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Et Jean-François Copé inventa le "liberté, ordre, progrès" : mais au fait, où en sont les ténors de la droite relativement aux célèbres familles de René Rémond ?

En 1954, le politologue René Rémond publie "La Droite en France de 1815 à nos jours", qui sera ensuite re-publié sous le titre de "Les droites en France". Dans cet ouvrage il s'essaye à une classification des familles de droite, qui fait encore référence aujourd'hui... Mais qui perd son sens.

Dans la famille droite, je demande le fils !

Publié le - Mis à jour le 22 Janvier 2016

La devise Jean-François Copé figure également sur la couverture : "Liberté, ordre, progrès".  Que peut-on dire du choix des mots, concrètement ? A quelles références de la droite fait-il écho ?

Jean Garrigues : Je ne vois pas de référence très claire à une seule tradition de la droite. La notion de liberté est évidemment très ambiguë et peut-être identifiée à l'histoire de la gauche. Elle prend, à droite, la résonance du libéralisme économique. Concrètement, cela appelle à une remise en question néo-libérale des fondamentaux de l'Etat providence, à une mise en avant de l'entreprise et de l'économie de marché. Positionner la liberté en premier lieu, venant d'un homme identifié à droite, peut marquer une allégeance à la tradition orléaniste.

L'ordre social est un des fondamentaux de l'histoire de toutes les droites. C'est typiquement quelque chose qui s'inscrit dans la synthèse des traditions de droite. Enfin, le progrès peut se rattacher à la tradition gaulliste : c'est un mot qui revient de façon systématique sous la présidence du Général de Gaulle, sous celle de Georges Pompidou. En 1965 se créé l'UJP, l'Union des Jeunes pour le Progrès, une des familles du parti gaulliste, le fer de lance social du gaullisme. Ce triptyque de Jean-François Copé s'inscrit donc dans une conception très synthétique. Néanmoins, il le fait sans marquer un courant particulier, sans se rattacher à une histoire séculaire des droites. Ces thématiques ne l'identifient pas de façon très claire : on pourrait les retrouver dans les discours de tous. Ils ne marquent pas de différence particulière. Si, par exemple, il avait choisi le mot « nation », cela aurait dit quelque chose. S'il avait, à l'inverse, choisi « social », il y aurait également eu un marqueur. Mais juste ainsi, l'originalité manque.

La classification de René Rémond fait-elle toujours autant sens aujourd'hui ? Quelles sont les évolutions politiques qui pourraient remettre en cause son travail et comment le font-elles ?

Christophe de Voogd : La classification de Rémond, aussi utile soit-elle, est en effet un peu dépassée par la quasi disparition de la droite légitimiste, même si l’on en retrouve quelques reliquats, catholiques et moraux, chez une Marion Maréchal Le Pen. En revanche deux droites qu’il n’avait pas mises en avant existent  bel et bien : « la droite révolutionnaire » chère à l’historien israélien Sternhell : d’où une vive polémique avec Rémond d’ailleurs. Cette droite est populiste et populaire, hypernationaliste, autoritaire et sociale apparue avec Barrès et Maurras, et dont beaucoup de traits sont encore présents dans le FN. En ce sens la défense des « petits » et des « acquis sociaux » par le FN façon marine Le Pen la rapproche encore de ce modèle, tout comme sa base militante. Par ailleurs, apparaît pour la première fois, à part des exceptions comme Mandel ou Raynaud, une droite vraiment libérale sur le plan économique. Mais elle reste encore très marquée par un conservatisme moral, aux antipodes des « liberals » américains, souvent lié à un engagement catholique. En fait, ce qui caractérise toujours la droite c’est la valeur centrale de l’ordre, alors que le libéralisme a pour principe premier la liberté, et ce dans tous les domaines. C’est bien pourquoi, contrairement à ce qu’on lit partout en France, le libéralisme n’est pas philosophiquement à droite ; il l’est historiquement quand la gauche se est prise comme aujourd’hui de tentations liberticides : en économie c’est sa tradition, mais aussi sur le plan sociétal avec la loi sur le renseignement ou les mesures d’exception devenue « normales ».

 
Commentaires

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  • Par Mike Desmots - 17/01/2016 - 10:42 - Signaler un abus Jean François Copé ...s'il migrait à gauche ...

    Il rendrait service à la vraie droite...!

