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Et si c’était la réussite sociale de vos grands-parents qui prédestinait la vôtre?

Plusieurs études anglo-saxonnes publiées récemment indiquent que la réalité de la reproduction sociale n'est pas le seul héritage des parents, et que le destin professionnel et social d'un individu est davantage à chercher chez ses ancêtres plus lointains.

Tel grand-père, tel petit-fils

Publié le 11 juillet 2013 - Mis à jour le 12 juillet 2013
 
Un enfant a plus de chances de voir son avenir conditionné par la position sociale de ses grands-parents que par celle de ses parents.

Un enfant a plus de chances de voir son avenir conditionné par la position sociale de ses grands-parents que par celle de ses parents. Crédit Reuters

Selon des études réalisées par deux grandes universités britanniques, un enfant a plus de chances de voir son avenir conditionné par la position sociale de ses grands-parents que par celle de ses propres parents. Une conclusion qui revient à mettre en évidence une certaine permanence dans la reproduction sociale et donc de la faible mobilité des individus quand une famille est analysée sur plusieurs générations.

C'est ce travail sur le long terme qu'a d'ailleurs effectué Gregory Clark, professeur à l'université de Californie, quand il s'est intéressé dans une étude exhaustive à la répartition des noms de famille dans les différentes couches sociales en Angleterre depuis 1800. Et sa conclusion est sans appel : de 70 à 80% des statuts sociaux familiaux sont transmis de génération à génération sur plusieurs siècles.

Ces études font donc ressortir un constat lapidaire pour les idéaux méritocratiques : que l'on regarde sur deux générations ou sur deux siècles, la réussite sociale est rarement le fruit du seul travail individuel... et encore moins du hasard.

Atlantico : Les études menées par les universités d'Oxford et de Durham démontrent - surtout chez les hommes - que la position sociale des grands-parents a statistiquement plus de chance d'influencer le destin professionnel (positivement ou négativement) d'une personne que la position de ses parents. Ce résultat vous semble-t-il crédible ? Vous surprend-il et comment l'expliqueriez-vous ? 

Denis Monneuse : Cette étude repose sur un échantillon de plus de 17 000 personnes, le résultat est donc significatif. Une croyance populaire depuis le XIXe siècle veut qu’il existe une "loi des trois générations" : la première crée, la deuxième développe et la troisième dilapide. Cette étude prouve une nouvelle fois que cette loi n’est pas vérifiée ! On savait que la position sociale des grands-parents avait une influence sur les petits-enfants, mais pas qu’elle pouvait être supérieure à celle des parents. Ceci dit, l’enquête ne porte que sur des Britanniques. Il faudrait mener une recherche identique sur trois générations de Français pour voir si cette influence est aussi forte dans notre pays.

Cette étude remet-elle en cause le sacro-saint principe que l'on hérite sa position sociale en partie du capital social hérité des parents ? N'a-t-on pas accordé trop d'importance à la "famille nucléaire" pour prévoir la destinée d'un enfant alors que l'influence familiale était en fait beaucoup plus large ? 

Denis Monneuse : Il est vrai que l’on a trop tendance à se focaliser sur la transmission de capital social entre le père et ses enfants. Le rôle de la mère, des grands-parents ainsi que des oncles et tantes par exemple est plus rarement pris en compte. Pourtant, avec le bouleversement des structures familiales depuis les années 1970, la relation père / enfant s’est affaiblie. Mais il faut souligner que prendre en compte l’influence familiale au-delà de celle du père demande de mener des enquêtes beaucoup plus longues et plus complexes à analyser. Ce que montre cette étude, c’est que la reproduction sociale demeure extrêmement forte : le déclassement d’un membre de la famille n’entraîne pas le déclassement de ses descendants. De même qu’un seul "accident social" a des conséquences limitées sur la trajectoire familiale, une seule réussite sociale a peu de chance de modifier le positionnement social familial.

L'étude de Gregory Clark démontre que la probabilité d’évolution sociale d’un individu par rapport à ses ancêtres est quasiment nulle et cela sur plusieurs siècles. Quelle crédibilité accorder à un tel résultat ?

Xavier Molénat : Aussi triste que cela puisse paraître,  les résultats de cette étude ne me semblent absolument pas surprenants. Notre vision d’un Occident et d’une France offrant une grande mobilité sociale a été créée par un effet de loupe grossissante centré sur l’évolution sociale qui prend pied entre l’après-guerre et le début des années 1960. Cela n’a pourtant duré qu’une vingtaine d’années mais l'idée s’est répandue dans l’esprit de tous les Français comme un petit fantasme auquel se raccrocher. Dans les faits, de nombreux chercheurs ont montré que dès 1965, un important phénomène de déclassement social a commencé à se mettre en place. Cependant, la société a bien évidemment préféré croire aux théories de chercheurs comme Henri Mandras qui soutenait la moyennisation de la société et le rapprochement progressif des conditions de vie entre les Français. L’état actuel de notre société prouve qu’il avait tort.

