Atlantico : Une attaque armée visant le siège du parti au pouvoir Nouvelle-Démocratie a eu lieu lundi 14 janvier en Grèce, selon l'AFP. Des coups de feu ont été tirés très tôt selon la police, et une balle a été retrouvée dans le bureau du Premier ministre Antonis Samaras. Cette fusillade intervient après une série d'incendies criminels contre les locaux de partis politiques, et la police grecque a évoqué le possible retour de Lutte révolutionnaire, un groupe d’extrême-gauche qui a déjà mené plusieurs actions violentes. La Grèce est-elle au bord de l’explosion politique ?
Stathis Kouvelakis : Il y a une grande tension politique en Grèce, liée à l'intensité de la crise économique, sociale, et bien entendu politique. C'est dans ce contexte qu'il faut analyser les éléments d'une "stratégie de tension" qui se met en place. Ceci étant, il faut avoir des éléments sérieux pour identifier les auteurs de la récente attaque. Le scénario de la police parle d'une possible résurgence d'un terrorisme d'extrême gauche.
C'est aussi le discours tenu par le gouvernement, qui utilise cette attaque pour mettre en accusation Syriza, le principal parti d'opposition de la gauche radicale, en le sommant de se dissocier de cette attaque, ce qui est ridicule. Il laisse entendre qu'il serait moralement responsable de cette attaque du fait de la politique d'opposition qu'il mène.
J'observe que cette attaque n'a pas été revendiquée alors que traditionnellement, les groupes d'extrême gauche revendiquent leurs actes à travers des textes très longs car il s'agit pour eux de faire de la propagande leurs idées.
Les attaques de ces dernières années (2000-2010) dans la foulée des événements de décembre 2008, ne provenaient pas du tout des groupes d'extrême-gauche classiques des années 1970-1980, mais plutôt de la mouvance anarchiste ou autonomiste qui existe en Grèce. Elle est extrêmement fragmentée et opaque. Les divers sigles qui apparaissent ne renvoient pas à des entités identifiables. On est donc dans le brouillard le plus complet, et il faut comprendre que le climat économique est tendu.
La situation économique de la Grèce joue-t-elle un grand rôle dans la crise politique qui traverse le pays?
La crise économique qui traverse la Grèce s'est immédiatement transformée en crise politique. La mise en place de ces mémorandums signifie en réalité que le Parlement grec n'est plus le centre de décision du pouvoir, et les gouvernements grecs ne font que mettre en place des politiques qui sont décidées ailleurs. Les tensions sociales sont extrêmement fortes car la mise en œuvre de la politique a des conséquences dramatiques en matière d'appauvrissement de la population, de récession, de chômage - le chômage est à 28%. Un tiers de la population vit en dessous ou sur le seuil de pauvreté, selon les chiffres officiels.
Cette situation a provoqué des affrontements sociaux extrêmement vifs. Durant ces affrontements, la répression policière a été très forte. Les images de la répression contre les manifestations aux abords du parlement grec sont devenues monnaie courante. Nous y sommes habitués depuis maintenant près de trois ans.
Il y a une extrême droite néo-nazie extrêmement violente qui se développe aussi, et qui bénéficie de l'appui ouvert de la police. Ce courant est important, et ce sont des choses qu'on a déjà vu dans le passé. D'un côté une crise sociale, un véritable cataclysme, de l'autre côté un affaissement de l'autorité de l'État. On sait par l'expérience de l'histoire que ces groupes ne peuvent opérer une percée que lorsque l'État apparaît comme incapable d'assurer des fonctions essentielles, des fonctions de service public, social, jusqu'aux services de l'ordre et de la sécurité. Ces groupes peuvent bénéficier d'un soutien important de la population, et c'est cela qui est nouveau.
Hormis les contestations sociales dans le pays, les groupes politiques sont-ils un moyen de lutter contre les réformes mises en place ? Est-ce un réflexe inhérent à la Grèce de résister via des organisations extrêmes ?
L'histoire de la Grèce est jalonnée par l'action de groupes violents liés à l'État, liés à a droite et aux fractions les plus dures de l'État grec qui ont à plusieurs reprises joué la carte de la déstabilisation comme lors de l'affaire Z en 1961. Des groupes paramilitaires ont assassiné un député de gauche.
C'est banal que ce type de groupes jouisse d'un soutien, et interagisse avec des fractions de l'appareil d'État et notamment la police. On sait que dans les unités spéciales de la police, peut-être la moitié des membres a voté pour Aube Dorée. Concrètement, sur le terrain, à chaque fois que des groupes d'extrême droite se livrent à des pogroms contre des immigrés, des migrants ou des militants de gauche, ils bénéficient systématiquement de l'appui et de la couverture de la police locale, comme c'est le cas dans certains quartiers d'Athènes.
L'opinion répandue dans les milieux d'opposition de gauche est que cette stratégie de la tension serait plutôt le fait d'éléments venant de l'Etat profond lui-même. Il chercherait à créer un climat d'instabilité et de peur pour faire barrage à la montée de la gauche et à la perspective d'un changement politique. Ce sont les termes du débat actuel.
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
comme toute l'extrême-gauche!
Ils sont furieux contre eux-même et on les comprend!
se sont discrédités notamment le parti socialiste. Il reste aux Grecs les extrêmes. A droite s'il veulent s'en sortir. Mais le veulent-ils vraiment, eux plus prompts à tendre la sébille qu'à se retrousser les manches ? En attendant qu'ils remboursent leurs dettes... bon, inutile c'est vrai, la Fraznce est prête pour encore mettre la main à la poche via les impôts.
L’économie c'est comme le supplice du pal au début ça fait du bien après ça finit mal!
voire de tous les pays européens, sous contrôle UE?
A voir.
Seule certitude, nous marchons dans cette direction.