  • Par zouk - 17/01/2016 - 11:55 - Signaler un abus Candidats éventuels à droite pour l'élection présidentielle

    A la lecture de "FAIRE", Fr. Fillon parait le plus équilibré des candidats éventuels, ni Copé, ni Sarkozy ne le sont; quant à Juppé, je le passerai charitablement sous silence. Fr.Fillon me parait très proche de la ligne de G.Pompidou, dernière époque de véritable développement économique, dans un climat politique à peu près apaisé, en dépit des vociférations des communistes attardés, au PC et surtout à la CGT. Giscard a réellement tenté de moderniser notre vie politique, il ne pouvait qu'échouer handicapé et par son nom et par son parcours, plus l'hostilité à peu près totale de la presse.

  • Par Malaparte - 17/01/2016 - 14:15 - Signaler un abus L'éternel retour

    L'orage étant passé tous les vieux bourrins lrps de juppé à copé ressortent de leur retraite et font le plus de bruit possible pour qu'on entende le moins possible les batteries de casseroles pendus à leurs basques.

  • Par Lafayette 68 - 17/01/2016 - 18:26 - Signaler un abus droite de posture et droite de conviction

    L'article est intéressant et l'on voit bien qu'une typologie des droites s'avère délicate à établir à la suite de celle de René Rémond... J'en vois deux : Droite qui est "à la droite" de la gauche (situationnelle à la Juppé voire Sarkozy et ses ministres de gauche) et vraie droite qui s'assume (Marion Maréchal LP,Ménard ,De Villiers) vite taxée de vichysme (hors fête des mères ?) ,sport favori en France depuis 45 des gauches antifa et des droitiers non assumés et opportunistes type Estrosi qui se cache avec l'étiquette si commode de "résistant, gaulliste"...(On les voit en première ligne dans le maquis des places à prendre).

  • Par GP13 - 17/01/2016 - 18:50 - Signaler un abus Les typologies sont d'un intérêt limité

    Classer les politiques selon des typologies relève d'une construction intellectuelle. En pratique il est difficile de faire entrer qui que ce soit dans une boite préfabriquée. On peut de la sorte gloser à l'infini, et passer à coté de l'essentiel. Un grand homme n'a pour boussole que l'intérêt de la France, et De Gaulle en est un bonne illustration. L'homme d’État est celui qui est capable de mettre un mouchoir sur ses convictions quand elles ne sont pas opérantes. Le politicien est celui qui n'est préoccupé que du succès de sa doctrine même quand elle ne fonctionne plus.

  • Par Aldebaran45 - 18/01/2016 - 05:21 - Signaler un abus Lucide

    L'analyse de Chantal Delsol est la plus lucide, j'en garde une copie. Merci pour l'observation que tous les partis de l'extrême gauche à l'extrême droite sont républicains. C'est une évidence mais largement oubliée au second tour des régionales. Le jour où l'on entendra Marine Lepen crier Vive le Roi ou Vive l'Empereur à la fin de son discours et non Vive la République comme c'est le cas aujourd'hui, alors je changerai mon fusil d'épaule, mais c'est pas demain la veille.

  • Par Mike Desmots - 18/01/2016 - 12:40 - Signaler un abus @aldelbaran45 ., le jour où j'entendrais Vive le Roi......

    Je saurait finalement ...que des dizaines de milliers de français ...se seront fait guillotiner pour rien...!

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Jean Garrigues

Jean Garrigues est professeur d'histoire contemporaine à l'université d'Orléans et président du Comité d'histoire parlementaire et politique. Il a notamment publié L'histoire secrète de la corruption sous la Vème République (Nouveau Monde éditions, 2014), La République des hommes d'affaires, 1870-1900 (Aubier, 1997), Le Général Boulanger (Perrin, 1999), Les Patrons et la politique. De Schneider à Seillière (Perrin, 2002) et La France de la Vème République (Armand Colin, 2009). Son dernier ouvrage Chaban. L'ardent est paru à La Documentation française.  

 

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Chantal Delsol

Chantal Delsol, philosophe, membre de l'Institut, poursuit une oeuvre majeure à la croisée de la métaphysique et du politique. Elle est l'auteur de nombreux ouvrages aux éditions du Cerf dont "Le Nouvel âge des pères" (2015), "Les pierres d'angles" (2014) et "L'âge de renoncement" (2011).

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.

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