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Et si plutôt que d’aller faire les poches de Google, la presse écrite se trouvait un nouveau modèle ?

Avant de se tourner vers le géant américain Google, les éditeurs de presse français ne devraient-ils pas plutôt réfléchir à un nouveau modèle de financement pour sauver le secteur ?

Etat d'urgence

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Et si plutôt que d’aller faire les poches de Google, la presse écrite se trouvait un nouveau modèle ?

Les éditeurs de presse et le gouvernement mettent la pression sur Google pour instaurer une taxe "Lex Google". Crédit Robert Scoble

Atlantico : Les éditeurs de presse et le gouvernement mettent la pression sur Google pour instaurer une taxe "Lex Google". Une rémunération pour l'indexation de leur contenu par le moteur de recherche sera-t-elle suffisante pour assurer l'avenir des éditeurs de presse français ?

Jean-Marie Charon : Absolument pas. Nous sommes simplement dans une logique où les éditeurs de presse qui sont fortement engagés sur le numérique cherchent à trouver un modèle économique qui soit plus favorable.

Dans ce cadre-là, ils espèrent trouver une source de revenus qui viendra compléter celle qu'ils essayent de mettre en place sur le numérique. Nous étions habitués à fonctionner sur deux types de ressources, les ressources publicitaires et celles venant des lecteurs. Nous avons aujourd’hui à faire à la construction d'un mille feuilles dans le quel il va falloir arriver à superposer différentes strates de ressources, beaucoup plus nombreuses mais chacune ayant une importance moindre que la publicité ou la vente aux lecteurs.

On a tendance aujourd’hui à se focaliser sur Google mais je crois qu’il faut élargir le problème. Il existe tout un ensemble d’intermédiaires qui se sont développés sur les différents supports numériques : les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, les fournisseurs d’accès à Internet avec leur grand portail ou même les fabricants. Je ne sais pas si les éditeurs espèrent vraiment obtenir cette loi ou si c’est une manière de forcer la discussion pour obtenir de ces intermédiaires qu'ils acceptent de rétrocéder une partie de leurs ressources. Il  y a visiblement un mouvement international qui s’installe autour de la dynamique de la taxe Google et qui peut peut-être amener les intermédiaires à réfléchir et entrer en négociation.

Benjamin Dormann : Suffisante, certainement pas, mais l'idée que les "distributeurs" participent davantage aux coûts des "producteurs" est une idée juste, que ce soit en agro-alimentaire comme en contenu de médias. Sinon, à terme, le contenu deviendra vide. Il n'y aura plus que du packaging sans contenu. La presse n'aura pas assez de revenus pour payer la création d'information.

N'existe-t-il pas d'autres pistes de réflexion pour améliorer la situation de la presse française ?

Jean-Marie Charon : Nous pouvons évoquer la recherche de la vente directe de contenus. Cela peut prendre plusieurs formes : l’abonnement, la vente d’articles au numéro, le PayWall (une dizaine d’articles gratuits, puis des versions payantes au-delà) comme le fait aujourd’hui le quotidien américain The New York Times.

On se rend compte que la vente de l’audience comme cela se pratiquait dans les médias traditionnels tend à saturer. En augmentant leur audience, les sites n’augmentent pas forcément leurs ressources, dans la mesure où il existe une tendance au tassement des tarifs. Parmi les autres formes de ressources, on retrouve la vente de services. C’est un volet qui est en train de se développer sur de nombreux sites de presse et même sur des pure-player. Comme le fait Lefigaro.fr, on peut s’associer à des sites de réservations pour des spectacles ou des voyages ou même à des sites de ventes aux enchères.

Il existe ensuite toute une dimension de services qu’on connait plus aujourd’hui dans la presse technique et professionnelle. Tout ce qui tourne autour des événements, de la formation et qu’on voit se développer dorénavant sur des médias comme Les Echos ou Libération. Cela peut représenter jusqu’à 1/5 du chiffre d’affaires.

