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Et Macron sortit de l’enfer de l’impopularité : retour sur ces précédents historiques où l’opposition avait (quasi) disparu

Selon un sondage IFOP pour Paris Match, la popularité d'Emmanuel Macron est en hausse. Il y aurait désormais un Français sur deux satisfait de son action. Une situation qui s'explique notamment par la faiblesse de l’opposition.

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Par quels moyens et dans quelles circonstances ces oppositions ont elles pu, dans les cas évoqués, retrouver leurs forces ? S'agit il plus d'erreurs commises par l'executif, une forme de lassitude, ou véritablement la capacité de ces oppositions de se renouveler qui ont pu permettre un retournement de tendance ? 

La fameuse question des « circonstances » chères au Général de Gaulle, à Georges Pompidou, à Valéry Giscard d’Estaing ou à François Mitterrand... Les circonstances ce sont les aléas de la vie politique. Un leader politique doit, tel le pêcheur à la ligne, les surveiller de l’œil et les traiter avec précaution s’il ne veut pas voir se décrocher sa proie politique. Il est une constante dans l’organisation des oppositions et leur victoire éventuelle : forcer la main du destin, tenter de lui donner un coup de pouce favorable à votre sort, est une erreur à ne pas commettre.

En mai 1968 Mitterrand croit que son heure est arrivée. Candidat en novembre 1965 face au Général de Gaulle, il parvient à l’amener au ballottage (ce qui ne plut pas du tout au président fondateur de la Cinquième République) autant d’ailleurs par la candidature de Jean Lecanuet, candidat centriste, que par son propre potentiel qui fut quand même grand en tant que candidat unique des formations de gauche, du PCF alors puissant aux Radicaux socialistes en passant par la SFIO. A la tête de la Fédération de la Gauche Républicaine et Socialiste (FGDS) le « président Mitterrand » comme il aime s’y faire appeler, manque de peu d’emporter les législatives « ordinaires » de 1967. Mitterrand se vit, se représente, comme le premier opposant au premier ministre Georges Pompidou. Il se croit proche du « Capitole » mais la « roche Tarpéienne » est encore plus proche de ce dernier. Dans une conférence de presse prononcée le 28 mai 1968, Mitterrand croit ouverte la succession du Général. La « disparition » de ce dernier de Paris dans la journée du 29 mai va accréditer cette thèse. Mitterrand se dit « disposé à prendre ses responsabilités » et à prendre le pouvoir au terme  d’élections anticipées. Funeste manœuvre : le Général rentre de Baden-Baden, renverse la table, dissout l’Assemblée, appelle les « grognards du gaullisme » sur les Champs-Elysées et quatre semaines plus tard, la gauche est littéralement liquidée…  Ne pas confondre vitesse et précipitation en politique… Ne pas confondre vista politique et opportunisme.

Ce qui aide en revanche pour sortir du trou noir politique c’est la faute de quart de la majorité, de celui qui occupe le pouvoir. On ne prononce pas la dissolution de l’Assemblée pour « convenance personnelle » ou alors on le paie « cash » et même une opposition à peine remise de quatre ans de purgatoire, comme en avril 1997, peut gagner pour peu qu’elle passe un accord politique minimaliste entre des forces aussi mal en point les unes que les autres prises individuellement. Le PS de Jospin ne pensait même pas en février 1995 pouvoir se qualifier au second tour de la présidentielle tant la présence du « couple-divorcé » Chirac-Balladur semblait acquise et tant, surtout, la Bérézina des législatives de 1993 et des européennes de 1994 avait été violente. Le PCF était (déjà) « à la rue » et les Verts avec Dominique Voynet faisaient (déjà aussi) les « intéressants » se prenant pour des poids lourds politiques alors qu’ils ne représentaient rien. La dissolution de 1997 a donc permis à la « Gauche plurielle » (appellation d’origine incontrôlée d’autant plus vide politiquement qu’elle annonçait déjà les inflexions idéologiques que le PS, sous Hollande, allait opérer) de l’emporter plus par défaut d’une droite gouvernementale capable de se succéder à elle-même que par sa dynamique propre. Entre 2012 et 2017 l’opposition de droite est dans un tel état de compétition interne entre un Sarkozy battu en 2012 qui refuse de se considérer comme tel, un Fillon et un Copé qui manquent (de peu) d’en venir aux mains pour la présidence de l’UMP, un Juppé qui attend son heure et un Lemaire qui se voit (déjà encore) à l’Elysée, qu’on aurait pu penser que les socialistes avaient un véritable boulevard politique devant eux. C’était sans compter sans la défaite rancunière de Martine Aubry aux primaires de novembre 2011, sans l’esprit de trahison de cinq « Quarterons de Frondeurs » que l’incapacité des dirigeants du PS à réduire au silence a rendu particulièrement doué dans l’art du « planter de bâton » dans le dos du président Hollande, sans compter non plus dans l’aptitude de ce dernier à multiplier les gaffes quand il aurait dû, simplement, présider comme il a su le faire au moment de décider de frapper l’ennemi à l’extérieur et de tenir le pays sous le feu des attentats à l’intérieur. Le résultat là encore n’a pas manqué : l’opposition de droite s’est perdue dans ses primaires et dans la victoire du plus mauvais de ses candidats ; l’opposition de gauche (Mélenchon) a cru gagner par son cinéma, ses hologrammes et ses outrances de guévaristes plus incongrus qu’insoumis ; l’opposition socialiste interne à François Hollande a fait naufrage en même temps que son candidat (Hamon). Pas étonnant alors que ce soit un « tiers-état » qui ramasse la mise : elle était au milieu du terrain de jeu, tout le monde l’avait oubliée tant il était plus urgent de se neutraliser les uns les autres que de se préoccuper de gagner…

