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Et encore une mauvaise nouvelle... La guerre des changes a commencé et la zone euro a tout à y perdre

Alors que les membres de la Réserve fédérale des Etats-Unis changent leur fusil d'épaule en se montrant moins affirmatifs concernant la poursuite de leur stratégie de resserrement monétaire, les membres de la Banque du Japon, comme de la Banque centrale européenne se disent également prêts à agir. De leur côté, les autorités chinoises sont en embuscade. La guerre des monnaies peut commencer.

Aux abris !

Publié le - Mis à jour le 12 Février 2016
Et encore une mauvaise nouvelle... La guerre des changes a commencé et la zone euro a tout à y perdre

Atlantico : Depuis le début de cette année 2016, les déclarations des différentes grandes banques centrales semblent de plus en plus agressives. Ceci aussi bien de la part du Japon, de l'Europe ou des Etats-Unis. Cette montée en puissance de discours plaidant en faveur de toujours plus de relance marque-t-elle le début d'une guerre des monnaies au niveau mondial ?

Philippe Waechter : Je ne qualifierais pas les banques centrales d’agressives. Il y a plutôt une interrogation sur la façon dont l’économie mondiale se construit jour après jour. Les autorités monétaires des grands pays s’interrogent sur la capacité de l’économie à retrouver de la croissance avec la possibilité d’un taux d’inflation durablement positif. L’économie ne converge pas vers la dynamique cyclique que l’on avait l’habitude d’observer par le passé. Il faut donc penser l’économie différemment ainsi que les modes de régulation qui peuvent y être associés.

Comme les politiques budgétaires sont en pause parce que chacun, gouvernement et citoyen, est effrayé par le niveau de la dette publique c’est à la politique monétaire de couvrir l’ensemble des régulations. Draghi d’ailleurs appelle de ses voeux et depuis longtemps une politique budgétaire plus active car la politique monétaire ne pourra résoudre toutes les questions posées. On est, de ce point de vue, toujours dans l’argument selon lequel il faut autant d’instruments que d’objectifs. La croissance et l’inflation sont bien au-dessous de ce qui est souhaité mais seule la politique monétaire est réellement utilisée. C’est pourquoi, face à l’immobilisme de la politique budgétaire, les banquiers centraux sont obligés d’aller bien au-delà de ce qui peut paraître "normal". Ce n’est pas de l’agressivité, c’est juste pour essayer d’éviter une situation encore plus difficile à gérer. Ce n’est pas de la relance au sens où on l’entend habituellement mais c’est une action pour limiter le risque de rupture.

Nicolas Goetzmann : Oui. Mais cette notion de guerre des monnaies ne doit pas être perçue négativement, car plus les banques centrales soutiendront une économie mondiale en phase de ralentissement, plus les risques d’une nouvelle récession seront amoindris. Cependant, il existe bien une problématique. Car il est préférable de ne pas être le dernier à réagir dans une situation où chacun tente d’exporter son propre ralentissement. Il s’agit donc bien d’une course dont l’effet global est positif mais dans laquelle le concurrent le plus lent paiera les pots cassés. Dans une telle configuration, mouvante par essence, une absence de réaction correspond à une action. Lorsqu’un pays soutient son économie par la voie monétaire, il agit sur sa demande intérieure, c’est-à-dire que la consommation et l’investissement vont prendre le relai d’exportations en berne. Cependant, une telle action a, en général, un effet secondaire, qui est la baisse de la monnaie concernée. Ainsi, en supposant que le Japon et les Etats-Unis agissent et que l’Europe s’abstient, les marchés intérieurs japonais et américains seront soutenus, mais cela se traduira par une baisse du yen et du dollar, et ainsi, en conséquence, par une hausse de l’euro. Le résultat est que, sans réaction, le marché européen importera le ralentissement des autres zones économiques. Ainsi, la montée en puissance d’une guerre des monnaies signifie que l’économie mondiale est soutenue, mais qu’il est crucial d’y participer.