Benjamin Dormann : Bien sur. Il faut beaucoup plus s'intéresser aux clients : les lecteurs, les internautes... au lieu de continuer à croire que la presse doit vivre de taxes et de subventions. Il faut arrêter de soi-disant "aider ce secteur en difficulté". La réalité est que les politiques sur-subventionnent ce secteur car ils en ont besoin pour leur propre communication, c'est-à-dire pour leur carrière personnelle. Il est temps de mettre un terme à ce cercle vicieux. Qui s'occupe de faire une offre d'abonnement groupé à plusieurs sites internet par exemple ? On ne s'abandonne pas à une seule chaine de radio, ou une autre, pas plus qu'à une chaine de télé ou une autre. On zappe entre les chaines. Alors pourquoi ne peut-on s'abonner à un bouquet de sites internet d'infos, pour pouvoir zapper entre plusieurs (par exemple Rue89, Mediapart, Arrêt sur images...) ?

 
Commentaires

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  • Par Iletvilain - 31/10/2012 - 13:08 - Signaler un abus Nouveau modèle ? Ne serait-ce que revenir à des fondamentaux !

    Après les conseils pour ne pas être référencé par Google, voir en fin d'article : "Presse internet française, Google et sanibroyeurs" http://www.grincant.com/2012/10/27/presse-internet-francaise-google-et-sanibroyeurs/

  • Par Titan75 - 31/10/2012 - 14:08 - Signaler un abus On achète

    Ce qui a de la valeur, dont on a besoin et/ou qui fait plaisir et que l,on ne trouve pas ailleurs pour moins cher ou pour rien. Exemple : le Canard enchaîné, le Wall Street Journal, les passionnants journaux télévisés de PBS (chaîne publique US, gratuite mais qui vit principalement des dons de ses téléspectateurs ) pour prendre un exemple dans la presse. Autre réflexion : avec la VOD et la future Apple TV, les beaux jours de Canal + sont derrière lui. La chaîne bobo va dépérir à petit feu, d'autant plus que la crise ne l'épargne pas. Avec la chute de la profitabilité de SFR depuis l'arrivée de Free, Vivendi, dont le cours stagne entre 12 et 16 euros depuis 10 ans, depuis le scandale Messier, est donc un groupe sinon mort du moins condamné. Il lui reste à vendre au mieux et au plus vite SFR (ce que le conglomérat est en train d'essayer de faire), et de trouver un pigeon pour racheter Canal +. Resteront les jeux vidéos. C'est peu. Un géant mondial avec une tête française aurait pu réussir, il a tout raté. Immense gâchis.

  • Par Titan75 - 31/10/2012 - 14:09 - Signaler un abus PS

    "Pour prendre un exemple dans la télévision".

  • Par Lgiova - 31/10/2012 - 15:11 - Signaler un abus Comparer à Google à un intermédiaire....

    ...on croit rêver!! Mais est ce que ces gens savent de quoi il parlent? Mais bon sang! Un intermédiaire, c'est une société par lequel un produit transite avant d'arriver au consommateur ! Alors, les pages jaunes sont un intermédiaire universelle en fait?? Ils doivent donc payer pour tout les restaurant qu'ils mettent en relation avec leur client? On parle d'indexation là, pas d'un contenu acheter par Google et remis gratuitement à disposition des internautes !! Ça n'a rien à voir, il faut revoir vos définitions, les économistes en mousse!! L'indexation de contenue a toujours existé sous une forme ou sous une autre, ça peut être sous la forme d'une bibliothèque ou d'une banque de donnée! Le seul point commun qui a toujours existé est qu'il s'agit d'un SERVICE! Et habituellement, dans ce monde, on paye pour ça !! Le problème de ces journaux, c'est de croire que les recettes publicitaires leur sont dues !! Non, ce n'est simplement pas le bon modèle sur internet ! Un annonceur ne paye plus sur un contenu et une place particulière, mais sur la possibilité de toucher le plus d'internaute, et les acteur OTT seront toujours les mieux placé !!

