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Et si la crise italienne renforçait l’euro ?

"Ce qui ne me tue pas me rend plus fort" : la zone euro va pouvoir vérifier le mot de Nietzsche. En effet, l’Italie puis l’Espagne viennent de changer d’équipe politique, et peut-être de stratégie économique, s’éloignant des clous de la réduction des déséquilibres budgétaires au sein de la zone euro. Quelle est donc cette double fronde ? D’où vient-elle ? Est-elle explosive ou bienvenue ? Qu’en faire ?

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Et si la crise italienne renforçait l’euro ?

 Crédit Pixabay

D’abord nous vivons une double fronde électorale, en Italie puis en Espagne. Un étrange attelage va diriger l’Italie, troisième économie de la zone euro : un chef méconnu entouré de leaders aussi puissants qu’opposés. L’un critique l’euro qui ne conviendrait pas au puissant Nord. L’autre veut un revenu minimum pour tous, mais souhaite rester dans l’euro, qui protégerait le faible Sud. Un nouvel attelage, presqu’aussi étrange, va diriger la quatrième économie de la zone, l’Espagne. Le Premier ministre sera sans expérience non plus, « soutenu » par 84 députés socialistes sur un total de 350.

Là aussi, on attend le programme 

D’où vient cette double fronde ? De l’incompréhension et de l’impatience des peuples, pourraient dire les marchés financiers : encore dix ans, et l’Italie et l’Espagne étaient sauvés ! Les marchés financiers sont en effet, pour la zone euro, braqués sur le déficit budgétaire et le niveau de dette publique par rapport au PIB. Pour l’Italie, le premier est à 2,3% du PIB, le second à 134%. La piste prévue pour l’Italie, avant ces « événements politiques », était une croissance nominale du PIB vers 2,5% dans les années à venir, la poursuite de l’effort fiscal avec un excédent primaire aux environs de 3% du PIB et un taux d’intérêt sur la dette publique autour de 2%. Dans ces conditions, le ratio dette sur PIB passait à 80% en 2030, l’Italie était sauvée ! La même histoire se passerait avec l’Espagne, mais moins contraignante, le niveau de dette y étant plus faible et la croissance plus forte. Ce pays a en effet plus de croissance nominale (autour de 4%) et aura seulement besoin d’un faible excédent primaire (autour de 0,2% du PIB) pour atteindre, lui-aussi, un ratio dette/PIB de 80% à l’horizon 2030. L’Espagne était sauvée, comme l’Italie !

 

Quel dommage que ces chocs politiques ! Si les taux d’intérêt de la BCE restaient bas, et surtout en retard par rapport aux taux américains, si les banques continuaient leur cure d’amélioration, si l’union bancaire se mettait en place, avec une croissance mondiale, et notamment américaine, qui se poursuivait, les pays fragiles de la zone étaient sauvés. Le Portugal était revenu en bon état, la Grèce sortie de l’hôpital et la France commençait ses réformes ! La stratégie Draghi-Bruxelles marchait ! Si, si, si…

 

Ou bien sont-ils une réaction bienvenue, une semonce salutaire ? Qu’en faire pour renforcer la zone euro ? En fait, dix ans pour « s’ajuster », c’est trop avec une croissance trop faible et surtout un chômage trop fort : 16,7% en Espagne, 11,2% en Italie, 9,2% en France. Cette croissance trop faible, au sud, pâtit d’une croissance trop forte au nord, avec un excédent de la zone qui vient de la seule Allemagne. Son excédent courant représente 8% de son PIB, ce qui explique les 3,5% d’excédent courant de la zone, et donc un euro fort. L’euro-allemand, grâce aux déficits des autres membres de la zone, est ainsi plus faible de 15% au moins, ce qui aide les exportations allemandes, sachant que l’euro-italien, l’euro-espagnol et l’euro-français sont plus forts de 10% au moins, ce qui handicape leurs exportations, et leur croissance avec.

 

 

 
Commentaires

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  • Par philippe de commynes - 04/06/2018 - 09:46 - Signaler un abus Excellente analyse

    Donc si l'Italie a enfin des dirigeants qui défendent ses intérêts, qui ne se soumettent plus à des euro-diktats , qu'elle présente un plan Savona pour récupérer des marges de manoeuvres pour retrouver la croissance, qu'elle obtienne satisfaction sous la menace d'un plan B de la zone Euro, alors l'Italie agira pour son intérêt, et pour celui de toute l'Europe. Merci à Atlantico de nous faire lire Betbeze plutôt que les sempiternels journalistes bien pensants " Populisme, ooh quelle horreur, répétez après moi : populisme, pas beau, pas bien !"

  • Par Ganesha - 04/06/2018 - 10:07 - Signaler un abus Lourde tâche mr. Betbeze :

    Lourde tâche mr. Betbeze : essayer de faire comprendre à tous les crétins, bourgeois Ripoublicains, égoïstes à courte vue, qui pullulent sur Atlantico, que la solution, ce n'est pas d'exterminer tous les pauvres dans notre pays !