Il est également possible de remonter à l’origine du mal. Lorsque les Etats-Unis ont choisi, voici deux ans, de ralentir le soutien monétaire qu’ils apportaient à leur économie, le dollar a logiquement débuté son ascension. Or, la monnaie chinoise est arrimée au cours du dollar, ce qui a donc provoqué une progression du Yuan en parallèle, et le début du ralentissement économique chinois qui, dans un jeu de billard à plusieurs bandes, a fragilisé l’ensemble des marchés mondiaux (matières premières, pays émergents etc…). Lorsque l’on rentre dans le détail de cette opération, on se rend compte que les autorités chinoises "brûlent" leurs réserves de changes accumulées au cours de ces dernières années pour soutenir leur monnaie. Ces réserves ont pu atteindre la somme de 4 000 milliards de $ au plus haut, mais puisque la Chine dépense plus de 100 milliards par mois pour parvenir à garder son ancrage au dollar, le moment de rupture se rapproche. D’autant plus que le FMI recommande au pays de maintenir un niveau de réserve équivalent à 3000 milliards, soit son montant actuel. Ce moment de rupture annoncé est celui ou les autorités chinoises vont laisser entendre que l’arrimage au dollar est de l’histoire ancienne. La guerre des changes sera alors totale, mais pour le bien de chacun, en espérant que tous les acteurs répondent de manière appropriée.

Parmi les différents acteurs, qui sont ceux ayant le plus à perdre dans une telle lutte ? Celle-ci est-elle inégale ? Quelles en seront les conséquences au niveau de l'économie mondiale ? Et concernant l'Europe ? La France ? Qui seront les gagnants et les perdants ?

Philippe Waechter : La question sous-jacente est de connaître la dynamique tendancielle de l’économie globale et de chacune de ses composantes. L’enjeu majeur est ici. Ces tendances sont généralement plus faibles qu’avant la crise de 2008. En d’autres termes, la croissance tendancielle de la zone Euro n’est plus de 2%, comme elle n’est plus à 2% non plus pour la France. Dès lors pour un pays, la question est la définition de sa croissance en tendance et de son positionnement  par rapport à celles de partenaires et concurrents économiques.

Les choses étaient définies par les évolutions passées avant la crise de 2008. L’incertitude provenait alors de l’émergence à l’échelle globale d’un nouveau concurrent. Cela était le cas avec la Chine au début des années 2000. Il y avait eu à l’époque d’intenses discussions entre les Etats-Unis et la Chine pour définir le taux de change entre le dollar et le yuan. La Chine devait se positionner dans un cadre pré-existant.

Aujourd’hui la situation est plus complexe car chaque économie doit se positionner par rapport à ses partenaires et concurrents sans que personne ne connaisse réellement la robustesse de son économie et encore moins celle de ses partenaires et concurrents. C’est pour cela que la situation est complexe.

La guerre des monnaies n’est que le tâtonnement pour essayer de définir un nouveau système de prix (les taux de change) entre les différents pays. Cependant, personne ne connaît a priori la vraie valeur de chaque taux de change. Il en résulte alors forcément de la volatilité, des exagérations et des tensions entre les pays.

La question posée à chaque économie est de définir sa capacité à connaître une relative autonomie. Le monde passé reflétait un cadre au sein duquel il y avait un leader qui tirait l’économie globale. Actuellement personne n’a cette capacité et chaque pays ou zone économique doit caler sa croissance sur ses forces et sur sa capacité à effectivement mettre en place une croissance robuste.

Nicolas Goetzmann : Les acteurs qui ont le plus à perdre sont ceux qui sont les plus fragiles dans la conjoncture actuelle. Clairement, l’Europe. Les Etats Unis ont un taux de chômage de 5%, le Japon 3%, alors que l’Europe est toujours en prise avec un taux de chômage supérieur à 10%. La différence est fondamentale entre des zones économiques qui sont d’ores et déjà sorties de la crise et une Europe qui y reste embourbée depuis 2008. En toute logique, l’Europe devrait avoir la politique la plus agressive pour s’en sortir, mais dans la réalité, pour le moment, cela est bien différent. La zone euro ne peut se payer le luxe d’un nouveau ralentissement, ceci aussi bien d’un point de vue économique que politique. Inversement, les banques centrales japonaises et américaines semblent désormais rodées, car leur réactivité est réelle. Il est cependant utile de souligner que la Banque centrale européenne n’est pas non plus restée muette pour le moment, sous l’impulsion d’un Mario Draghi qui tente de faire évoluer la vision monétaire historique, dramatique, de son institution.

