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Et l'air de rien, l'Etat supprima 550 millions d'euros d'aides à l'apprentissage

Alors que François Hollande ne cesse de rappeler que les jeunes, l'emploi et la formation figurent parmi les priorités de son mandat, le gouvernement vient d'annoncer à l'issue d'un 3e comité interministériel pour la modernisation de l'action publique (Cimap) la suppression de 550 millions d'aides à l'apprentissage.

Contradiction

Publié le 19 juillet 2013
 
Le gouvernement vient d'annoncer à l'issue d'un 3e comité interministériel pour la modernisation de l'action publique (Cimap) la suppression de 550 millions d'aides à l'apprentissage.

Le gouvernement vient d'annoncer à l'issue d'un 3e comité interministériel pour la modernisation de l'action publique (Cimap) la suppression de 550 millions d'aides à l'apprentissage. Crédit Flickr

François Hollande, le 14 juillet, a annoncé qu’il ne recourrait aux augmentations d’impôts que s’il ne pouvait pas faire autrement. La priorité, disait-il, est aux réductions de dépenses. Certains esprits naïfs avaient entendu que l’Etat se réorganiserait, qu’il diminuerait son train de vie, qu’il adapterait son format à la réalité de ses missions pour exaucer la promesse du président.

Car il faut bien le dire ici : l’Etat a diminué ses dépenses d’intervention, c’est-à-dire son action au service des citoyens et contribuables, mais il a augmenté sa masse salariale et n’a pas diminué ses effectifs. Vous connaissez beaucoup d’organisations qui réduisent leur activité, leur production, mais qui augmentent leurs moyens de fonctionnement ?

A part l’Etat républicain d’une France en plein décadence, auto-proclamé défenseur de l’intérêt général par des hauts fonctionnaires qui se gavent dans une incompétence rare et une arrogance absolue, aucune organisation dans le monde (sauf peut-être dans des républiques bananières) n’aurait cette idée saugrenue de rendre moins de service, de produire moins, mais d’augmenter ses moyens.

On pouvait donc se dire, à l’approche du Comité interministériel de la modernisation de l’action publique (Cimap), qu’enfin allaient prendre corps des réformes dont tout le monde fustige le retard. La Cour des Comptes a d’ailleurs pointé dans son récent rapport sur les comptes publics la vacuité totale des projets gouvernementaux sur ce chapitre : la Cour appelait de ses vœux la définition d’une stratégie pour diminuer - enfin! - les moyens de l’Etat dans un contexte de réduction des dépenses dites d’intervention.

Les résultats du Cimap qui vient de se tenir ont montré une fois de plus la redoutable permanence des maux qui rongent notre pays : non seulement le gouvernement n’a aucune idée pour réformer l’Etat, non seulement le contribuable finance une clique de fonctionnaires surpayés à la mission de modernisation de l’action publique dont aucune idée ne sort dès qu’il s’agit de réformer le service public, mais il faut maintenant que les petites et moyennes entreprises se serrent la ceinture pour financer ces parasites qui les méprisent.

La preuve ? Le Cimap, qui n’annonce pas un euro d’économie sur le fonctionnement de l’Etat, supprime autoritairement l’indemnité compensatrice de formation pour les apprentis.

Cette aide de 925 euros à l’embauche, de 1525 euros par année de formation, vise à compenser l’effort que les entreprises réalisent en intégrant dans leurs effectifs des apprentis qui ne travaillent qu’à mi-temps, et qui décrocheront un diplôme de l’Education nationale grâce au savoir transmis par l’entreprise.

Car c’est bien cela, l’apprentissage : chaque année, 450.000 jeunes préparent un diplôme en cumulant cours au lycée, ou à l’université, ou dans les grandes écoles, et participation à la vie de l’entreprise. Le diplôme s’appuie donc sur des savoirs acquis dans l’entreprise, grâce à un transfert que l’entreprise assure... contre une indemnité de 1.525 euros par an, là où les établissements publics perçoivent d’ordinaire plus de 8.000 euros par an de budget public.

 


Commentaires

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  • Par toupoilu - 20/07/2013 - 07:51 - Signaler un abus Excellent article.

    C'est vrai que cette suppression est une mesure lamentable. S'il y a bien quelque chose qui marchait dans ce pays, même si a trop faible dose, c'etait bien l'apprentissage en alternance, avec quasi a chaque fois, un travail au bout.

  • Par vangog - 19/07/2013 - 19:23 - Signaler un abus Impossible d'embaucher un second apprenti, comme il

    etait envisagé!
    Et l'apprenti présent va virer au profit d'un mi-temps au SMIG qui n'acquièrera jamais le diplôme et se morfondra dans un emploi sous-payé et sans avenir...
    Merci les Socialistes!
    Cela sent de plus en plus le goudron et les plumes...

