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Et arriva 1968 et la fin de l'école vue comme un héritage : la "déséducation" nationale pouvait commencer

La démagogie et l’hypocrisie sont les deux mamelles de la déséducation nationale. C’est peu de dire que l’école se porte mal. Elle constitue la principale caisse de résonance d’un malaise qui la dépasse et qui gangrène la société. Elle souffre surtout d’une entreprise de destruction massive orchestrée par une administration ministérielle aux mains d’idéologues pédagogistes qui ne sont pas seulement de naïfs Trissotins. Extrait du livre "Témoin de la déséducation nationale" de Jean-Noël Robert aux éditions Les Belles Lettres (1/2).

Bonnes feuilles

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Et arriva 1968 et la fin de l'école vue comme un héritage : la "déséducation" nationale pouvait commencer

« P…, quel beau cul ! »

Une de mes collègues, voici quelques années, se trouvait en visite dans un collège d’une zone sensible (pour je ne sais plus quelle raison) et bavardait avec le principal dans le couloir de l’administration quand un élève de sixième qui passait par là ne put retenir cette exclamation flatteuse. Devant l’air ahuri et choqué de la visiteuse, le chef d’établissement s’empressa de la rassurer en lui faisant remarquer qu’elle ne devait point se formaliser d’un langage propre à tous les jeunes de la cité et que, tout compte fait, le propos délivré sur la partie la plus charnue de sa personne relevait de l’éloge.

Cet exemple, qui réunit l’impertinence naturelle et sans retenue d’un gamin de 12 ans et la réaction valorisante du directeur du collège, me semble assez révélateur de l’état de dégradation dans lequel se trouve notre école à la fin de l’année 2017.

À titre de comparaison, reportons-nous exactement soixante ans en arrière et relisons un extrait de la lettre qu’Albert Camus, après la réception de son prix Nobel en 1957, rédige à l’attention de M. Germain, son instituteur qui a pressenti son talent et convaincu sa famille de lui faire suivre des études. « Quand j’ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. » Et il ajoute que l’honneur reçu est pour lui « une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève. »

Voici un demi-siècle, l’école de Jules Ferry était le lieu de la promotion sociale, et ses maîtres demeuraient souvent dans les cœurs et les esprits comme des femmes et des hommes dévoués qui accomplissaient une mission et répondaient à une vocation plus souvent qu’ils n’exerçaient un métier. Chacun sait que leur train de vie était modeste, et un mot du célèbre Hercule Poirot dans un roman d’Agatha Christie en dit assez sur ce point : « Les petits professeurs qui inculquent le latin aux enfants n’ont pas des fins de mois somptueuses. » Mais peu importait, car le maître inspirait le respect ; il était celui qui transmettait un savoir indispensable pour s’élever au-dessus de la condition souvent difficile dans laquelle vivaient les familles modestes. Aujourd’hui, la situation a changé. L’école est un produit de consommation, les élèves et les parents en sont en quelque sorte les clients, qui, comme chacun sait, sont les rois, et les maîtres ont été ravalés au rang d’employés ou de prestataires de services auxquels le respect n’est pas forcément dû puisqu’ils sont « payés pour ça ».

 

 
Commentaires

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  • Par Liberte5 - 29/12/2017 - 20:12 - Signaler un abus Le constat est établi: la gauche et les pédagogistes .....

    ont tué l'école.L'école avant 68, était l’instrument idéal pour permettre la promotion de tous élèves quelque soit leur origine sociale. Cela permettait à l'ascenseur social de fonctionner. Aujourd'hui cela a été cassé par l'idéologie folle de cette gauche qui partout où elle à sévit a crée la misère,le malheur, désastre.

  • Par vangog - 29/12/2017 - 20:48 - Signaler un abus Et pourtant...les khmers rouges avaient les mêmes méthodes...

    de de-cerebration des cerveaux mous (appris au Parti communiste français et à la Sorbonne), afin de ré-éduquer les « anti-sociaux » au socialisme. La France ne peut pas dire qu’elle « ne savait pas » face à ce nouveau fascisme qui émerge.."

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 30/12/2017 - 10:44 - Signaler un abus L'EN ne dispense aujourd'hui

    L'EN ne dispense aujourd'hui même plus le minimum vital (lire, écrire, compter) ... J'interviens bénévolement dans une école publique dans le cadre de "l'aide à la lecture" et je suis obligé de constater que certains enfants de CE1 maîtrisent moins bien la lecture que mon petit fils au bout de 3 mois en préparatoire dans une école privée....

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Jean-Noël Robert

Jean-Noël Robert est latiniste et historien de Rome. Auteur de nombreux livres sur l’antiquité romaine, dont Pompéi, De Rome à la Chine et Les plaisirs romains, il est aussi directeur de collections aux Belles Lettres. 

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