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Et si Bernard Tapie n’était pas que dans la vantardise lorsqu’il prétend pouvoir atteindre les 5 à 6% aux prochaines présidentielles

Bernard Tapie confirme son retour dans l’arène politique et dévoile sa stratégie pour la présidentielle de 2017 pour capter le vote FN. Dans une interview donnée au Financial Times, il prétend pouvoir s'approcher de la barre des 5-6% aux présidentielles de 2017, et ainsi jouer un rôle d'arbitre dans cette élection.

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Publié le - Mis à jour le 5 Février 2016
Et si Bernard Tapie n’était pas que dans la vantardise lorsqu’il prétend pouvoir atteindre les 5 à 6% aux prochaines présidentielles

Atlantico : Quels sont les moyens dont dispose Bernard Tapie pour parvenir à ses fins, notamment en termes de soutien politique et de capacités de financement ? 

Valérie Lecasble : Bernard Tapie nous joue un mauvais remake du milieu des années 1990 quand il avait rêvé être maire de Marseille. Après avoir dû démissionner de son poste de ministre du gouvernement Bérégovoy et fort de son titre de patron de l'OM, il avait voulu se faire élire maire de la deuxième ville de France avant de devoir renoncer, rattrapé par son passé judiciaire. Confronté aujourd'hui à de nouvelles difficultés, à la suite de la remise en cause de son arbitrage avec le Crédit Lyonnais, il sort du bois pour la prochaine élection présidentielle.

C’est toujours la même tactique : faire pression sur le politique pour régler ses affaires personnelles. Et ensuite, pouvoir affirmer que c'est parce qu'on lui en veut pour son engagement politique, parce qu'il est une menace pour les autres candidats, qu'on le fait plonger pour ses affaires personnelles. Je doute vivement que cette fois-ci la mayonnaise prenne. La ficelle est trop grosse, la méthode trop éculée pour que les électeurs s'y fassent prendre. 5 à 6%, même pas en rêve ! Par ailleurs, maintenant que les signatures sont devenues publiques, je doute même qu'il obtienne le soutien des élus locaux pour se présenter. Et étant donné les enjeux de la prochaine élection présidentielle dont le critère d’efficacité est mis en avant pour juger de la pertinence d’une candidature qui serait capable de rassembler le plus grand nombre d’électeurs, cela me paraît compliqué. Avec le risque d’un vote FN au second tour, le premier tour sera tout de suite déterminé par un vote utile.

Denis Tilliniac : Bernard Tapie ne peut avoir de soutien politique qu’à droite parce qu’il est effectivement en mesure de prendre un certain nombre de voix au Front National. Plus le FN engrange des voix et mieux les socialistes se portent, donc prendre des voix au parti de Marine Le Pen ne peut qu’avantager le ou les candidats à droite qui ont donc tout intérêt à soutenir Tapie. Quant aux moyens financiers, je répondrais en citant De Gaulle qui disait "lorsqu’il y a une volonté, il y a un chemin !", autrement dit l’intendance suivra et elle suivra toujours. Tapie présente une candidature intéressante pour la droite puisque par sa gouaille, son style direct et son discours sans langue de bois, c’est un homme qui parle aux électeurs du FN et qui est pour le moment le seul à pouvoir capter une partie du vote frontiste. Il faut rappeler que Tapie a été le seul à avoir accepté un débat avec Jean-Marie Le Pen à une époque où la diabolisation fonctionnait à plein pot et où la qualité d’orateur du président du FN donnaient des sueurs froides aux politiques de droite comme de gauche. Rappelons-nous du refus de Chirac de débattre entre les deux tours des présidentielles de 2002 marqué par l’élimination de la gauche au premier tour par le score historique du FN. Tapie, lui, est allé au charbon et il s’en est plutôt bien tiré. Il a fait preuve de courage et cet exemple est resté dans les mémoires. Madame Le Pen va donc devoir se méfier de lui.

Les affaires dans lesquelles s'est retrouvé impliqué Bernard Tapie, dont celle de l’arbitrage frauduleux dans l’affaire de la revente d’Adidas au Crédit Lyonnais pour ne citer que la plus récente, ne l'ont-elles pas définitivement mis hors jeu politiquement ?

