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Et le royaume de Danemark décida de rétablir ses frontières : le début de la fin pour Schengen et pour l’Europe ?

Le Danemark tout comme la Suède ont décidé de revenir au contrôle de leurs propres frontières. Ces démarches, qui peuvent se justifier à l'étude du contexte international, pose la question de la survie de Schengen.

Égoïsme mal placé ?

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Et le royaume de Danemark décida de rétablir ses frontières : le début de la fin pour Schengen et pour l’Europe ?

Atlantico : L'exemple du Danemark ou de la Suède qui ont décidé de rétablir leur contrôles aux frontières symbolise la volonté des Etats européens de se replier sur soi, à l'encontre de la construction de l'UE. Est-ce un problème ?

Jean-Louis Bourlanges : Il faut tout d'abord se méfier des mots, le Danemark ne ferme pas ses frontières. Il rétablit un contrôle à ses frontières. C'était la situation des Etats européens avant Schengen. Je ne vois pas en quoi le rétablissement de ces contrôles serait surprenant ou choquant. Nous sommes confrontés à la fois à des menaces terroristes et à des mouvements migratoires massifs et mal contrôlés. Et il est donc normal que les Etats qui ont des responsabilités politiques en la matière se donnent les moyens d'intensifier la surveillance et le contrôle de ces mouvements.

Ces contrôles ne présentent en aucun cas un caractère discriminatoire. Ils sont conformes à la législation Schengen puisque, dans leur sagesse, les Etats signataires ont prévu la possibilité, en cas de situation exceptionnelle, de rétablir ce type de contrôle

Au-delà d'une situation d'urgence, les Etats iront-ils vers une remise en cause générale de la libre circulation des personnes dans l'espace Schengen, voire dans l'union européenne? J'en serais surpris parce que les centaines de millions de franchissements frontaliers qui sont effectués annuellement ne peuvent donner lieu à une surveillance administrative efficace et de longue durée. Les populations concernées ne le supporteraient pas. Et l'efficacité ne serait sans doute pas au rendez-vous. La sécurité des citoyens européens ne passe pas par la surveillance systématique de populations non ciblées. C'est aussi sot que de partir à la pêche au requin en jetant des filets dormants qui attraperaient tout ce qui nage sans discrimination. Le rapport coût/avantage est nul. Nous avons besoin de contrôles sélectifs, de collectes d'informations policières et douanières, de transmission de renseignements entre les Etats, de surveillance et de démantèlement des filières. Tout ceci est à faire et semble actuellement très imparfait.  

Christophe Bouillaud : Il faut distinguer les décisions prises dans l’urgence et leur éventuelle pérennisation. Comme les juristes spécialistes de droit européen n’ont eu de cesse de l’expliquer depuis quelques mois, le rétablissement de contrôle aux frontières en cas de nécessité est tout à fait possible dans le cadre de l’Europe actuelle. Par contre, si ces mesures de contrôle étaient pérennisées sur des durées se comptant, non pas en mois mais en années, et si les dispositifs physiques (murs, barrières, guichets, etc.) destinés à rendre ces contrôles systématiques étaient développés afin de rendre tout passage sans contrôle impossible, on entrerait dans une phase nouvelle de la "construction de l’UE". Il faudrait d’ailleurs plutôt parler du début de la "déconstruction de l’UE".

En effet, l’abolition des contrôles aux frontières entre les pays européens de l’espace Schengen avait non seulement un aspect pratique évident pour les voyageurs, qu’ils soient touristes ou professionnels, mais aussi un aspect éminemment symbolique. Ne pas avoir à se soumettre à un contrôle frontalier signifiait clairement pour les ressortissants de l’espace Schengen qu’on se déplaçait au sein d’une même réalité politique : l’Europe. Du moment où tout franchissement de frontière redevient un acte administratif, éventuellement compliqué par des heures d’attente, l’Europe concrète n’existe plus guère. 

Quel bilan faire de Schengen ? Quels en sont les apports symboliques, mais aussi concrets ?

Christophe Bouillaud : Tout d’abord, il faudrait pouvoir faire l’addition du nombre d’heures d’attente aux guichets des douanes, épargnées à des millions de gens chaque année grâce à cet espace Schengen si décrié désormais. J’espère que cela ne deviendra pas un souvenir que de pouvoir passer la journée de l’autre côté du Rhin quand on est alsacien ou de l’autre côté des Alpes quand on est savoyard. La facilité des rapports transfrontaliers ne doit pas être considérée comme un acquis mineur. Il suffit de connaître ou d’avoir connu une frontière où l’attente est interminable et où les douaniers se la jouent et font preuve d’arbitraire en fouillant vos affaires pour comprendre le bénéfice pratique d’une frontière ouverte. C’est là une grande liberté dont les Européens ont profité et dont il faut espérer qu’ils continuent à profiter.