  • Par zebulon54 - 19/07/2013 - 17:03 - Signaler un abus Il est vrai

    que les socialistes sont proches des apprentis quand ils ont besoin d'exister mais sont les premiers à les mépriser quand ils ont acquis le pouvoir.

  • Par santillanna - 19/07/2013 - 15:10 - Signaler un abus et les conséquences ?

    bonjour,
    profs de CFA ,profs de sections d'apprentissage , n'avez vous pas quelques légitimes inquiétudes concernant les effectifs dans vos établissements suite au rapport queyranne ( (aides à l'apprentissage diminuées)??
    l'objectif de 500000 apprentis en France en 2014 pourra t-il etre maintenu
    voila des questions intéressantes qui demandent des réponses des personnels qui oeuvrent au sein de l'APPRENTISSAGE
    pour tout comprendre lisez l'ouvrage :prof en cfa :mémoire d'un marginal de l'éducation edition edilivre.com

  • Par Lexus22 - 19/07/2013 - 14:33 - Signaler un abus On noie le poisson comme d'habitude !!!

    La vérité est qu'aujourd'hui, les entreprises embauchent des apprentis parce qu'elles ne peuvent plus embaucher de salarié en CDI. Un apprentis coûtent moins cher qu'un stagiaire. L'état devrait commencer par résoudre ce problème, quand on voit qu'en 2011, pour une entreprise comme la société générale 20% de son effectif était composé de stagiaires y a un gros problème.
    Contrairement à ce que l'on dit, si les entreprises n'embauchent pas les apprentis qu'elles forment ça ne sert à rien, ce qui est souvent le cas. C'est juste une façon pour l'Etat de gagner du temps. Il va vraiment falloir, s'attaquer au vrai problème : comment créer de l'emploi de façon durable. A bon entendeur !!

  • Par lexxis - 19/07/2013 - 11:37 - Signaler un abus UN AUTRE ECLAIRAGE..

    Un autre éclairage: l'Education Nationale a toujours eu horreur des formations qualifiantes dont elle n'a pas la maîtrise et qui font concurrence à ses propres filières. Notamment, il est intolérable qu'un maître d'apprentissage procure beaucoup plus sûrement un emploi qu'un professeur à un élève que le cursus général n'intéresse pas.
    Quoi qu'en dise le pouvoir, 60 000 enseignants de plus cela crée des besoins et le plus important -on l'a vu - n'est pas le résultat (cf. les classements internationaux sont mauvais), mais la prospérité relative et la satisfaction de la fonction. Aux autres, les sacrifices, les obstacles, pourvu que l'Education Nationale et son million de fonctionnaires continuent à bien voter...

  • Par Le Pere Pleks - 19/07/2013 - 11:26 - Signaler un abus Les mauvaises dépenses ce sont les autres...

    Qui peut vraiment croire que les restrictions budgétaires pourraient être indolores et sans conséquences ?
    Toute économie porte son lot d'inconvénients et nous sommes qu'au début !

  • Par l'enclume - 19/07/2013 - 11:03 - Signaler un abus Toutes et tous des pleutres, menteurs et arrogants

    Comment voulez vous que ces abrutis comprennent l'entreprise, lorsque vous entendez le conard sensé représenter les verts, tonitruer
    "Le medef est une plaie".
    Autre information, ce matin, sur une maman fait la grève de la faim, parce qu'une part importante des aides qu'elle percevait pour que sa fille autiste puisse être correctement prise en charge est supprimée.
    Dans ma région, 26 classes de fermées, seulement 6 ouvertures.
    Il y a deux ans tous les élus de gauche, la FCPE, organisaient des manifs, avec occupation des écoles, pour moins de fermeture, la nouvelle députée en première ligne.
    Cette année, aucun écho, aucune manif, ben oui hein, on ne manifeste pas contre son camp. Et les mômes dans tout cela, circulez il n'y a rien à voir.

  • Par ths2554 - 19/07/2013 - 10:28 - Signaler un abus Et une de plus

    Et encore une mesure catastrophique de plus !
    Votre analyse est parfaitement juste : il s'agit d'un problème culturel.
    Mais là c'est grave : l'apprentissage, dispositif ancien, est une excellente mesure de lutte contre le chômage des jeunes, et le gouvernement ne tardera pas à en percevoir les fruits empoisonnés.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est l'ancien Président de l'APEC (l'Association pour l'emploi des cadres) et auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un DEA d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

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