, confortablement installé à son volant, présente ses papiers à un fonctionnaire. Cela dure 15 secondes et basta. Malin, les anglais ont gardé leur frontière, celle du tunnel est à l'entrée de ce dernier.... coté français

  • Par Texas - 05/01/2016 - 10:37 - Signaler un abus Me Merkel..

    ... vient de signer son certificat de decès . Et ce ne sont pas les évènements d' agressions sexuelles par des illégaux la nuit de la St Sylvestre , en gare de Cologne , qui réanimeront ce cadavre .

  • Par MIMINE 95 - 05/01/2016 - 11:01 - Signaler un abus JE POURSUIS

    et l'on connait le résultat pour les villes proches de ce passage,c'est "la jungle" comme ils disent. Quand aux restrictions douanières, elles existent toujours, il suffit de taper "voyage à l'étranger et douane" pour obtenir les quantités d'alcool et de cigarettes à ne pas dépasser (la douane volante y veille), exactement comme autrefois...Quelques vérités ressortent quand même de cet article. Ainsi, le français qui croyait au conte de fées lyrique "l'Europe, c'est la paix" découvre qu'en fait "c'est une union des capitalistes" qui profite d'un "marché de 500 millions de consommateurs" zombies. Et oui," le spectacle de la solidarité européenne est affligeant", les grecs l'ont appris à leur dépens. Pour chaque pays, dans cet espace qui ressemble plus à la tour de Babel qu'aux jardins de Babylone, le but est de profiter au maximum des avantages de l'autre pour faire de l'argent en spéculant le plus possible sur la misère. Une fédération suppose que personne ne tire la couverture vers lui et que tous agissent dans l'intérêt commun, bel idéal, mais en Europe c'est mal "barré"...alors le jour où existera une diplomatie et une armée européenne, sans aucun doute tombera-t-il des ours

  • Par Melayome - 05/01/2016 - 12:05 - Signaler un abus Pourquoi ?

    Pourquoi personne n admet que sortir de l Europe serait bel et bien la meilleure des décision a prendre ?? De gaule et les " vrais communiste " de l époque nous avaient avertis de tout cela !! Qui maintenant a le droit d ouvrir ce débat sur nos TV ? A part l'UPR personne n en parle ... J ai 37 ans peut être bien jeune pour comprendre la géo politique mais la quand même faut pas abusé.. L état vend notre éducation nationale à Microsoft quand on voit le résultat aux USA c est affligeant, notre armée confisquee pour l'OTAN et les délires des états unis , bientot on donnera la cosserions aux usa de prendre notre gaz de schiste et on deviendra les africains d aujourd hui , on laisse les dérives capitalistes , et on laisse rentrer foule de migrant histoire de participer à la dévaluations des salaires .... Franchement la meilleure solution est de retrouver notre force nationale et souveraine et couper les têtes de tous ces traitres de politiciens mange merde laisser par les vrais pouvoirs ,les multinationales .. Au diable

  • Par Texas - 05/01/2016 - 13:00 - Signaler un abus @ Melayome

    Concernant le Programme d' Education aux Etats-Unis , vous êtes en retard d' un wagon . Mr Obama vient d' avoir l' aval du Congrès pour faire passer les " Common Core Standards " . Un Programme de formatage des élèves dans la plus pure des traditions Socialistes .

  • Par Texas - 05/01/2016 - 16:46 - Signaler un abus Avec un appui publicitaire...

    ...de Bill Gates pour ce Programme , c' est exact .

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Jean-Louis Bourlanges

Jean-Louis Bourlanges est ancien député européen et vice-président de l'Union pour la démocratie française (UDF). Il est aujourd'hui président du think tank l'Institut du centre.

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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