Par ailleurs, il faut comprendre que, si le but est d’avoir un grand marché économique de 500 millions d’habitants, il est impossible de le faire prospérer sans avoir le maximum de circulation en son sein. Concrètement, si le consommateur peut bouger facilement d’un pays à un autre, sans passer des heures et des heures à attendre à la frontière dans un sens, puis dans l’autre, il peut aller voir les prix des produits de l’autre côté de la frontière, et il peut faire des arbitrages. Un grand marché européen, si l’on veut qu’il soit efficace par sa taille et la diversité des produits et services offerts, doit être ouvert à ces comparaisons de consommateurs. Ces comparaisons vont unifier à terme les prix et les qualités des produits et services au profit du plus grand nombre.

Jean-Louis Bourlanges : Quels étaient les objectifs initiaux ? Ils étaient policiers. Schengen a été très mal perçu par les défenseurs des droits fondamentaux qui y voyaient une Europe des polices, mise en place sans vrai contrôle judiciaire ni parlementaire. On en est bien revenu aujourd'hui puisque Schengen est le symbole de tous les laxismes dans l'opinion.

Sur ce plan-là, le bilan est médiocre. Le système d'informations Schengen n'a jamais très bien marché. C'est ainsi que l'agence Frontex n'a pas accès aux informations du système, ce qui est un comble ! Les Etats périphériques de l'Union, notamment la Grèce, sont souvent dotés de faibles moyens administratifs, ceci est une litote, et ne sont pas en mesure de faire réellement le travail. Et on se garde bien de les y aider.  

Sur la base d'un tel constat, les priorités sont évidentes, il faut renforcer Frontex et Schengen. Il faut renforcer et développer aux frontières extérieures de l'Union européenne, ou en tout cas de la zone Schengen, les effectifs, les moyens administratifs, les équipements et les technologies qui permettent d'assurer un contrôle effectif sur les entrées dans la zone européenne.

Il est clair que c'est un pas supplémentaire vers un traitement fédéral du problème. Je ne suis donc pas étonné sur ce plan que le Front national y soit profondément hostile. Depuis le début de cette crise, j'observe que le FN est moins préoccupé par la sécurité des personnes que par le démantèlement des solidarités européennes.

La suppression des contrôles frontaliers dans l'espace Schengen n'était que la contrepartie de cette intensification proclamée et insuffisamment mise en œuvre de la surveillance aux frontières extérieures de la zone schengen. Il faut ici agir pragmatiquement. En période de tensions migratoires et sécuritaires, il n'est pas absurde de la part des Etats de renforcer à court terme la surveillance de leurs propres frontières. A long terme toutefois, je serai surpris que les 400 millions d'Européens se soumettent indéfiniment à des procédures tracassières et tatillonnent chaque fois qu'ils veulent franchir une frontière. Le temps où les touristes français suaient à grosses gouttes pour passer une bouteille d'anisette à la frontière espagnole parait définitivement révolu.

 
Commentaires

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  • Par matin de mai 2 - 05/01/2016 - 08:03 - Signaler un abus Politesse.

    Il en est de la moindre des politesse que de se présenter pour bénéficier de l'accueil d'un hôte. Qu'est ce qui défini mieux un lieu que ses limites? On peut toutefois étudier la légèreté et l'élégance de la procédure.

  • Par vangog - 05/01/2016 - 08:20 - Signaler un abus Le controle des frontières françaises, c'est ce que veut le FN!

    Étonnant de voir que le Danemark n'est pas traité de pays fasciste par la presse mainstream régurgitant la bouillie AFP...Les mentalités seraient-elles en train de changer en UE, sous l'influence des patriotes, ou, tout simplement, par l'absurdité des institutions et lois europeistes'?

  • Par Ganesha - 05/01/2016 - 09:05 - Signaler un abus Kalachnikovs

    Voici deux gentils et courageux messieurs qui essaient de se cacher derrière leur petit doigt ! Depuis plus d'une décennie, l'Europe a été gouvernée en dépit du bon sens, et nous nous trouvons aujourd'hui coincés au fond de l'impasse . Un certain nombre de lecteurs d'Atlantico ne l'ont pas encore compris, mais le fameux ''modèle économique allemand'' est désormais définitivement abandonné et remplacé par l'Assouplissement Quantitatif, qui est une nouvelle méthode, au moins aussi absurde et délirante ! En 2015, mme Merkel s'est offert le caprice d'acheter un million d'esclaves sur le marché turc, mais maintenant, elle se retrouve en pleine ''indigestion'' ! Alors, oui, les peuples d'Europe sont en train de se débarrasser de la classe de politicards corrompus qui ont collaboré à cette gabegie : il s'agit presque partout d'une association socialo-droite classique : la répugnante UMPS en France. Nos chroniqueurs semblent un peu paniqués : vont-ils, eux aussi y perdre quelques avantages ? Soyons rassurés au moins sur un point : les douaniers ne rechercheront pas tellement les bouteilles de pastis dans nos bagages, mais plutôt les kalachnikovs !

