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Au-delà des principes, comment se situent vraiment les différents prétendants à l’Elysée sur le terrain de la laïcité ?

La question de la laïcité a été largement écartée de la campagne. Les seules fois où elle a été évoquée, elle a été stigmatisée (Burkini, Crèche dans les écoles), et malmenée par les candidats. Mais aucun n’ont réellement livré de débats de fond sur la positions des religions en France...

Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup

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Au-delà des principes, comment se situent vraiment les différents prétendants à l’Elysée sur le terrain de la laïcité ?

Benoît Hamon déclarait ce mercredi avoir "tenu bon, alors qu’on ne parlait que de burkini et de crèches dans les mairie". Pourtant, la question des religions, au nom de la laïcité, semble avoir été largement écartée dans les débats, si ce n'est stigmatisée. Quels sont les risques d'une telle ostracisation d'un thème pourtant important pour les Français?

Guylain Chevrier : La laïcité est vécue par les Français à travers le besoin d’une discrétion des convictions de chacun, ce qui s’est affirmé à travers un sentiment partagé de pacification des relations entre religion et République. Ce fut vrai jusqu’aux premiers voiles dans l’école publique à Creil en 1989, fait qui est venu télescoper un mouvement profond de la société française que l’on a eu tort de sous-estimer. On a assisté depuis, à la multiplication du port de signes ostensibles religieux parmi une large partie des musulmans dans notre pays.

Loin de vouloir exclure qui que ce soit, les Français vivent cela comme une remise en cause d’un acquis, et la montée des revendications communautaires à caractère religieux visant à faire reculer la règle commune comme une agression vis-à-vis d’un mode de vie ancré dans la liberté des mœurs, difficilement acquise. Il y a un risque de tension de plus en plus important dans ce domaine entre cette France qui a dépassé la querelle religieuse et ceux qui la contestent en affirmant leur religion avant la loi civile. D’autant que, de plus en plus de nos compatriotes y compris musulmans, qui voudraient être protégés dans leur capacité à pratiquer leur religion dans la discrétion et subissent la pression communautaire, se sentent parfois lâchés par les politiques, qui préfèrent les accommodements déraisonnables, à l’aune d’un clientélisme politique dangereux pour notre vivre-ensemble.

Pour aller un peut plus loin et comprendre ce qui se joue véritablement ici, on pourrait choisir l’entrée dramatique que vient de nous proposer l’actualité, avec l’attentat qui s’est produit il y a quelques heures sur les Champs-Elysées, à Paris. On sait que le terroriste qui en a été l’auteur avait fait allégeance à Daech et était un radicalisé connu des services du renseignement et de la police. Le dernier rapport du Sénat sur la radicalisation désigne pour la première fois « un communautarisme hostile à la République » comme constituant un « terreau » de ce phénomène, qui nous ramène précisément au risque que représente pour notre société un islam de la fermeture, portant la religion au-dessus de la loi commune, qui est en position d’affrontement avec la laïcité comme principe juridique de l’organisation de l’Etat et des rapports des citoyens avec lui. Remettons-nous en mémoire le rapport de l'Institut Montaigne, "Un islam français est possible" de  septembre dernier, selon lequel 29% des musulmans contestent la laïcité et considèrent qu'elle ne permet pas d'exprimer librement sa religion, alors que le fondamentalisme progresse. Un groupe de 28% des musulmans est qualifié d'autoritaire par le rapport. Ces musulmans sont pour le port du voile intégral, considèrent que la Charia est au-dessus des lois de la République et utilisent l'Islam comme instrument de révolte. « Se radicaliser », nous dit le site Stop.djihadisme.fr du gouvernement, « ce n’est pas seulement contester ou refuser l’ordre établi. La radicalisation djihadiste est portée par la volonté de remplacer la démocratie par une théocratie basée sur la loi islamique (la charia) en utilisant la violence et les armes. » Un sujet incroyablement sous-estimé lorsqu’il n’est pas marginalisé ou mis au rang des non-problèmes, par bien des candidats.

 
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Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.

Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.

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