  • Par General3Gaulle - 31/10/2012 - 15:28 - Signaler un abus Le nouveau modèle le voici

    1/ arretez de faire du softpower du néolibèralisme 2/ arretez de participer a la théorie du choc http://www.youtube.com/watch?v=6bI_OsXcRAA Un concept trés bien décrit par la journaliste Naomi Klein 3/ arretez de nier la réalité et notamment en refusant une critique systèmique du néo libéralisme. Genre on parle pas de pauvreté mais de précarité energétique, etc tout est morcele et on masque le lien entre tout cela 4/ arretez de nier les crises simulatanées : économique, financière, de civilisation, énergetique, démographique. En omettant de l'information ou simplement en refusant de nommer la crise... notamment celle de civilisation le big tabou de la presse en Française En ce moment ... Quel journaliste en France parle de la Dexia ? Aucun faut allez dans la presse Belge pourtant une affaire qui va couter plusieurs millards a la France Qui nous parle des stocks d'or de la banque Allemande au USA? de l'affaire des lingots en tungstene dans certaines banques américaine... rien... La théorie du choc, Herault les 35h, Belkacem et l'orientation sexuelle des auteurs dans les manuels scolaires, tout cela est du pur enfumage calculer pour masquer le reste l'essentiel.

  • Par JMCharon - 31/10/2012 - 18:49 - Signaler un abus Pour indexer il faut un contenu

    A l'attention de Lgiova et sans vouloir polémiquer et en se passant des insultes : La notion d'intermédiaire ou d'infomédiaire pour reprendre l'expression de Frank Rebillard, n'est pas péjorative et ne signifie pas que les moteurs de recherche n'ont pas à être rémunérés. Il s'agit de prendre acte que l'Internet place quelques acteurs en position d'intermédiaires nécessaires entre les fournisseurs de contenu et les utilisateurs. Il s'agit d'une position de stratégique, comme celle des diffuseurs en télévision. pour que le système d'information perdure et produise une information de qualité suffisante il n'y a pas d'autres moyens que la rémunération du "service" rendu par celui-ci. Manifestement, en tendance ce n'est pas le cas. Je ne vois pas d'autre solution qu'une forme de rétrocession d'une part des ressources collectées par les "intermédiaires". Sinon il n'y aura plus de contenu à indexer, en tout cas sous forme d'information produite professionnellement. Je sais que certains n'y voient pas d'inconvénient. Il me semble que la démocratie, le vivre en société tout simplement, n'auraient rien à y gagner

  • Par troiscentsalheure - 31/10/2012 - 19:46 - Signaler un abus Le couple anti démocratique partis de gouvernement-médias

    dominants. Le numérique permettrait justement de mettre un terme au financement de la presse par le pouvoir. Car qui paie contrôle. Le numérique assure une pluralité qui n'existait pas auparavant. Quant aux ressources elles sont proportionnelles au mérite des journalistes. Cette taxe Google est aussi stupide que si un écrivain demandait à son éditeur de percevoir une partie du chiffre d'affaires réalisée par son éditeur. Le souverain en démocratie ce n'est ni les représentants du peuple ni les journalistes, c'est le peuple.

  • Par J'accuse - 31/10/2012 - 23:07 - Signaler un abus S'adapter ou mourir : c'est aussi valable pour la presse écrite

    C'est une idée très socialiste de prendre l'argent de ceux qui réussissent pour tenter de sauver ceux qui coulent. Google fait plus d'argent que les journaux avec leur contenu ? Hé oui: quand on est compétent, on gagne; et quand on n'est pas à la hauteur, on patauge, et éventuellement on se noie. Des journaux veulent que l’État, à travers une taxe, les sauve au nom de la liberté de la presse ? Non : ils ne veulent pas sauver LA liberté de la presse, mais LEUR liberté à eux, en captant l'argent d'une société performante avec l'aide de l’État. La liberté de la presse serait-elle menacée si le Nouvel Obs disparaissait ? Bien sûr que non. Et si on parlait aussi de la CGT-Livres, syndicat omnipotent et réactionnaire, empêchant toute réforme, toute modernisation, et imposant des coûts exorbitants à la presse papier ? Une taxe serait révoltante sur le fond, et empêcherait toute vraie réforme nécessaire. Il y aura des cadavres ? Oui, et alors ?

