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Et au fait, en cas de Brexit, qui de Paris ou de Berlin récupérerait le poids politique abandonné par Londres ?

Alors que le Conseil européen s’est clôt sur un accord obtenu par David Cameron donnant un statut très particulier au Royaume-Uni, la question du "Brexit" n'en reste pas moins à l’ordre du jour. L'entrée en piste de Boris Johnson, le maire de Londres, du côté des pro-Brexit joue en défaveur du Premier ministre. Certains en Europe finissent par ne pas voir d'un mauvais oeil le départ d'une Grande-Bretagne parfois jugée nuisible au projet européen.

Vases communicants

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Et au fait, en cas de Brexit, qui de Paris ou de Berlin récupérerait le poids politique abandonné par Londres ?

Atlantico : Prenant le contre-pied de la plupart des acteurs et commentateurs de la vie politique européenne, certaines personnalités comme Michel Rocard vont jusqu’à se prononcer en faveur du Brexit, jugeant cet événement bénéfique pour l’Union européenne. Au delà des conséquences négatives, est-il possible d'imaginer des points positifs pour la France et l'Europe ? 

Alain Wallon : Il y a ces personnalités, mais aussi des Etats membres, comme la Belgique en particulier, qui estiment que le jeu permanent du Royaume-Uni vis-à-vis de l’Europe, lequel a toujours consisté à y souper à la carte, refusant le menu général, a atteint ses limites. Tout d’abord, on peut comprendre, voire partager cette exaspération, dans la mesure où c’est précisément au moment où l’UE a le plus besoin de resserrer ses rangs, de colmater les graves fissures révélées dans l’édifice par la dite crise des migrants, sans oublier celle de la dette et les fragilités de l’union économique et monétaire, que David Cameron a fait le coup de l’éléphant dans le magasin de porcelaine.

Il a tablé très consciemment, d’ailleurs, en négociateur habile, sur les divisions et la cacophonie actuelles pour tenter d’avancer ses pions le plus loin possible, quitte à devoir ensuite revenir sur une ligne de fond moins extrême pour obtenir un consensus, ce qui s’est effectivement passé. Ensuite, il est indéniable que tout ne serait pas négatif pour l’UE en cas de départ des Britanniques. Cela permettrait de réaffirmer de façon plus forte l’objectif d’une intégration politique toujours plus approfondie, plutôt que de se faire mollement et sans le dire à l’idée d’une Europe figée dans son statu quo. En commençant par poursuivre la construction du marché intérieur, en l’adaptant aux formes dématérialisées de l’économie digitale, en agissant enfin pour réduire à la portion congrue le dumping fiscal et en avançant vers un socle social commun en Europe, au lieu d’évoluer à coups de déréglementation, vers le modèle, ingérable, de 28 renards libres dans un vaste poulailler libre.

De même, on peut imaginer que, sans la Grande-Bretagne, toujours disponible pour limiter le poids du duo franco-allemand, l’Allemagne n’aurait d’autre choix que de se rapprocher à nouveau et plus durablement de la France, et que les "petits" ou "nouveaux" pays (d’adhésion récente), aujourd’hui prompts à aller frapper à la porte de Londres quand ils veulent construire un rapport de forces ponctuel au Conseil, y regarderaient à deux fois avant de se passer d’une coopération avec les pays fondateurs.

Mais cela reste un scénario assez imaginaire. Le départ de la Grande-Bretagne créerait avant tout un grand vide dont la force d’attraction pourrait être, hélas, celle d’une sorte de "trou noir" plutôt que l’émergence d’une jolie galaxie pétante de dynamisme ! Les conséquences économiques (15% de la richesse en moins, près de 8% des échanges intérieurs, perte d’une contribution nette au budget européen, etc.), même si elles étaient compensées par une voilure adaptée, y compris en coûts, à une taille désormais réduite de l’ensemble européen, peuvent prendre une dimension politique aux effets difficiles à imaginer. Et ce, autant au plan macroéconomique, dans une période de grande nervosité des marchés, qu’au niveau des situations politiques dans les Etats membres : tentation d’imiter le scénario anglais, réflexes de repli frileux sur un pré carré national ou/et sur une Europe à minima dès lors soumise à des tensions porteuses de sérieux risques d’éclatement. Cela ne veut pas dire qu’un Brexit conduirait fatalement au scénario catastrophe, mais rien n’indique que les choses deviendraient d’un seul coup plus simples et faciles. Il faut aussi garder à l’esprit le fait que le processus de sortie de l’UE pourra prendre deux ans, voire beaucoup plus si un accord sur les conditions de cette sortie tarde à intervenir. Ce qui est tout à fait possible dans la mesure où les institutions européennes n’ont aucune expérience préalable en ce domaine – le départ des Britanniques seraient une "première" - et que ceux-ci, qui connaissent ces institutions de l’intérieur, auront plus d’un tour dans leur sac pour tenter d’arracher les meilleures conditions possibles. Mais, comme la législation européenne continuerait à s’appliquer au Royaume-Uni pendant ces discussions, il peut aussi être dans l’intérêt politique des partants de ne pas trop traîner, sachant de plus que, faute d’un accord unanime des 27 pour prolonger le délai de deux ans prévu aux Traités, ils seraient contraints de quitter l’Union sans accord de retrait …

En revanche, pour une UE obligée à se repenser sans l’Angleterre, il n’y aurait plus de prétexte pour éviter une remise à plat des traités et de "passer au marbre" le moteur européen pour en reconfigurer un certain nombre de dispositifs et d’instruments. Ce qui apparaît de plus en plus clairement comme une nouvelle ligne d’horizon, ainsi que l’a déclaré récemment Matteo Renzi, le Premier ministre italien. Là encore, seuls de forts leaderships et une véritable volonté politique pourront faire d’une telle perspective une réalité. Et pour le moment, une telle vision d’avenir n’est pas, ou trop peu partagée.