  • Par ajm - 04/06/2018 - 11:02 - Signaler un abus Tendances lourdes

    Ce qui n'est pas simple, c'est que l'économie Allemande toute entière est structurée depuis la fin du 19'siècle vers l'export. La seule période où cette caractéristique a été battue en brèche est celle de l'entre deux guerres , surtout après la crise de 29, l'arrivée au pouvoir de Hitler en 1933 et la militarisation du pays ( economie de guerre). De plus, une relance de la consommation Allemande peut se tourner largement en interne ( demande de produits et surtout de services nécessairement locaux) ou s'évaporer en produits Chinois ( autre bouffeur de croissance des autres) ou solliciter un peu plus l'Europe de l'est, déjà en forte croissance. Le petit delta de demande qui se dirigerait sur l'Italie, la France etc. serait-il suffisant ? Pour la France, il faudrait une politique spécifiquement axée sur l'industrie, les PME industrielles existantes, et pas seulement une vision obsédée par les start-up dont la mise en place de plate-formes digitales avec maîtrise d'algorithmes est le principal fonds de commerce

  • Par Benvoyons - 04/06/2018 - 12:06 - Signaler un abus Faut prendre les vrais problèmes pour faire de nouveaux leviers!

    Un État avec 57% de charge & 47,7% de prélèvement mais encore cerise sur le gâteau 68Mds€ de dette 2017 en plus. Avec cette équation qui ne fait qu’appauvrir la France, provoque en fait une situation ubuesque car ceux qui commandent la France ne sont pas les élus mais des Fonctionnaires Énarques dont ceux de Bercy et cela dans tous les domaines. Faut ajouter car le noeud du problème est là pour la France cette propension des Fonctionnaires à vouloir systématiquement diriger les entreprises Françaises. Donc au lieu d'aider de faciliter les entreprises en leur laissant la dynamique, l’innovation, le Commerce et bien la France bloque systématiquement pour faire croire au peuple que sans nos Fonctionnaires rien ne peut se faire. Exemple : En Allemagne un étudiant dans n'importe quel domaine partant en stage à l'étranger & bien son rapport sera communiqué aux entreprises Allemandes c'est ainsi depuis fort longtemps. En France cela a toujours été considéré comme le mal absolu dans intelligentsia du Ministère l’Éducation Nationale. En fait tous ls Allemands participent à la réussite de leur Pays alors qu'en France c'est à celui qui mettra le plus de bâton dans les roues qui est considéré

  • Par Allegro - 04/06/2018 - 12:15 - Signaler un abus bonne analyse

    Et commençons par appliquer le sixpack en sanctionnant l'excédent allemand excessif. Et si possible en le modifiant pour le rendre symétrique.

  • Par vangog - 04/06/2018 - 13:37 - Signaler un abus Totalement absurde!

    Demander à l’Allemagne de réduire ses excédents budgétaires pour que les sudistes réduisent leurs déficits, est non seulement irréaliste, mais absurde! L’Allemagne n’a pas besoin d’investir dans des équipements supplémentaires car elle a anticipé, il y a vingt ans, les réformes indispensables à effectuer, (Deutsche bahn, Lufthansa, autoroutes amorties et gratuites, infrastructures portuaires flambant neuf ...) et elle a fait les bons choix. A cette époque, les Français, Italiens, Espagnols, grecs, gouvernés par des gouvernements d'affinité gauchiste, réalisaient de mauvais choix (Areva, TGV, destruction des ports par les syndicats gauchistes...), et n’anticipaient pas l’avenir. L’Espagne de Rajoy a su inverser cette tendance mortelle, mais elle est la seule...Betbeze a du aml a avoué l’evidence: les différences de déficits/excédents budgétaires des pays europe3ns sont dus à l’introduction d’une monnaie unique dans des pays de compétitivité différente, et cette différence s’accentuera, contrairement à ce que coûte l’analyste qui confond causes été conséquences...

  • Par kelenborn - 04/06/2018 - 22:00 - Signaler un abus Couillon de Vangode

    Si l'Euro allemand a un cours plus compétitif que l'Euro français ( pour ceux qui n'ont pas compris c'est le cours de l'Euro corrigé par le niveau des prix à l'exportation) ce n'est pas à cause de je ne sais quelle réforme ou des coûts salariaux comparables en France et en Allemagne mais parce que les produits fabriqués en Europe de l'est , importés et réexportés ont un effet déflationniste sur les prix Fais pas le singe savant: le singe suffit !

  • Par vangog - 04/06/2018 - 22:36 - Signaler un abus @kelleburne L’insulte est votre plus grande qualité!

    Pour le reste, votre seul et unique argument répété en boucle n’en fait pas une vérité universelle...Certes, l’Allemagne a profité de son Lebensraum pour peser sur ses salaires à la baisse, mais elle collectionnait déjà les excédents commerciaux bien avant la réunification. Il existe donc des facteurs intrinseques à l’Allemagne, dépendants de son identité, et hors de toute conjoncture, pour expliquer ses excédents. Or, l’Allemagne n’abandonnera jamais son identité, ni son moteur qui est expansionniste. Ceux qui croient que les Nations peuvent abandonner leur identité nationale pour se fondre dans le moule europeiste, se mettent le doigt dans l’oeil jusqu’au trognon...d’ailleurs l’actualité ne cesse de leur donner tort...

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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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