 
Commentaires

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  • Par MIMINE 95 - 07/12/2017 - 11:40 - Signaler un abus LE ROI DE LA COM

    grimpe dans les sondages non pas à cause de l'application du non-programme et du flou artistique de sa campagne mais grâce au ralliement d'une partie des électeurs de la droite, à des déclarations "populistes " du style des propos qu'il a tenu récemment à une Marocaine :["On aide les gens quand ils sont malades. Mais je ne peux pas donner des papiers à tous les gens qui n’en ont pas. Sinon comment je fais avec les gens qui sont déjà là et qui n’arrivent pas à avoir un travail ? Donc il faut protéger les gens très faibles qui sont en insécurité chez eux, mais si vous n’êtes pas en danger, il faut retourner dans votre pays. Au Maroc, vous n’êtes pas en danger"] (et là , il nous prend vraiment pour des billes), et aux projets de bon sens de JM Blanquer sur l'école, une manière de détourner l'attention. Quand à E Philippe ,il me fait penser à F Fillon sous Sarkozy, un1er ministre absent des médias, type "fantôme". Fillon aussi aussi jouissait d'une bonne popularité sous Sarko. Etant donné le nombre de Français qui ont approuvé et voté pour le programme de Macron, je doute que le fait d'appliquer son programme le valorise beaucoup. A quand Le retour de bâton, ça commence déjà dans

  • Par MIMINE 95 - 07/12/2017 - 11:40 - Signaler un abus LE ROI DE LA COM suite

    9a commence déjà dans les ra

  • Par MIMINE 95 - 07/12/2017 - 11:43 - Signaler un abus OUPS

    je reprends : les critiques et les défections commencent déjà dans les rangs de son propre (futur) parti, et rien n'est pire qu'un ex qui a le sentiment de s'être fait roulé dans la farine ......

  • Par Vincennes - 07/12/2017 - 12:03 - Signaler un abus IFOP pour P.MATCH !!!! quelles références !!!!

    c'est comme le JDD, TOUS bien trop proches des "Macron" qui sur tous les sites ne semblent, pourtant pas, être appréciés. Attendons d'autres sondages .....à moins qu'eux aussi aient été "achetés"...... ARRETEZ de nous ENFUMER svp et que SANARES reste sur BFMTV pour donner ses sondages plutôt que sur le service public......idem pour Jeudy, invité récurrent de ROUX "miss bouclette/talonnettes" "C dans l'air" alors qu'il est TOUS les SOIRS sur BFMTV !!! Bientôt le service public sera une SUCCURSALLE de BFMTV (écurie Drahi) !!!

  • Par cloette - 07/12/2017 - 13:49 - Signaler un abus Sondages+matraquage des images

    sont les deux mamelles de la réussite à des élections .Ce sont les médias qui FONT les rois, et qui SONT le vrai pouvoir

  • Par Ganesha - 07/12/2017 - 15:49 - Signaler un abus Bas de la page 4...

    En bas de la page 4 : ''Fillon le plus mauvais candidat pour la droite''. Bravo et merci Mr. Pétaux ! Pour être aimable, je dirai que votre article est un peu plus pertinent que d'habitude ! Personnellement, j'attache moins d'importance que vous aux accords entre partis, aux ''ralliements'', et encore moins aux ''programmes communs''. L'avenir ? Je dirais : un événement, une question, une réponse ! Trois hypothèses : une explosion sociale, type Mai 68, contre le chômage et la pauvreté, ou alors, un krach boursier avec effondrement de l'euro. Je serais très étonné qu'une de ces deux opportunités ne se présente pas avant 2019. Dans ce cas, il y aura la campagne pour les élections européennes. C'est mon rêve : les français confrontés à de vraies questions et avoir réellement le droit de décider !

  • Par MIMINE 95 - 07/12/2017 - 17:52 - Signaler un abus MERCI VINCENNES

    j'avais zappé le "IFOP pour paris match", le magazine le plus Macron- bibiche de l'année 2017. Déjà le mot IFOP me fait généralement mourir de rire mais Paris match en plus !! là c'est trop.

  • Par pierre de robion - 07/12/2017 - 21:58 - Signaler un abus Je vous la fais courte!

    - Quel danger voyez-vous? -Aucun, et c'est ce qui m'inquiète!

  • Par Vincennes - 08/12/2017 - 00:31 - Signaler un abus et maintenant on nous vend "l'amitié des MACRON/HALLIDAY"

    qui va lui faire gagner des points entend t'on !!!!! Une amitié de qq mois !!! ne serait ce pas plutôt de l'OPPORTINISME ? car, là, il est très fort Jupiter

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, grande école dont il est depuis 27 ans le directeur de la Communication et des Relations extérieures. Auteur d’une dizaine d’ouvrages,  il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac  intitulé « Paroles politiques ».  Parmi ses publications antérieures il a  codirigé aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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