  • Par GP13 - 05/01/2016 - 10:12 - Signaler un abus A matin de mai 2

    Vous avez tout à fait raison. Quant à la légèreté et l'élégance de la procédure, comment ne pas penser aux portiques installés sur les autoroutes en vue de l'écotaxe. Devenus inutilisés, ces portiques pourraient être installés aux frontières et leurs caméras pourraient enregistrer très rapidement numéros d'immatriculation voire pièces d'identités, permettant d'éventuels contrôles ciblés ultérieurs.....

  • Par MIMINE 95 - 05/01/2016 - 10:30 - Signaler un abus Originaire du nord de la France

    J'ai vécu 25 ans dans une ville proche de la frontière belge, pays où je me rendais très souvent car j'y ai de la famille. Les mots.... "acte administratif...... compliqué par des heures d'attente "... "interminables" m'ont fait mourir de rire, j'ai passé maintes et maintes fois les frontières entre la France et la Belgique et je n'ai aucun souvenir de ces "Heures" d'attente interminables. Les seules attentes dont je me souviens était celles à la frontière espagnole lors des jours de grand départ en vacances , mais celle ci n'était pas plus longue que les files d'attentes actuelles à certain péage d'autoroute. Je me rends plusieurs fois par an à Yverdon les bains où réside un ami et je passe donc la frontière Suisse, ce passage ne me pose aucun problème et ne me dissuade en aucun cas d'aller prendre l'air à Yverdon. ,quand aux "guichets".....!!!!, ils n'existaient que pour les routiers ( et cela permettait d'éviter pas mal de trafic). Le péquin comme moi, confortablement installé à son volant, présente ses papiers à un fonctionnaire. Cela dure 15 secondes et basta. Malin, les anglais ont gardé leur frontière, celle du tunnel est à l'entrée de ce dernier.... coté français

  • Par Texas - 05/01/2016 - 10:37 - Signaler un abus Me Merkel..

    ... vient de signer son certificat de decès . Et ce ne sont pas les évènements d' agressions sexuelles par des illégaux la nuit de la St Sylvestre , en gare de Cologne , qui réanimeront ce cadavre .

  • Par MIMINE 95 - 05/01/2016 - 11:01 - Signaler un abus JE POURSUIS

    et l'on connait le résultat pour les villes proches de ce passage,c'est "la jungle" comme ils disent. Quand aux restrictions douanières, elles existent toujours, il suffit de taper "voyage à l'étranger et douane" pour obtenir les quantités d'alcool et de cigarettes à ne pas dépasser (la douane volante y veille), exactement comme autrefois...Quelques vérités ressortent quand même de cet article. Ainsi, le français qui croyait au conte de fées lyrique "l'Europe, c'est la paix" découvre qu'en fait "c'est une union des capitalistes" qui profite d'un "marché de 500 millions de consommateurs" zombies. Et oui," le spectacle de la solidarité européenne est affligeant", les grecs l'ont appris à leur dépens. Pour chaque pays, dans cet espace qui ressemble plus à la tour de Babel qu'aux jardins de Babylone, le but est de profiter au maximum des avantages de l'autre pour faire de l'argent en spéculant le plus possible sur la misère. Une fédération suppose que personne ne tire la couverture vers lui et que tous agissent dans l'intérêt commun, bel idéal, mais en Europe c'est mal "barré"...alors le jour où existera une diplomatie et une armée européenne, sans aucun doute tombera-t-il des ours

  • Par Melayome - 05/01/2016 - 12:05 - Signaler un abus Pourquoi ?

    Pourquoi personne n admet que sortir de l Europe serait bel et bien la meilleure des décision a prendre ?? De gaule et les " vrais communiste " de l époque nous avaient avertis de tout cela !! Qui maintenant a le droit d ouvrir ce débat sur nos TV ? A part l'UPR personne n en parle ... J ai 37 ans peut être bien jeune pour comprendre la géo politique mais la quand même faut pas abusé.. L état vend notre éducation nationale à Microsoft quand on voit le résultat aux USA c est affligeant, notre armée confisquee pour l'OTAN et les délires des états unis , bientot on donnera la cosserions aux usa de prendre notre gaz de schiste et on deviendra les africains d aujourd hui , on laisse les dérives capitalistes , et on laisse rentrer foule de migrant histoire de participer à la dévaluations des salaires .... Franchement la meilleure solution est de retrouver notre force nationale et souveraine et couper les têtes de tous ces traitres de politiciens mange merde laisser par les vrais pouvoirs ,les multinationales .. Au diable

  • Par Texas - 05/01/2016 - 13:00 - Signaler un abus @ Melayome

    Concernant le Programme d' Education aux Etats-Unis , vous êtes en retard d' un wagon . Mr Obama vient d' avoir l' aval du Congrès pour faire passer les " Common Core Standards " . Un Programme de formatage des élèves dans la plus pure des traditions Socialistes .

  • Par Texas - 05/01/2016 - 16:46 - Signaler un abus Avec un appui publicitaire...

    ...de Bill Gates pour ce Programme , c' est exact .

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Jean-Louis Bourlanges

Jean-Louis Bourlanges est ancien député européen et vice-président de l'Union pour la démocratie française (UDF). Il est aujourd'hui président du think tank l'Institut du centre.

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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