Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 09 Décembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Et un nouveau parti, un ! Comment le centre risque d’aggraver ses pertes à force de ne pas les prendre

Alors qu'Hervé Morin et Maurice Lacroix ont annoncé la création prochaine d'un nouveau parti centriste pour soutenir François Fillon, l'UDI de Jean-Christophe Lagarde joue la montre avant de se positionner clairement dans cette présidentielle. Une attitude qui pourrait coûter cher au centre.

Centre en danger

Publié le - Mis à jour le 2 Décembre 2016
Et un nouveau parti, un ! Comment le centre risque d’aggraver ses pertes à force de ne pas les prendre

Atlantico : Après avoir misé sur Alain Juppé lors de la primaire de la droite et du centre, l'UDI semble hésiter aujourd'hui sur la ligne à suivre suite à la victoire de François Fillon, Jean-Christophe Lagarde demandant du temps pour examiner les programmes des candidats. N'est-ce pas une attitude qui peut paraître risquée ? L'UDI ne pourrait-elle pas notamment avoir plus d'investitures en se ralliant dès maintenant à François Fillon ?

Eddy Fougier : Cela peut être une attitude risquée en effet. En même temps, Jean-Christophe Lagarde sait bien que François Fillon aura besoin du centre à un moment donné pour attirer les électeurs qui ont soutenu Alain Juppé au premier et second tours de la primaire et sans doute pour rassurer un électorat "modéré" par rapport à son programme marqué à droite. Cela peut donc être important dans le rapport de force qui se profile entre l'UDI et Les Républicains dominés désormais par les proches de François Fillon.

Ensuite, l'UDI attend peut-être que la situation se clarifie, notamment par rapport à la potentielle candidature de François Bayrou à la présidentielle. S'il devait se présenter en 2017, cela compliquerait à l'évidence la tâche de l'UDI qui devra alors effectuer un choix entre les deux François, Fillon et Bayrou, d'autant qu'au sein de l'UDI, certains ont déjà effectué leur choix. C'est le cas du Nouveau Centre d'Hervé Morin qui a clairement annoncé son soutien à François Fillon en vue d'avoir un groupe autonome à l'Assemblée nationale. On peut supposer que ceci puisse conduire à terme à un éclatement de l'UDI.

Si jamais l'UDI venait à ne pas soutenir François Fillon pour la présidentielle de 2017, dans quelle mesure peut-on s'attendre à un éclatement du centre (entre l'UDI, Emmanuel Macron, François Bayrou, Rama Yade, etc.) ?

L'éclatement du centre est déjà bel et bien là. C'est d'abord le cas au sein de l'UDI entre juppéistes (autour de Jean-Christophe Lagarde) et fillonnistes (autour d'Hervé Morin). On pourrait dire de ce point de vue que la primaire des Républicains n'a fait qu'accentuer les divergences qui pouvaient déjà exister au sein de ce mouvement. L'inconnue Bayrou et la nouveauté Macron ne font que renforcer cette impression d'éclatement. Au-delà des querelles d'égos, le centre en France n'a toujours pas dépassé ses vieilles contradictions : doit-il opter pour une orientation ni droite, ni gauche (comme Bayrou entre 2007 et 2013 ou Macron semble-t-il aujourd'hui) ou doit-il se rallier à la droite (comme Morin l'a fait en 2007 avec Nicolas Sarkozy et l'a refait en 2016 avec François Fillon) ? Doit-il y avoir un parti autonome du centre (MoDem, UDI) ou bien les centristes doivent-ils être plus ou moins intégrés ou rattachés au principal parti de droite ? La tentation de l'autonomie centriste est toujours omniprésente a fortiori lorsque la droite se radicalise (période Sarkozy) ou bien lorsque la gauche au pouvoir ignore les centristes et déçoit (période Hollande). Mais elle tend rapidement à se heurter au système institutionnel français qui implique généralement d'opérer un choix au second tour de la présidentielle entre la droite et la gauche (soutien apporté à Sarkozy par Morin en 2007, vote Hollande par Bayrou en 2012) et surtout de se rapprocher d'un grand parti (UMP/LR, PS) pour pouvoir exister à l'Assemblée nationale, comme François Bayrou en a fait l'amère expérience depuis 2012.

Dans le système institutionnel français actuel, il n'y a pas vraiment de place pour un centre autonome. Le centre tel qu'il existe aujourd'hui n'a pas sa place à gauche (le choix de voter en faveur de François Hollande n'a absolument rien rapporté politiquement à François Bayrou, le PS n'a même pas retiré son candidat de sa circonscription lors des législatives de 2012 pour qu'il puisse être élu député). Il finit donc à un moment donné par se rapprocher de la droite comme on a pu l'observer avec Bayrou depuis 2013. Son seul espoir est l'éclatement de ce système au terme soit d'une crise majeure, soit d'une victoire assez improbable à la présidentielle (ex : Bayrou en 2007). C'est la raison pour laquelle je suis assez sceptique par rapport à Emmanuel Macron.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Jean-Benoist - 01/12/2016 - 08:29 - Signaler un abus parler encore de Bayrou