  • Par walküre - 31/10/2012 - 23:18 - Signaler un abus Franchement

    la presse devrait avoir honte, globalement parlant car il existe quelques rares exceptions. Bref; à part piocher dans les dépêches des l"AFP et consorts internationaux que nous offre donc la presse, écrite ou télé ? Le même plat remâché à chaque fois. Les mêmes inepties et aux mêmes heures par dessus le marché. Le monde s'arrête au frontières du temps d'antenne ou de format de page. A lire cette presse et à voir ou écouter ces journaux, on croirait que l'actualité se résume à trois ou quatre titres que tout le secteur reprend en choeur avec les mêmes images, et les mêmes mots. Braves gens qui voulez être informés, lisez étranger et regardez étranger.

  • Par Benjamin_Linus - 31/10/2012 - 23:42 - Signaler un abus Bonne question

    Google génère un trafic énorme qui échappe à toute réglementation. A ce titre, il est en position de monopole sur les moteurs de recherche. Dire qu'il ne serait pour rien dans la faillite du quotidien papier serait une hérésie.

  • Par Benjamin_Linus - 31/10/2012 - 23:52 - Signaler un abus En conclusion

    Sermonner Google est de salubrité publique. Des moteurs de recherches, il y en a d'autres, moins curieux.

  • Par alsatian in oklahoma - 01/11/2012 - 04:17 - Signaler un abus TOUTES MERDIQUES!

    Les presses francaises pensent presque pareille!!!!!!!!!!!! LES PRESSES US aussi! Vous trouverez pratiquement JAMAIS un journaliste US qui va oser critiquer l'invasion latinos (par exemple)........ C'est TOUT l'OCCIDENT qui est infecte par le politiquement correct et meme les merdias US sont dans le rouge (en $$$$)!... La faute est a internet aussi!

  • Par Clément3 - 01/11/2012 - 07:49 - Signaler un abus Merci Google !!

    Pour une fois qu'on ne nous demande pas directement du pognon pour faire quoi que ce soit.... La France ne sait donc faire que du racket fiscal ?

  • Par JMCharon - 01/11/2012 - 10:53 - Signaler un abus Réponse à J'accuse

    La presse, les agences d'information, les médias, en général, ne font pas le même travail que les moteurs de recherche. Il ne faut pas tout mélanger. Les uns fournissent le contenu sur lequel les autres travaillent. Il y a une interdépendance de fait, avec une rémunération insuffisante pour les premiers qui fait craindre une perte de substance pour l'information. En 2009, 140 quotidiens ont été arrêtés aux Etats Unis (10%). Il ne faut pas se laisser enfermer par une grille partisane. Il ne s'agit pas d'idée socialiste. Les syndicats d'éditeurs allemands n'ont rien de socialistes, or c'est eux qui ont initié une démarche en faveur d'une taxe sur les moteurs de recherche, dite Lex Google. De même que les éditeurs belges ou brésiliens ont engagé un bras de fer avec des approches différentes, mais avec la même problématique, retrouver un modèle économique pour les fournisseurs de contenus d'information

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Jean-Marie Charon et Benjamin Dormann

Jean-Marie Charon est sociologue, spécialiste des médias et chercheur au CNRS.

Benjamin Dormann a été journaliste dans la presse financière et trésorier d'un parti politique "divers gauche". Il est l'auteur d’une enquête très documentée : Ils ont acheté le presse (Jean Picollec. Fev 2012).

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