 


Commentaires

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  • Par gliocyte - 12/07/2013 - 08:16 - Signaler un abus @la saucisse intello

    Quelle est la "morale" de votre histoire? Prônez-vous l'enfant unique? Est-ce "plus je vois les hommes, plus j'aime les bêtes?" (votre amour pour celles-ci ne fait aucun doute, au regard de vos nombreuses métaphores). Avez-vous donc décidé, vu le monde, que saucisse intello ne fera jamais dans les "saucissettes" ni dans les "saucissonous"?

  • Par SimK - 12/07/2013 - 07:26 - Signaler un abus en mode encore plus nouveau du genre plus complet

    Denis est un sociologue et Monneuse est la sociologue
    Allo, mais on cherchera où pour se trouver quand le couple est devenu une paire de même acabit genre grand-maman et grand-maman d'un coté, et grand-maman et grand-maman de l'autre
    ou alors avec grand-papa et grand-papa et avec grand-papa et grand-papa.
    Heureusement il y aura des salles de shoot étatiK pour purger l'être humain.

  • Par la saucisse intello - 12/07/2013 - 04:13 - Signaler un abus @ gliocyte....

    Quand nous sommes en ville, mon travail du matin c'est pain-journal-café. Pour çe je passe parfois devant une école primaire à l'heure où les "mamans" viennent amener leurs co......pardon, leurs moutards. Il m'arrive de saisir des bribes de "conversation" ou d'entendre une conne (parfois plusieurs !) raconter leur pauvre vie au téléphone. Alors moi qui crains celui qui est là-haut (car un jour il faudra bien paraître !), je joins les mains, ferme les yeux et murmure "mon père, mon père, pourquoi m'as-tu abandonné" ! Et quand viendra l'heure, il me dira "la saucisse, la saucisse, j'ai entendu parler de toi (car j'entends tout !), tu n'avais pas beaucoup d'estime pour tes frères humains ? " et moi "non mais franchement, ya longtemps que t'as pas regardé en bas, t'as vu la tronche qu'ils ont, mes frères, putain, je regrette pas que tu m'aies fait fils unique ! D'ailleurs toi aussi, tu n'en as qu'un, hein, pas fou le grand patron ! "

  • Par refrancore - 11/07/2013 - 22:24 - Signaler un abus les pays anglo-saxons ne sont pas la France

    les commentaires de l'article et des lecteurs parlent de la France ,l'apres guerre,l'ascenseur social,...mais l'etude est anglo-saxonne ,..;
    elle a été realisée dans des pays anglo saxon ( GB,USA)avec tres peu de droits de succession ,sans ISF,la continuité est la regle ..pas d'etonnement outre mesure .
    en France c'est different!

  • Par gliocyte - 11/07/2013 - 18:56 - Signaler un abus La famille

    Plus votre famille est unie, plus il y a de liens entre les générations, meilleur sera votre ancrage dans la vie. Alors qu'est-ce que la réussite? Se juge t-elle sur des avoirs financiers ou sur des valeurs partagées?
    La nouvelle lubie est de s'orienter vers une génération "spontanée", asexuée. Le tout tout de suite, parce que je le vaux bien, à visée purement mercantile essaie de s'imposer et de détricoter la famille, le dernier bastion, l'ultime rempart contre l'abyssale solitude qu'a engendré le culte de l'égocentrisme.

  • Par la saucisse intello - 11/07/2013 - 11:30 - Signaler un abus Encore des conneries....

    Il est vrai que ce machin est écrit par une "sociologue" ! J'ai trouvé un jour au milieu de la plaine de crau un minuscule chiot qui n'avait pas encore les yeux ouverts. Il est venu à la maison, nous l'avons élevé au début au biberon. Il ne ressemblait à rien, un ratier, un "chien de moutons" avec des oreilles cassées et une queue en trompette ! C'est devenu un lapinier extraordinnaire. Il nous a quittés en 86, les chasseurs du village s'en souviennent encore ! Comment ? Trés simple : En s'occupant de lui, en lui parlant, avec de l'affection, la liberté et toujours le ventre plein. Voilà comment ce chien est DEVENU intelligent : En S'OCCUPANT de lui. Les gosses c'est pareil. Sauf pour la reconnaissance, un chien, lui, en aura toujours, les gosses c'est moins sur !....Dors bien, mon "kikounet" !

  • Par Claudec - 11/07/2013 - 09:18 - Signaler un abus Jouer sur les mots

    « ... la réussite sociale est rarement le fruit du seul travail individuel... et encore moins du hasard. »
    Alors, comment appeler le sort qui fait naître chacun d'entre nous, ici plutôt qu'ailleurs, dans telle famille plutôt que dans telle autre ?
    Voir attentivement à ce sujet
    http://claudec-abominablepyramidesociale.blogspot.com

Denis Monneuse - Xavier Molénat

Denis Monneuse est sociologue, écrivain et consultant en Ressources Humaines. Il est également l'auteur du livre Les jeunes expliqués aux vieux paru chez L'Harmattan en octobre 2012.

Xavier Molénat est journaliste pour le magazine Sciences Humaines

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