    Ou l'inviter sur les plateaux télé, c'est lui faire trop d'honneur. ..le modem est mort , il en reste deux bayrou et m de sarnez et ils se réunissent dans une cabine téléphonique. ... Alors stop parlons des politiques qui vont vraiment compter pour la campagne 2017

  • Par J'accuse - 01/12/2016 - 10:35 - Signaler un abus Définition du Centre

    Des politiciens qui veulent être les chefs dans un petit parti, plutôt que jouer les seconds rôles ou les figurants dans un grand: leur programme est constitué de bric et de broc, piochés ici et là, pour se fabriquer une différence. Ils jouent les supplétifs en prétendant pouvoir élargir la base électorale d'un grand parti, et attendent des portefeuilles en échange. C'est un pur jeu politicien, et leur présence n'est souvent que du parasitisme. Les Verts ont ce rôle avec le PS, mais ils sont trop extrémistes pour se faire passer pour des centristes.

  • Par vangog - 01/12/2016 - 10:41 - Signaler un abus Le ratissage a commencé pour les vieux partis...

    Leur principale préoccupation: combien d'investitures? Et c'est à celui qui aura le plus grand râteau...pervers, va!

  • Par l'enclume - 01/12/2016 - 11:35 - Signaler un abus Toujours aussi nul !

    vangog - 01/12/2016 - 10:41 - "Le ratissage a commencé pour les vieux partis..." Si je ne m'abuse, le F.Haine est le plus vieux parti de France.

  • Par Ganesha - 01/12/2016 - 11:40 - Signaler un abus Vangog

    Vangog, la seule vraie punition, le seul moyen de lutte contre les ''trolls'', c'est le silence.

  • Par ikaris - 01/12/2016 - 11:45 - Signaler un abus Bombe à fragmentation centriste

    Il est amusant ce marais centriste : les médias et les électeurs achètent des étiquettes (UDI, Modem, Nouveau Centre, Macron) et Fillon aura besoin d'une ou plusieurs étiquettes en plus de LR. Donc les centristes nous font le coup de la bombe à fragmentation ... avec d'autant plus d'espoir que les français se reconnaissent de moins en moins dans le clivage gauche droite. Donc il faut se faire voir et mettre en avance son étiquette alors sous l'étiquette c'est le même produit fadasse qui est vendu. Quand la fin de partie va être sifflée ça va être marrant de les voir rappliquer silencieusement mais rapidement à la gamelle.

  • Par Lazydoc - 01/12/2016 - 13:34 - Signaler un abus Si Fillon se recentre

    Même un peu, il perd toutes les voix familiales.

  • Par vangog - 01/12/2016 - 14:16 - Signaler un abus @l'enclume j'écrivais "vieux" pour évoquer ce qui se passe

    dans leur tête...alliances contre-nature, magouilles, copinage, trahisons, ralliements...toute la panoplie de la très vieille politique politicienne...Mon maire était prêt à faire ses valises pour Paris, une fois Juppé élu...et ben non, il reste maire!

  • Par Yves3531 - 01/12/2016 - 15:07 - Signaler un abus @j'accuse...

    entièrement d'accord sur le parasitisme de la notion de centriste, en general des seconds couteaux qui veulent s'arroger plus d'influence que leur valeur intrinsèque. Maintenant s'agissant du parasite Bayrou, parfois il peut être utile en fixant un électorat indécis qui peut être utile pour le tour final (on imagine mal ce bœuf appeler une nouvelle fois à faire voter pour la gauche !)

  • Par Benvoyons - 01/12/2016 - 15:38 - Signaler un abus Pour la Présidentielle les Français ne votent pas pour un parti

    Ils votent pour celui qu'ils pensent le mieux dans son comportement et aussi pour son Programme.

  • Par Liberte5 - 01/12/2016 - 19:36 - Signaler un abus F.Fillon et son programme c'est une révolution en marche..

    Le recul, le déclin de la France est largement engagé. Structurellement la France est un pays fortement influencé et imprégné par les communistes à la libération avec des mesures comme les nationalisations, la sécurité sociale, la mise en place du statut de la fonction publique, une éducation nationale sous contrôle de la gauche, des statuts particuliers EDF, SNCF, Poste, RATP etc,un centralisme très puissant de l’État. Pour sortir de cette nasse,il faut des mesures fortes,libéraliser l'économie, revoir tout le fonctionnement de l'état, redéfinir son périmètre d'intervention etc., etc. Cette révolution est la seule et unique façon de remettre la France sur les rails du redressement. Ces mesures sont le minima à accomplir. Nous sommes quasiment le seul pays à avoir le statut des fonctionnaires. Car est-il besoin d'être fonctionnaire pour être instituteur, infirmier ou jardinier dans une commune? Non.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Eddy Fougier

Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes : Dictionnaire analytique de l’altermondialisme (Ellipses, 2006), L’Altermondialisme (Le Cavalier bleu, 2008).

Plus récemment, il a publié Thèmes essentiels d’actualité en QCM (2000 QCM) aux éditions Ellipses (2012) ou encore Parlons mondialisation (La Documentation française, 2012)

Eddy Fougier est chargé d’enseignement dans plusieurs écoles, notamment Audencia Nantes – Ecole de management, l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, l’Institut européen des hautes études internationales (IEHEI, Nice) et l’Institut supérieur de formation au journalisme (ISFJ, Paris).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€