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Et si les animaux prenait le pouvoir : l'envers du décor

"La nouvelle ferme des animaux" est un clin d'oeil au célèbre livre de George Orwell publié en 1948 dénonçant le communisme stalinien. En prenant le pouvoir dans la ferme, les animaux souhaitent établir une république où la liberté de chacun se conjugue avec la prospérité économique. Extraits de "La nouvelle ferme des animaux", d'Olivier Babeau, aux éditions Les Belles Lettres 1/2

Bonnes feuilles

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Et si les animaux prenait le pouvoir : l'envers du décor

La première décision de Platon après l’élection fut d’aller loger dans le manoir. Il fit du grand salon son bureau et, pour plus de commodité, fit aussi sienne la chambre du fermier. Il se faisait servir ses repas dans la salle à manger, et commanda qu’on utilisât la vaisselle en argent du fermier, celle que Louis ne sortait qu’en de rares occasions.

Platon s’en expliqua lors de l’allocution publique qu’il avait pris l’habitude de faire tous les soirs à 20 heures précises, lorsque chacun était rentré du travail. Comme il évitait de pénétrer désormais dans la cour de la ferme – ce qui, disait-il, n’aurait pas convenu à la dignité de sa fonction –, il parlait du haut du balcon en fer forgé du premier étage. Quand tout le monde était rassemblé devant la façade de la vieille maison, deux poules ouvraient la porte-fenêtre à travers laquelle brillait un vieux lustre.

Le jeune verrat, qui engraissait à vue d’oeil – à cause du stress, expliquait-il –, posait alors les deux pattes avant sur le garde-corps et toisait la foule d’un air pénétré.

« Vous comprenez, chers compatriotes, que je suis indifférent à ce confort et que s’il ne s’agissait que de me loger, l’abri le plus modeste aurait fait l’affaire. Mais c’est ma fonction qui est symboliquement honorée à travers ce luxe dont je ne m’entoure, croyez-moi, qu’avec réticence. D’ailleurs, cette maison n’est pas la mienne, elle est celle de tous. Si j’y habite, c’est bien à vous qu’elle appartient, et vous pouvez légitimement en être fiers. La magnificence du manoir n’est que le signe extérieur de la grandeur de la république à laquelle nous appartenons. Un signe indispensable au prestige du Lac auprès des autres fermes. » Pour marquer quotidiennement cette grandeur, Platon insista aussi pour être désormais appelé Monsieur le Fermier.

La deuxième décision du cochon fut d’annoncer qu’il allait créer une vingtaine de postes d’Agents de Fonctionnement. On appellerait ainsi les animaux spécialement recrutés pour assurer les Services Communs. Ils disposeraient d’un statut particulier et seraient naturellement financés par un prélèvement opéré sur le travail des autres animaux.

On prit l’habitude d’utiliser le mot Ferme, avec une majuscule, pour désigner le groupe d’animaux spécialement dédiés à sa gestion. Par une confusion qui ne déplaisait pas à Platon, ce terme devint d’ailleurs assez vite synonyme de la collectivité animale dans son ensemble, puisqu'après tous les employés à sa gestion et ses élus en étaient les représentants. Par définition, ce qui était bon pour la Ferme – c’est-à-dire les employés chargés de gérer les Services Communs – était bon pour tous les animaux du Lac.

 
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Olivier Babeau

Olivier Babeau est professeur de stratégie d’entreprise à l’université de Bordeaux, et également porte-parole de la Fondation Concorde. Il s'intéresse aux dynamiques concurrentielles liées au numérique. Parmi ses publications:  La transgression ordinaire (2011, Ed. Eska), Devenez stratège de votre vie (2012, éd. JC Lattès), Le management expliqué par l'art (2013, Ellipses), et La nouvelle ferme des animaux (éd. Les Belles Lettres, 2016). 

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