D’autant plus que certains membres de la BCE pourraient voir dans la configuration actuelle le moyen de faire perdurer la stratégie économique désastreuse qui a dominé la zone euro lors de ces dernières années. C’est-à-dire la stratégie du cavalier solitaire. En l’espèce, les autorités européennes ont fait le pari d’affaiblir volontairement leur marché intérieur, ce qui permet de réduire les importations, et de profiter de la bonne santé des autres économiques pour exporter un maximum. Le résultat est une balance commerciale apparemment flatteuse, mais celle-ci est plus le résultat de la faiblesse du marché intérieur européen que d’autre chose. Une reprise économique des marchés extérieurs pourrait être l’occasion de continuer cette stratégie, mais celle-ci se fera au détriment du marché du travail européen. De plus, les autres zones économiques ne verront pas cette tactique d’un bon œil, car celle-ci suppose de profiter des efforts des autres, sans lever le petit doigt pour participer à l’effort global.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 08/02/2016 - 10:36 - Signaler un abus Choucroute

    Résumé de cet article, pour malgré tout informer, la majorité des commentateurs, ceux qui écrivent sans avoir eu la décence de lire (ou, en n'y ayant compris ''que dalle''). La Bulle Spéculative continue, devant nos yeux hagards, à grossir de façon de plus en plus démentielle, et son explosion promet d’être au moins aussi spectaculaire que celle de 1929 ! Au niveau européen, le drame, c'est qu'Angela Merkel n'a toujours rien compris ! Non seulement elle reste convaincue que les immigrés sont une ''Chance pour l'Allemagne'', mais, pire encore, elle s'accroche ,, encore et toujours, à sa ''Politique d'Austérité''. Et il suffit de voir sur la vidéo qui accompagne l'article, l'air de ''ravi de la crèche'' de notre Hollande, pour savoir qu'il n'a même pas dit un mot pour essayer de la contredire en mangeant leur choucroute !

  • Par Deneziere - 08/02/2016 - 13:21 - Signaler un abus Ainsi soit-il

    Quel la France n'ait quasiment pas son mot à dire dans une politique monétaire qui ne lui convienne pas est un fait dénoncé à longueur de colonnes d'Atlantico avec un talent certain. Que la BCE n'ait ni les attributs ni les comportements d'une vraie banque centrale d'un vrai continent, c'est plus que regrettable. Seulement, quand on voit le niveau de la classe politique française, et les dommages qu'elle crée déjà à sa petite échelle économique... Qui voudrait donner un quelconque pouvoir monétaire à ces charlots ?

  • Par jybro - 08/02/2016 - 14:56 - Signaler un abus taux de change et zones monétaires

    A l'heure présente les bourses chutes,anticipant un crash down .... Tous nos fringeants "experts éco." ne voient que dévaluations compétitives sur dévaluations compétitives...HELAS...... 6 grandes zones de convergences d'échanges existent de fait sur notre pauvre planéte; L'UE, L'ALENA, L'ASEAN, LE MERCOSUR,et CDEAO +CDEAE,et le ou l'ex COMMONWEALTH c'est selon. Le véritable objectif c'est de creer 6 zones monétaires ,soit 6 monnaies au lieu des 108 existantes! Suppression des DTS, accords swaps et ce sera la fin des pbs. AH MAURICE ALLAIS TU FAIS PARTIE DE CES EXCELLENTS NOBEL FRANçAIS MIS TRES VITE à LA FOSSE LAS,LAS

  • Par C3H5.NO3.3 - 08/02/2016 - 18:30 - Signaler un abus lol

    Un grand article bien compliqué pour nous dire que celui qui a la plache a billets la plus rapide gagne. Accessoirement que les pays endettés vont l'etre encore plus. Bon, il est temps de sortir du jeu, d'adopter une monnaie indexée sur l'or ou le platine, d'attendre que ces messieurs coulent leurs monnaies a coup de qe, et de racheter leurs entreprises et leur immobilier et de devenir rentiers.

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Philippe Waechter

Philippe Waechter est directeur des études économiques chez Natixis Asset Management.

Ses thèmes de prédilection sont l'analyse du cycle économique, le comportement des banques centrales, l'emploi, et le marché des changes et des flux internationaux de capitaux.

Il est l'auteur de "Subprime, la faillite mondiale ? Cette crise financière qui va changer votre vie(Editions Alphée, 2008).

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.

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