Eric Verhaeghe : Le départ de la Grande-Bretagne aura une conséquence évidente : le plus grand pays occidental eurosceptique sera "dehors" au lieu d'être "dedans". Le pouvoir politique le plus influent sera donc détenu par les pays les plus enclins à une intégration accrue au sein de l'Union. C'est le cas de la France et de l'Allemagne qui pousse, sans qu'on sache bien pourquoi, à un gouvernement économique commun sur le continent, et tout spécialement au sein de la zone euro. D'une certaine façon, le départ de la Grande-Bretagne va priver le groupe des Etats-membres hors zone euro de leur leader naturel. On peut même s'inquiéter du déséquilibre que cette innovation introduit, tant elle videra l'opposition au coupe franco-allemand de ses forces les plus vives. Pour la France, le ménage à trois au sein de l'Union entre la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne, se transformera en duo d'amour. Reste à savoir si l'Allemagne continuera ou non à porter la culotte.

 
Commentaires

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  • Par Jean-Benoist - 23/02/2016 - 13:16 - Signaler un abus Un référendum en

    France pour une nouvelle Europe qui écoute le peuple et harmonise sa politique économique, fiscale et migratoire?? Pourquoi les politiques ne proposent-ils pas ce vote?

  • Par morsang - 23/02/2016 - 16:33 - Signaler un abus messieurs les anglais partez les premiers

    lles autorités européennes tremblaient hier pour la Grèce et son eventuel départ Aujourd'hui elles tremblent pour la grande bretagne et son éventuel départ et accordent à l'une et à l'autre des particularités qui détricotent peu à peu l'idée européenne.Que la GB reste ou parte n'a guère d'importance le rêve de Schuman et d'Adenauer n'existe plus.Les Anglais ont saboté la construction européenne mission accomplie ils veulent partir c'est la meilleure chose qui puisse arriver à ce qui reste de l'idée européenne malheureusement je parie qu'ils vont rester tout en ayant à nouveau obtenu un statut un peu plus dégagé des obligations des membres.Et pour un peu ils contrôlaient sans y être l'avenir de la zone euro?Ce serait Hollande qui a dit non comme quoi il a peut être le sens du ridicule.

  • Par vangog - 23/02/2016 - 23:34 - Signaler un abus Londres, comme camp de base pour les marchés financiers????

    Lorsque Londres refusait de participer à l'Euro, les technocrates bruxellois menaçaient la GB de l'apocalypse financière...selon ces prophètes aveugles, la GB devait perdre son statut de place financière de l'UE. Contrairement à leurs menaces de faux-durs, la GB a renforcé son statut...on voit encore apparaître ici les mêmes menaces si la GB sort de l'UE. Ces gesticulations n'analysent pas l'attrait de Londres pour la finance europeiste, qui ne variera pas et, même, s'améliorera, après la sortie de l'UE. L'UE a régulé son système bancaire de manière restrictive et paralysante. L'accumulation de Bâles tous aussi inutiles en est la confirmation. Les exigences de fonds propres plombent les investissements et obligent les banques à utiliser ailleurs les fonds que leur offrent les QE européens ( qui étaient censés contribuer à l'investissement européen: grave erreur!). Le pire est venu avec la garantie sur dépôts bancaires, qui a fait fuir les derniers investisseurs. Cette UE marche sur la tête avec un boulot gauchiste attache au cou! Après le départ de la GB, les investisseurs continueront à ponctionner les QE européens et iront les dépenser à Londres, place libre pour produits dérivés

  • Par Ganesha - 23/02/2016 - 23:56 - Signaler un abus Raisonnements

    Tous les raisonnements de cet article sont basés sur la présence au pouvoir en France de cet avorton de Hollande ! En fait, tout va dépendre de qui nous allons élire en 2017 : une autre nouille, le petit avocat d'affaires véreux ? Ou Marine, seule véritable ''femme politique'', digne de confiance et de respect ? Ne perdez pas votre temps à venir chicaner sur son ''programme'' : tout dépendra de la situation réelle qu'elle trouvera à ce moment ! Le krach boursier aura-t-il vraiment explosé ?

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Alain Wallon

Alain Wallon a été chef d'unité à la DG Traduction de la Commission européenne, après avoir créé et dirigé le secteur des drogues synthétiques à l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, agence de l'UE sise à Lisbonne. C'est aussi un ancien journaliste, chef dans les années 1980 du desk Etranger du quotidien Libération. Alain Wallon est diplômé en anthropologie sociale de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, VIème section devenue ultérieurement l'Ehess.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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