Valérie Lecasble : Bien sûr ! Franchement, je ne vois vraiment pas comment il pourrait être crédible. Même quand il rappelle qu'il est un enfant des banlieues né au Bourget et qu'en tant que tel il pourrait s'opposer au Front National, on ne le croit plus. Les banlieues d'aujourd'hui ne sont plus celles de son enfance. L'enjeu est devenu beaucoup plus complexe. Dans les années 90, son image d’homme d’affaires qui réussit était en phase avec son époque. C’était le temps de la déréglementation des marchés financiers et le thème de la réussite sociale avait un impact électoral. Mais aujourd’hui, avec le taux de chômage galopant, la crise économique, la précarité, son image écornée par les affaires et la suppression des emplois suite aux restructurations ne peut plus passer. Sa figure de self-made man est trop contestée. Bernard Tapie n’est pas un entrepreneur qui peut justifier d’une formidable réussite comme Bernard Arnault ou Vincent Bolloré.

Denis Tilliniac : Non, je ne crois pas. L’opinion publique est tellement convaincue que tous les politiques, de quelque bord que ce soit, entretiennent un rapport pas très net avec l’argent, qu’elle n’en tiendra pas rigueur pour ce qui est de Bernard Tapie. Et d’ailleurs, sa franchise et son culot peuvent favoriser une certaine indulgence à son égard. Et l’impression qu’il est victime d’un acharnement judiciaire peut jouer en sa faveur. Sarkozy avait repris des points lorsque les magistrats le harcelaient un peu trop. Surtout que d’après les dernière études d’opinion, la défiance des Française par rapport aux politiques et aux magistrats est de plus en plus grande. Bernard Tapie peut donc prendre le peuple à témoin contre les médias et l’institution judiciaire comme Silvio Berlusconi l’a fait en Italie pendant 20 ans. 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 04/02/2016 - 09:26 - Signaler un abus Moi je suis favorable à ce que Tapie se présente...

    Plus les patriotes auront contre eux des escrocs, des hommes de clans, des ex-ministres qui ont apporté la preuve de leur impuissance et de leur médiocrité, plus le Front National grimpera. Tant mieux, car il y a urgence pour la France!

  • Par jurgio - 04/02/2016 - 10:35 - Signaler un abus Tapie ne s'est pas encore rendu compte

    que le Front National n'est plus ce qu'il a été. Il retarde. C'est une force que ses muscles vieillis et amaigris ne feront pas bougé d'une semelle.

  • Par l'enclume - 04/02/2016 - 17:35 - Signaler un abus Tous pourris, certain(e)s plus que d'autres

    vangog - 04/02/2016 - 09:26 - En matière d'escrocs, je pense que le F.Haine n'a rien à envier à quelque parti que ce soit.

  • Par Anguerrand - 04/02/2016 - 18:18 - Signaler un abus C'est vrai qu'au FN

    on a rien à se reprocher, des saints ces gauchistes nationalistes.

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Valérie Lecasble

Valérie Lescable est vice-présidente de TBWA Corporate. Elle a été une des conseillères en communication de François Hollande pendant sa campagne. Elle était auparavant journaliste.

Valérie Lecasble est également l’auteur de trois ouvrages : « Le Roman de Canal+ », Grasset, 2001 ; « Forages en eau profonde, les secrets de l’affaire Elf », Grasset, 1998. Prix du meilleur livre d’investigation Jacques Derogy - L’Express ; et « Le Flambeur, la vraie vie de Bernard Tapie », Grasset, 1994.

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Denis Tillinac

Denis Tillinac est écrivain, éditeur  et journaliste.

Il a dirigé la maison d'édition La Table Ronde de 1992 à 2007. Il est membre de l'Institut Thomas-More. Il fait partie, aux côtés de Claude Michelet, Michel Peyramaure et tant d'autres, de ce qu'il est convenu d'appeler l'École de Brive. Il a publié en 2011 Dictionnaire amoureux du catholicisme.

 

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